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L'essor météorique d'al Jazeera a conduit de nombreux commentateurs politiques et médias arabes à se demander qui est derrière cette chaîne TV satellite du Qatar
Par Zvi Mazel, ex-ambassadeur en Egypte, Roumanie, Suède. Dirige le Centre en arabe www.infoelarab.org à Jérusalem
Edition Internationale du Jerusalem Post - 3/9 juillet 2009
Traduit et partiellement aménagé par Albert Soued pourwww.nuitdorient.com
Le Qatar et sa chaîne de télévision satellite al Jazeera peuvent-ils être manipulés par l'organisation des Frères Musulmans ? Question fréquemment posée par les médias arabes intrigués par l'attitude présomptueuse adoptée par le chef d'un minuscule état dans le désert et par le contenu nationaliste et radical d'une chaîne qui lui appartient.
Les Frères Musulmans ont une profonde influence sur la société bédouine et conservatrice du Qatar qui comptait moins de 100 000 âmes en 1950. Un philosophe Koweitien bien connu Abdallah Alnefissi explique que le dirigeant de l'époque Ali ben Abdallah al Thani était si impressionné par leur piété et leur moralité qu'il leur a fait confiance et les a laissés installer de très nombreuses institutions religieuses et culturelles.
Mais la foi enseignée par les Frères Musulmans était celle de son fondateur Hassan el Banna et du chef théologien Sayed al Qotb. Créée à Alexandrie en 1928, cette organisation islamique radicale a la mission d'apporter la lumière de l'Islam au monde entier et de réinstaller le califat et la loi musulmane, la sharia'h. Les pays musulmans restaient néanmoins la priorité et des antennes ont été créées partout dans les pays arabes dès les années 40.
L'action des frères Musulmans a pris de l'ampleur au Qatar quand l'actuel émir Sheikh Hassan ibn Khalifa al Thani déposa son père dans un coup d'état pacifique en 1995 (1).
Une de ses premières actions fut d'installer en 1996 une chaîne de télévision satellitaire, al Jazeera, de fermer le ministère de l'information et d'abolir la censure. Il installa également le Conseil de la Shoura, version islamique d'un Parlement consultatif, sans réel pouvoir. Il accorda aux femmes le droit de vote pour les rares institutions politiques de l'émirat. Ceci pour montrer qu'il était démocrate et libéral. Néanmoins il gouverne seul ce minuscule état et il a désigné un lointain cousin comme président d'al Jazeera (sheikh Hamad ibn Thamer al Thani), lui permettant ainsi un contrôle étroit de la chaîne.
Qatar est devenu le centre d'une activité politique intense dans le Golfe avec des douzaines de réunions internationales dans la capitale Doha (2). En juin 2008, l'émir réunit les protagonistes de l'impasse libanaise, le Hezbollah et la coalition de la majorité pour conclure l'accord dit de Doha, jetant les bases d'un gouvernement d'union nationale, le Hezbollah ayant reçu le pouvoir d'un veto sur toutes décisions. Mais cet accord n'aurait pas pu être signé si la Syrie et l'Iran n'étaient pas intervenus pour faire pression sur le Hezbollah. Ce qui est la preuve de la proximité de l'émir avec les éléments radicaux du Moyen Orient islamique. Et ce n'est pas une surprise. Un an auparavant l'émir avait étonné le Conseil de Coopération du Golfe en y invitant le président iranien au sommet annuel, bien qu'il ne fut pas arabe, sans demander l'avis des membres du Conseil. En même temps le Qatar abrite 3 bases militaires américaines, évacuées d'Arabie saoudite après le 9/11.
Ainsi, protégé par des bases américaines, montrant une image de modération et de paix, l'hyperactif émir prend de plus en plus l'allure d'un médiateur des différends pouvant naître entre les centres de pouvoir, même ceux qui sont radicaux et extrémistes.
Certains pensent même que le Qatar était en train de supplanter l'Egypte ou l'Arabie Saoudite comme force diplomatique, bien que l'émirat soit dépourvu de ressources économiques importantes, hormis le gaz, et d'armée.
C'est à ce niveau qu'entre en jeu al Jazeera qui apporte au Qatar ce qui lui manque pour jouer au médiateur influent. Le personnel d'al Jazeera vient de la BBC arabe, ce qui a permis à la chaîne de diffuser dès le début des nouvelles en continu. En 13 ans cette chaîne est devenue le pouvoir médiatique de l'Orient arabe, un empire ayant des nouvelles en anglais, du sport, des documentaires et une chaîne pour enfants. On la trouve aujourd'hui sur les portables et sur internet, mais aussi sur les ondes radio.
Son orientation politique est connue, en faveur de l'Islam radical et contre Israël et les Etats-Unis, sous une façade d'objectivité et de véracité, diffusant aussi aux masses arabes vivant en Occident.
Ses studios sont ouverts aux opposants des régimes arabes, produisant des débats éloquents et fascinants, montrant la faillite économique et sociale de ces régimes. Or les dirigeants arabes n'aiment pas la critique et les bureaux d'al Jazeera ont été interdits en Algérie, Arabie Saoudite, et fermés pour un moment en Irak, Koweit, Bahrein et l'Autorité Palestinienne L'Arabie a créé une chaîne concurrente al Arabiya et interdit la publicité sur Al Jazeera, ce qui prive celle-ci d'importantes ressources. Mais elle a son audience de 60 millions de téléspectateurs.
Et ceci mène de nombreux commentateurs arabes et médias à se demander qui manipule réellement cette chaîne, en pensant aux Frères Musulmans. Plusieurs faits y contribuent.
Le directeur général de la chaîne Wadah Khanfar était un membre de l'organisation en Jordanie, où il fut arrêté. Aujourd'hui il est des plus proches collaborateurs de l'émir.
Sheikh Youssouf al Qaradawi, le prêcheur radical est membre du cercle intime de l'émir et travaille étroitement avec la chaîne où il se produit chaque semaine, le samedi soir. Tous les deux sont des soutiens du Hamas, antenne des Frères Musulmans en Palestine.
De nombreux Frères Musulmans travaillent à al Jazeera et certains vont jusqu'à dire que 50% du personnel appartient à la confrérie, personnel qui a également une influence politique dans l'émirat.
En abritant des bases américaines, en ayant ouvert une représentation commerciale israélienne jusqu'en janvier 2009, en ayant une chaîne TV ayant une image modérée, le Qatar jette écran de fumée sur ses activités de sape des régimes arabes en faveur des Frères Musulmans.
Al Jazeera est en fait le porte-voix du Hamas et du Hezbollah contre Israël. Elle aide à exister la chaîne al Manar du Hezbollah. Dans la guerre "Plomb durci" à Gaza, al Jazeera avait une antenne dans l'hôpital Shifa pour ne montrer que les horreurs suite aux attaques israéliennes.
Lors du complot du Hezbollah contre l'Egypte, le journal al Ahram dénonce "la propagande qatari par le biais d'al Jazeera". Au Soudan, le sitewww.soudanonline.com fait le lien entre le Qatar et les Frères Musulmans "ce qui est dangereux c'est que cette organisation a le pouvoir de déclencher un conflit violent et de s'emparer du pays. Nous sommes effrayés que le Qatar ne soit consumé par le feu qu'elle répand. Ces Frères Musulmans ne savent pas ce qu'est la fraternité et la foi. L'histoire montre, en particulier au Soudan où ils étaient actifs, qu'ils se nourrissent du même sein, la foi extrémiste de Hassan el banna et Sayed Qotb"
Le duo Qatar/al Jazeera est un phénomène certainement très dangereux, vu l'audience de la chaîne auprès des masses arabes et son rapprochement avec l'Iran et les éléments radicaux et révolutionnaires de l'Islam.
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