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Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 16:02


 

SOLIKA HATCHOUEL


Pierre tombale de Lala SOLIKA au cimetière Beth Ha Haim au Mellah de Fès.




 Solika (1817-1834)
A Fès,au Maroc, dans le cimetière juif,se trouvent trois tombes un peu à l'écart des autres.Les deux premières sont celles de deux illustres Rabbanim : Rabbi Yéhouda Ben Attar et Rabbi Avner Hatsarfati. Sur la troisième sont gravés ces deux mots :
Lala (Mademoiselle) Solika.
Voici le récit d'une jeune héroïne juive qui eut le mérite d'être inhumée aux côtes de deux grands Rabbins. A Tanger, au Maroc étaient établie la famille Hatchouel. Le père tenait un commerce fructueux, sa droiture et son intégrité lui valaient l'estime de tous.
Son épouse et ses cinq filles se distinguaient également dans leur crainte du Ciel.
Celle qu'on admirait le plus, tant pour sa sagesse que pour sa beauté, se nommait Solika.
Non loin de leur demeure, habitait une richissime famille musulmane, dont les connaissances allaient jusqu'à la famille royale. L'aîné des enfants désirait,
depuis longtemps, épouser Solika la Juive. Des années durant, il garda en lui ce secret, sans pour autant la perdre du regard un seul instant. Devenu homme, il annonça un matin à son père que si Solika ne devenait pas sa femme, i1 perdrait le goût de vivre.
Son père reçut cette nouvelle avec joie, certain que le père de la jeune fille se réjouirait d'une telle proposition. Sûr également que sa conversion à l'Islam ne poserait aucun problème. Cet homme, habitué à se faire immédiatement obéir, réagit très mal en entendant le refus catégorique de l'autre parti. Il y vit une offense personnelle :
- Vous verrez que votre Solika appartiendra à mon fils de gré ou de force ! déclara-t-il en claquant la porte.
En effet, peu de jours après, des policiers firent immersion chez les Hatchouel :
- Au nom de la loi, nous sommes venus arrêter Solika !
annoncèrent-ils aux parents abasourdis.
Il s'avéra que Solika avait été dénoncée aux autorités du pays par son voisin arabe.
On l’accusait d'être revenue au Judaïsme après avoir embrassé la religion musulmane,
acte considéré comme une grave infraction à la loi Islamique. Cependant, une mauvaise
surprise attendait les agents. La jeune fille avait disparu. En effet, cette dernière s'était enfuie la veille chez des cousins, en dehors de la ville. Néanmoins, les hommes de la police n'étaient pas prêts à céder aussi facilement. Ils emportèrent, de ce fait, la mère de famille en otage et affirmèrent qu’ils ne lui rendraient la liberté que si Solika était retrouvée. Le lendemain, cette dernière revint en ville afin de délivrer sa pauvre mère.
Au Palais de Justice, elle eut à répondre à un interrogatoire sévère. On lui demanda de s’expliquer sur l’arrogance dont elle s'était armée pour revenir au Judaïsme. De nombreux membres de sa famille et de la communauté juive de la ville étaient venus assister au jugement de Solika.
La frayeur et l'angoisse emplirent les coeurs des juifs.
La jeune fille demeura, quant à elle, calme et sûre d'elle.
D'un sourire traduisant la fierté, elle rétorqua en regardant les juges, droit dans les yeux :
- Je ne me suis jamais convertie à l'Islam. Juive je suis née et ainsi je mourrai !
Après avoir écouté les faux serments de plusieurs musulmans accusant Solika de s'être
réellement convertie à l'Islam puis d'être revenue au Judaïsme, les juges décrétèrent que la prison serait son châtiment. Les émissaires du riche arabe continuaient sans trêve de parler à Solika, même lors de son séjour en prison. Néanmoins rien ne fit changer la jeune fille d'opinion. Les responsables de la communauté juive suppliaient eux aussi cette dernière de se convertir pour le « bien de tous », car sans cela tous ses frères souffriraient à cause d'elle.
- Je ne puis renier mon D. pour aucun prix, même si mes coreligionnaires doivent en subir les conséquences ! leur rétorqua-t-elle avec sang froid et témérité.
Les arabes, de leur côté, feignaient le faste et les honneurs auxquelles elle aurait droit en acceptant ce mariage. Vaines furent les supplications. Il fut par conséquent décidé que Solika serait mise à mort. Quelques instants avant l'exécution du verdict, le jeune homme, instigateur de toute cette trame, s'approcha d'elle et lui dit en suppliant :
- Ecoute Solika, c'est ta dernière chance. Tu peux encore être sauvée de la mort
en te convertissant faussement à l'Islam, tout en restant fidèle à ta foi, tout simplement en te mariant avec moi.
Solika tourna la tête sans même adresser le moindre regard au garçon.
Juste avant que le sabre ne s'abatte sur elle, l'héroïne s'écria d'une voix déchirante :
« CHEMA ISRAEL, L'ETERNEL EST NOTRE D., L'ETERNEL EST UN ! ».
Ainsi, Solika fut-elle le symbole de la sanctification du nom d’Hachem (Kiddouch Hachem) dans la vie comme dans la mort.

 


J'en profite pour vous faire partager un trés beau texte de Thérèse
Les Petits Maraudeurs du Mellah

Tard dans l'après-midi, les enfants du Mellah se divisaient en petits groupes dans les ruelles tortueuses du quartier pour jouer ou se pavaner de leurs petits larcins et farces dont ils étaient les ingénieurs.

Ils déambulaient tout au long de l'avenue qui coupait notre quartier et se terminait au cimetière juif. Aucun d'eux n'osait approcher l'enceinte de murs blancs badigeonnés à la chaux encerclant cette place macabre. À l'intérieur, le panorama n'était guère engageant. Il était plutôt lugubre avec ses rangées serrées de tombeaux blancs, ébréchés ou en ruines. Ni arbre, ni herbe, seul l'enchevêtrement des sépultures qui s'étiraient jusqu'à l'entrée. Pas âme qui vive ne s'y aventurait à la tombée de la nuit, tant les lieux terrifiaient.

Las des exercices physiques et épuisés de se pourchasser, de jouer à saute-mouton, à la marelle, ou à la corde, nous nous asseyions parfois, à même le sol, en cercle.

Sous la lumière crue de l'ampoule électrique de la rue, nous nous racontions nos espiègleries. Généralement, elles étaient burlesques, mais dès que l'obscurité s'abattait sur le quartier, une étrange frayeur nous étreignait. Plusieurs d'entre nous affirmaient avoir buté contre les spectres qui hantaient le Mellah. Les garçons étaient absolument convaincus qu'ils avaient eu des contacts même personnels avec des fantômes plus d'une fois dans leur vie et nous les filles, hésitions entre l'admiration pour leurs prouesses et la crainte de les contredire.

Les terrifiantes descriptions qu'ils nous dispensaient à loisir nous empêchaient de dormir des nuits entières. Moi par exemple, je restais éveillée dans mon lit, scrutant le sol, d'où les fantômes étaient supposés surgir. Chaque ombre ou bruit étrange qu'il me semblait percevoir me faisait hérisser les cheveux.

Dans les rues circulait une rumeur concernant un jeune garçon qui, au milieu de la nuit, avait quitté son logis pour une promenade solitaire dans le cimetière et s’était retrouvé nez à nez avec un fantôme. Secoué, il prit ses jambes et son cou et rentra chez lui. À son réveil il découvrit que ses cheveux avaient blanchi en l'espace d'une nuit.

Une autre histoire, très populaire dans le quartier, parlait de ces petits maraudeurs qui suivaient régulièrement une vieille veuve dans ses visites hebdomadaires au cimetière. Elle venait pour prier et allumer des bougies sur le tombeau de son défunt époux, puis s'asseyait près de la sépulture et sanglotait en versant des torrents de larmes. Après ses lamentations déchirantes, elle s'écriait:

"Pourquoi ne m'avoir pas emmenée à la tombe avec toi?" Sa question restait évidemment sans réponse, jusqu'au jour où les petits maraudeurs en décidèrent autrement.

Par un après-midi hivernal, ils la suivirent sans se faire voir. Vêtue d'une large pèlerine qui couvrait le sol nu autour d'elle, la veuve était assise près de la tombe. Aussitôt, elle entama son habituel chapelet de lamentations, suivi de cris, de pleurs et de soupirs. Elle maudissait sa solitude et le sort qui lui imposait de vivre après le trépas de son époux bien-aimé. Sa présence auprès d'elle lui manquait terriblement et elle était désespérée, répétait-elle inlassablement.

"Tu aurais dû m'emmener avec toi," ne cessait-elle de gémir, s'adressant au défunt, se courbant et enlaçant de ses bras la pierre tombale glacée.

Au paroxysme de l’émotion, elle ne remarqua rien de ce qui se tramait autour d'elle.

Témoins silencieux de la scène poignante, les petits voyous voulaient cette fois, mettre la sincérité de la veuve à épreuve. Munis de longs clous et d'un marteau insonorisé par une bande épaisse de toile, ils clouèrent les pans de la pèlerine au sol, les  soudant fermement aux extrémités de la tombe. Une fois leur besogne terminée, ils se tapirent silencieusement derrière une rangée de sépultures avoisinantes, aux aguets. Au bout d'une demi-heure ou presque, le vieille veuve essuya ses larmes et tenta sans beaucoup de succès de se lever. Sa pèlerine semblait être rivée au sol.

"Qu'est-ce qui te prend?" dit-elle. "Laisse-moi partir, voyons. J'ai besoin de rentrer, il fera bientôt sombre. Mais oui, je sais combien tu voudrais que je reste à tes cotés, mais tu dois certainement savoir que cela n'est pas possible," insista-t-elle en tirant plus fort sur sa pèlerine. Mais le manteau resta absolument soudé au sol.

"Arrête ce vilain jeu, je te prie et laisse-moi m'en aller," répéta-t-elle en tirant vigoureusement sur l'étoffe. "Je te promets de revenir demain et de rester plus longuement avec toi. Aujourd'hui, le temps est trop froid pour mes vieux os. Allons, laisse-moi partir." Elle essaya à maintes reprises de se dégager, mais ne réussit pas à se libérer de ce qu'elle croyait fermement être la poigne du défunt.

La moutarde lui montant au nez graduellement, elle commença à extérioriser des signes de colère à peine retenus. Elle réitéra ses efforts et n'y parvenant pas, elle hurla:

"Tu ne m'as pas prise au sérieux, j'espère, quand je t'ai dit que je te suivrais partout, même jusqu'à la tombe, n'est-ce pas?" ajouta-t-elle en s'acharnant vigoureusement si bien qu'elle faillit déchirer la toile. Il ne faisait aucun doute qu'elle était contrariée et persuadée que son défunt époux cherchait à la maintenir captive. Au début, elle le supplia, puis le taquina, et finalement s'irrita, sans pour autant arriver à ses fins, à savoir l'inciter à la libérer. Le tissu de la pèlerine était très solide et malgré ses efforts, il résista sans se rompre. À bout de forces et presque terrorisée, elle hurla à la tombe:

'Tu as toujours été pour moi un os en travers de ma gorge! Même après ta mort, tu ne cesses de me tourmenter. Eh bien, ton jeu ne te mènera nulle part cette fois-ci, tant pis si le coût serait de renoncer à ma pèlerine et de rentrer chez moi dans le froid." 

Après sa tirade, elle se débarrassa de sa pèlerine qui chuta sur le sol et s'enfuit sans jamais se retourner.

Les jeunes témoins silencieux, bien camouflés derrière les tombes, se tordaient de rire. Ils négligèrent la pèlerine abandonnée près de la tombe et quittèrent le cimetière dans des éclats de voix sonores, se félicitant, sautant l'un sur l'autre et ricanant comme des ivrognes.

Dès lors, on ne vit plus la vieille veuve venir visiter la tombe de son défunt époux.

 

Thérèse Zrihen-Dvir 

Par Aschkel - Publié dans : JUDAISME et SPIRITUALITE JUIVE - Communauté : Pour un monde meilleur
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