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Ce texte date un peu, mais vaut la peine d'être lu !!!
Par Jean-Claude Baboulin pour Guysen Israël News
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Lundi 7 juin 2004 à 22:21
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La passion palestinophile qui s’est emparée des élites politiques, intellectuelles et médiatiques occidentales (sauf ceux des Américains qui assument,
depuis 1948 et avec Harry Truman, leur choix pro-sioniste) ne manque pas de poser des questions. En effet, si l’on prend au mot les raisons avancées pour expliquer cette
passion, aussitôt naissent des interrogations qui font douter, sinon de la sincérité, du moins de la cohérence rationnelle de la plupart des pro-palestiniens.
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Malgré la rage qui m’étreint souvent en écoutant ou en lisant les discours de ces gens-là, je ne pense pas un
seul instant que ce soient des imbéciles ou des ignorants. Je n’ai d’ailleurs pas mis le mot élites entre guillemets, et cela volontairement bien que j’ai pu en avoir la
tentation… Non : ces politiciens, ces intellectuels, ces journalistes connaissent tous, au moins dans leurs grandes lignes, l’histoire des Juifs, du sionisme, de la création
d’Israël et des guerres arabes. Ils ne manquent d’aucune source d’information. Ils participent à de multiples débats et colloques où l’occasion leur est donnée de
s’interroger, de remettre en cause leurs certitudes unilatérales. Personne ne leur demande de devenir subitement des soutiens de Sharon, mais au moins de cesser les
mensonges, la désinformation, et le parti-pris systématique. Rien ne semble y faire !
Deux éléments fondamentaux constituent la posture du palestinophile :
Le premier élément, c’est l’idée clairement établie qu’il y a les Bons et les Méchants, les agressés et les agresseurs, les occupants et les occupés, les victimes et les
bourreaux ; Palestiniens d’un côté, Israéliens de l’autre. Certes, ça et là, on fait la fine bouche devant les « bavures » des soi-disant « extrémistes », mais sans
s’appesantir, et toujours en expliquant les dites « bavures » par des causes rationnelles (le désespoir, la faiblesse militaire, l’exaspération, etc.). On reconnaît aussi
qu’il y a de « bons » Israéliens, du côté de ceux qui pensent que c’est en donnant raison et satisfaction à l’ennemi qu’on réussira à l’amadouer. La palette des
palestinophiles peut ainsi être assez étendue, des radicaux qui pensent que tout est blanc d’un côté et tout noir de l’autre, jusqu’aux « modérés » qui admettent la
complexité de la situation mais pour tout de même, au final, dire que l’un des camps est « davantage » coupable que l’autre.
Le second élément constitutif de la palestinophilie est ce que j’appelle la passion, c’est-à-dire la conviction que ce conflit est le seul qui mérite le militantisme, le
seul qui soit tellement dramatique que tout autre à côté puisse être purement et simplement oublié. Chacun de nous peut en faire l’expérience lors des dîners d’amis : aucun
autre sujet ne provoque autant de disputes et de violences verbales ! Les plus graves désaccords sont résolus dans l’humour et le bon vin, et dans un relativisme de bon
aloi. Mais le conflit israélo-palestinien, lui, mobilise des passions qui semblent incontrôlables.
Essayons d’expliquer à nos palestinophiles que la situation du peuple tchétchène, privé de patrie et soumis à la barbarie de l’armée russe, nous semble bien pire que celle
du peuple palestinien… Ou qu’il en va de même pour le peuple tibétain, ou bien pour les Tutsis. Le sujet fera l’objet de quelques remarques générales sur la dureté des
temps, et de bons sentiments sur ces pauvres peuples qui sont bien à plaindre. Mais rien de comparable avec le scandale de « l’occupation » israélienne et des « crimes » de
Sharon !
Il faut trouver des explications à cette passion palestinophile. J’en verrai trois principales.
La première explication, c’est la revanche du tiers-mondisme.
Depuis le début des années 90, date de la chute du communisme et du ralliement de la Chine aux vertus du capitalisme, le messianisme tiers-mondiste est mort et enterré. Les
« révolutions » qui avaient suscité l’enthousiasme des générations d’étudiants aujourd’hui aux postes de responsabilités, se sont dégonflées comme des baudruches, rarement
dans le ridicule mais plus souvent dans les larmes et le sang. Cuba, le Vietnam, le Cambodge, les maquis d’Angola ou de Colombie – tout cela n’est plus que prisons, petits
goulags et misère pour tous. Alors bien sûr, il y a des orphelins qui supportent mal leurs erreurs de jeunesse et leur aveuglement. Qui s’accrochent malgré tout au fantasme
des « bons sauvages » innocents, forcément innocents et victimes de « l’impérialisme ». Lorsque toute perspective politique a abandonné le terrain de ce fantasme, il ne
reste plus qu’un mélange de démagogie compassionnelle pour les « pauvres opprimés » et de haine irrationnelle pour les méchants, les forts, les riches, les Blancs. C’est
dans ce contexte que la Palestine vient opportunément tenir lieu du messianisme tiers-mondiste défunt, et Israël incarner la plaie occidentale et impérialiste au cœur des
peuples victimes.
La seconde explication, c’est le transfert du messianisme révolutionnaire sur
l’islam.
La mort du projet communiste étant désormais actée par tous, y compris par ses ex plus acharnés défenseurs, le vide de toute alternative à la mondialisation démocratique et
capitaliste est sidéral. Tous les opposants à cette forme de mondialisation ne sont pas nécessairement des terroristes, des voyous, ou des imbéciles ! Le problème est que la
critique des systèmes dominants, qui avait été pendant plusieurs décennies captée par le projet communiste – comme alternative à tout ce qui « ne va pas » dans le monde tel
qu’il va - , est aujourd’hui orpheline de l’illusion radicale et contrainte à se rabattre soit sur le réformisme (raisonnable mais peu enthousiasmant) soit sur un objet
idéologique de substitution. C’est ici que l’islam politique se présente, sur le marché des idées, comme une alternative à la révolution défunte. Observez bien ce qui
mobilise la passion militante des belles âmes : ce n’est pas la situation de l’Afrique, pourtant catastrophique sur le plan humain ; ce ne sont pas les problèmes économiques
des pays d’Amérique latine ; ce ne sont pas les bouleversements sans doute énormes qui se profilent dans une Chine livrée tout à la fois au capitalisme sauvage et à la
dictature d’un Etat impérial. Non, ce qui mobilise la passion militante, c’est la Palestine et plus largement la « juste lutte des peuples arabes contre l’impérialisme
américain » ! La raison de cet étrange phénomène est simple à concevoir : l’universalisme totalitaire du communisme ayant disparu, les peuples sont renvoyés à leur propre
responsabilité dans leur situation, sans pouvoir éternellement accuser l’Occident de tous leurs maux et de tous leurs échecs. Il n’est plus qu’une aire culturelle dans le
monde qui dispose encore d’une idéologie suffisamment forte et compacte, totalitaire elle aussi, pour expliquer la misère et l’oppression par la faute de l’Occident, et
faire rêver les masses au Grand Soir qui les libèrera miraculeusement. Cette aire culturelle est celle de l’islam, le messianisme révolutionnaire de l’époque où la
Révolution est morte.
Il existe enfin une troisième explication à la palestinophilie généralisée de nos
élites.
Celle-là est sans doute plus grave et plus honteuse, au point que c’est évidemment celle qui suscite les plus violentes dénégations. Nul besoin d’être Monsieur de La Palice
pour constater que si la misère et l’oppression dans le monde peut opposer des peuples à des Etats comme la Russie (Tchétchénie), la Chine (Tibet), ou d’autres Etats
nationaux, le conflit du Moyen-orient est le seul qui oppose un peuple à des Juifs. Quelle aubaine ! Oui bien sûr, Poutine, le parti communiste chinois, Pol Pot, tout ça
c’est condamnable… Mais là, ce sont des Juifs ! Alors on ne va pas laisser passer une si belle occasion. Que nous importent les véritables responsabilités ! Que nous importe
l’histoire ! Que nous importe la nature des organisations et des idéologies que nous soutenons ! Une vieille haine remonte des tréfonds de l’inconscient occidental, qu’il
soit chrétien ou républicain ou révolutionnaire – une vieille haine que l’on croyait, bien à tort, disparue avec la culpabilité de la Shoah. Culpabilité tout à fait
superficielle (« Ils commencent à nous embêter avec cette histoire… ! »), et qui ne fait pas barrage contre le temps qui passe, la « réconciliation » franco-allemande et la
construction de l’Europe, la peur panique de l’islam, et le relativisme généralisé des valeurs.
La palestinophilie est ainsi, selon moi, un savant mélange de messianisme tiers-mondiste dégénéré, de haine de soi anti-occidentale, d’aveuglement complice pour un islam qui
prend le relais du totalitarisme communiste, et d’antisémitisme new look né de l’épuisement de la contrition hypocrite qui a succédé à la Shoah.
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