La journée du 10 Tévet, durant laquelle nous jeûnons, revêt une double signification. Nous y commémorons le début du siège de Jérusalem par les troupes
babyloniennes du Roi Nabuchodonosor, en -587, et qui se termine par la destruction du Temple de Salomon le 9 Av de l’année suivante. Mais à l’époque actuelle, le Grand Rabbinat d’Israël y a
rajouté un sens en fixant cette date comme étant « Yom Hakadish Ha-klali », « Jour du Kaddish National », lors de laquelle toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher durant la Shoah,
mais ne sachant pas quel jour, peuvent se recueillir en récitant la prière du Kaddish.
Cette année, la journée du 10 Tévet a eu une signification ô combien importante pour Dov Shalim, survivant de la Shoah. Dov était marié et père de neuf enfants lorsque les Allemands sont
entrés à Varsovie, en 1939. Quatre ans plus tard, il se retrouvait seul, toute sa famille – épouse et enfants – ayant été exterminés par les nazis. Il se remaria avec Regina, rencontrée à
Lodz, et dont le mari et le bébé avaient subi le même sort tragique. Après la guerre, la famille Shalim, qui avait survécu, montait en Israël et le 10 Tévet 1947, Dov devenait papa d’un petit
Aryeh. Quelques années plus tard, Regina mettait au monde un deuxième enfant, une fille. Le fils Aryeh devenu adulte se mariait à son tour, et son épouse mit au monde une petite fille,
Yotvat, un jour de…10 Tévet. La petite Yotvat devint grande elle aussi, se maria, et mit au monde une petite fille…le 10 Tévet de cette année !!
Ainsi, Dov Shalim, rescapé de la Shoah, est devenu père, grand-père et arrière-grand-père un jour de 10 Tévet. Tout un symbole !! Son fils Aryeh raconte : « Quand je suis né, en 1947, c’était
un hiver particulièrement froid, mais la joie qui régnait dans la maison de mes parents par ce fils qui leur était né après tous les malheurs qu’ils avaient vécus chacun de son côté, avait
réchauffé leur cœur. Et quand ma propre fille Yotvat est née un jour de 10 Tévet, cela a été un jour exceptionnel pour mon père. Et quand j’étais assis à côté de lui sur son lit de mort, il
m’a dit : ‘nous sommes la revanche sur les nazis !’ Ils avaient exterminé toute sa famille, sa première femme et ses neuf enfants, mais il a réussi à se relever de la cendre et à construire
ici, en Erets Israël une nouvelle famille ».
Aryeh est très ému quand il aborde la naissance de sa petite-fille, Yahel : « Son nom est l’acrostiche de l’expression ‘que les jours difficiles se transforment en jour de joie’. Il symbolise
notre foi profonde que les jours de malheur que connaît le peuple d’Israël se transformeront en jours de bonheur pour nous tous. En ce jour de 10 Tévet, jour de ma naissance, de celle de ma
fille et ma petite-fille, lorsque je récite le Kaddish pour mes neuf demi-frères et demi-sœurs assassinés par les nazis, je ressens si fortement que je suis la continuation de leur âme
».
Yotvat, sa fille, avoue qu’au début « elle n’accordait pas tant d’importance à cette coïncidence de dates de naissances sur trois générations ». Mais elle dit « avoir réalisé au fur et à
mesure la puissance de cette chaîne de générations qui symbolise tant le peuple juif : des nouvelles branches et des feuilles qui repoussent d’un tronc d’arbre qui a été coupé »
N’est-ce pas la tout le sens du « Kaddish », qui est un hymne à la gloire de D-ieu, mais que nous devions réciter précisément dans les moments où nous sommes plongés dans la détresse et la
douleur ?
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