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Interview exclusive d'Ido Nehoushtan, commandant de l'armée de l'air israélienne. Passage en revue des nouveaux défis de l'aviation
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PHOTO: PORTE PAROLE DE L’ARMÉE -jpost
Ido Nehoushtan est de cette trempe d'hommes à tout encaisser. A lui, les soucis et les responsabilités. Et le commandant de l'armée de l'air israélienne a de quoi s'inquiéter : un possible conflit avec l'Iran, un autre affrontement avec le Hezbollah ou le Hamas.
L'aviation israélienne se trouve aujourd'hui en première ligne. Ses pilotes doivent gérer plusieurs fronts à la fois. Malheureusement, les exercices conduisent parfois au drame. Comme la mort en plein vol du capitaine Assaf Ramon, le 13 septembre dernier. Tragique destinée pour le fils de l'astronaute Ilan Ramon, gloire nationale disparue lors de l'explosion de la navette Columbia en 2003.
La cinquantaine athlétique, le commandant de l'armée de l'air respire la confiance et la solidité. Même lorsqu'il évoque les pires scénarios. Il est le fruit d'un mélange savamment dosé entre diplomate et pilote de combat.Une qualité qui s'explique peut-être par son curriculum vitae : Nehoushtan est l'unique officier à avoir occupé les quatre fonctions les plus élevées au sein de l'aviation israélienne.
Son parcours se dessine dès les bancs de l'école. Brillant diplômé en management à l'université de Harvard, il a également décroché un master à l'université de Chicago. Son anglais impeccable et ses talents de diplomate l'ont propulsé sur le devant de la scène internationale, lors de la seconde guerre du Liban en 2006. Mais le chef de l'aviation n'abuse pas des micros.
Depuis sa prise de fonction au commandement de l'armée de l'air, il n'a accordé que deux interviews, uniquement à des médias étrangers. Rencontre exclusive
Jerusalem Post : Quels sont les principaux défis de l'aviation israélienne aujourd'hui ?
Ido Nehoushtan: Les défis auxquels nous faisons face dérivent de la situation géopolitique mondiale et de celle du Moyen-Orient en particulier. La région a connu de nombreux bouleversements et nous sommes à la croisée des chemins.
Le Moyen-Orient est un mélange d'Etats pragmatiques et radicaux. Nous devons faire face à des idéologies dangereuses associées à une puissance militaire, non seulement entre les mains d'Etats mais aussi d'organisations qui opèrent à l'intérieur des pays.
Pour parler clairement, prenez l'axe conduit par l'Iran qui regroupe le Hezbollah, la Syrie, pour terminer avec le Hamas dans la bande de Gaza. A l'heure où nous parlons, cette alliance s'inscrit durablement dans l'histoire. Motivée par une idéologie radicale anti-israélienne, elle utilise roquettes et missiles. Un vrai problème pour nous car plusieurs composantes de cette alliance opèrent à l'intérieur des Etats. Et cela change notre manière de combattre, comme lors de la seconde guerre du Liban et de l'opération Plomb durci.
Conséquence pour Tsahal : les soldats doivent se préparer à opérer sur différents fronts, avec différentes méthodes de combat, à l'aveugle, sans pouvoir prédire l'enchaînement des événements. Il faut être constamment sur le pied de guerre, pour n'importe quel scénario.
J.P. : Comment l'armement continu de la région, en particulier dans le Nord, affecte-t-il cette situation ?
I.N.: Nous voyons bien que dans le Nord, les infrastructures militaires sont sans cesse modernisées pour combattre Tsahal. Dans cette mesure, l'armée israélienne doit conserver à tout prix sa maîtrise des airs pour pouvoir se défendre. Celle-ci est menacée par les missiles sol-air. L'armement des ennemis d'Israël ne stagne pas, il gagne sans cesse du terrain.
J.P. : Notre supériorité aérienne est-elle menacée à Gaza et au Liban ?
I.N: On tente constamment de minimiser notre supériorité. Nous pensons que Gaza possède des missiles sol-air. Son objectif est clair : vaincre notre supériorité militaire. Nous pouvons y faire face mais nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Nous devons suivre l'évolution de la situation au jour le jour et aller de l'avant, enclencher en premier les événements.
J.P. : Quelle est votre opinion sur les missiles russes sol-air S-300 ? Certaines sources disent que le voyage de Binyamin Netanyahou en Russie visait à empêcher Moscou d'en vendre à l'Iran. Ces missiles peuvent-il réellement changer les règles du jeu pour Tsahal ?
I.N.: Les S-300 russes constituent un système de défense antiaérien très perfectionné, avec des possibilités multiples. Nous devons tout faire pour empêcher que cette technologie se retrouve sur de futurs terrains d'opération de Tsahal.
J.P. : Comment Tsahal se prépare-t-il à la menace iranienne ?
I.N.: Israël garde le droit de se défendre mais préférerait que la communauté internationale résolve le problème iranien. Nous serons satisfaits si ces efforts aboutissent.
J.P. : Israël a-t-il une réponse militaire viable contre l'Iran ?
I.N. : Pas de commentaire.
J.P. : Il y a moins d'un an, dans les colonnes de Der Spiegel, vous avez déclaré que stopper l'Iran n'était pas une question technique ou logistique. Est-ce toujours le cas ?
I.N : Je ne peux rien dire là-dessus.
J.P. : Pensez-vous que les efforts diplomatiques puissent aboutir ?
I.N. : L'Etat hébreu espère un succès diplomatique. La communauté internationale a pris connaissance des propositions iraniennes et est en train de les étudier. Au bout du compte, la mission de Tsahal reste de protéger l'Etat d'Israël et nous savons comment le faire.
J.P. : L'aviation israélienne peut-elle faire face seule à la menace de Gaza ou a-t-elle besoin d'un appui au sol ? En 2006, lors de la seconde guerre du Liban, nous avions cru à tort que le Hezbollah pouvait être vaincu uniquement dans les airs.
I.N. : Cela dépend des objectifs de l'opération militaire. Plomb durci était planifié sur une durée limitée et devait sévèrement affaiblir le Hamas et restaurer une ceinture de protection.
L'utilisation des forces terrestres dépend des objectifs de Tsahal. Ces derniers peuvent être atteints par l'aviation à certains moments, et à d'autres, il est nécessaire d'avoir une action conjointe sur terre et dans les airs. Nos appareils peuvent toucher certaines cibles avec une grande précision, mais d'autres ne peuvent être détruites que par les forces terrestres. Depuis ma prise de fonctions, je me suis fixé l'objectif d'accroître la coopération entre l'aviation et les forces terrestres de Tsahal. En premier lieu, toutes les branches partagent les mêmes objectifs : il n'y a pas une guerre de l'aviation, une guerre de l'infanterie ou une guerre de la marine.
J.P. : Au cours de l'opération Plomb durci, et pour la première fois dans l'histoire militaire, un escadron de l'aviation a été directement rattaché à l'infanterie. Ce scénario peut-il se
reproduire ?Chaque branche de l'armée présente ses propres avantages dans les opérations militaires. Pour permettre une synergie totale, les pilotes et les forces au sol doivent se rencontrer avant
d'aller combattre. Et envisager ensemble différents scénarios sur le champ de bataille.
I.N : Pour la première fois, des escadrons ont travaillé, main dans la main, avec des brigades de l'infanterie. Ce scénario ne peut se réaliser que sur des terrains d'opération petits et limités. Et les résultats sont convaincants.
J.P. : Quand le système de défense anti-roquettes, Iron Dome, va-t-il être opérationnel ?
I.N : Nous sommes en train de mettre sur pied une unité qui étudie déjà le système, les objectifs et le mode opératoire. Les travaux se trouvent à un stade avancé et je suis très satisfait des résultats obtenus. Si les choses avancent comme prévu, nous pourrons avoir la première batterie opérationnelle l'année prochaine.
L'Iron Dome sera le premier système à pouvoir détruire des roquettes de petite portée. Si nous réussissons, nous serons proches de notre objectif : créer un système de défense à plusieurs étages ; Arrow pour les missiles à longue portée ; David Sling pour les moyennes portées et Iron Dome pour les roquettes à petite portée.
Nous sommes également en train de développer le système Arrow 3 pour accroître encore notre niveau de défense antimissile. Il s'agit d'une révolution majeure dans la protection du ciel. Elle est unique au monde. Il reste beaucoup de travail, en particulier pour harmoniser les différents systèmes.
J.P. : Quelle est la portée des essais Juniper Cobra, organisés conjointement par Israël et les Etats-Unis dans les prochaines semaines ? Les Américains apportent sur le territoire hébreu trois de leurs équipements les plus performants.
I.N : Il s'agit d'une nouvelle étape dans notre coopération militaire, en particulier dans le monde compliqué des systèmes de défense. Notre principal défi est de parvenir à combiner les différents systèmes. Cet exercice constitue un grand pas en avant.
J.P. : Etes-vous préparés à l'éventualité qu'en cas de guerre, les Etats-Unis déploient leurs armements en Israël ? Etes-vous prêts à les abriter ? Avons-nous les infrastructures adéquates ?
I.N. : Cela s'est déjà produit dans le passé, lors des première et deuxième guerre du Golfe. Ces déploiements font partie intégrante de la coopération entre nos deux pays. L'exercice aura justement la mission de permettre à nos infrastructures de fonctionner ensemble.
J.P. : Nous voyons que la région s'arme de plus ne plus, en particulier avec des missiles ? Comment envisagez-vous la guerre du futur ? Plus extrême que par le passé ?
I.N. : La menace des missiles existe bel et bien. Mais elle n'est pas nouvelle. Nous sommes très attentifs à l'armement du Hezbollah en particulier pour les missiles. C'est l'une des zones rouges de la région.
J.P. : Voyez-vous un autre conflit avec le Hezbollah ?
I.N. : Le Hezbollah est l'ennemi. Le mouvement ne s'est pas désarmé et n'a pas changé ses attentions à l'égard d'Israël.
J.P. : Dans l'hypothèse d'un autre conflit, Israël fera-t-il une différence entre le Hezbollah et l'Etat libanais comme en 2006 ?
I.N. : Le Liban est responsable des actions du Hezbollah et nous devons être clairs sur ce point. Nous l'avons déjà dit auparavant. Le Hezbollah est une des composantes du Liban. S'il relance une guerre contre Israël, le pays devra prendre ses responsabilités.
J.P. : Où en sont les discussions avec les Etats-Unis concernant les avions de combat F-35 ?
I.N. : Nous sommes en pleine négociation. Je ne peux pas en dire davantage. Je ne vois aucun changement dans les dates prévues. Cela dépend du succès des discussions et il est clair que nous n'allons pas payer pour cet avion. Il va devenir la colonne vertébrale de l'armée américaine. C'est un pas en avant.
J.P. : Pourquoi est-il si important de se procurer cet avion ?
I.N. : J'analyse le F-35 à plusieurs niveaux. En premier lieu, sur le plan stratégique. En 1974, Israël a acheté plusieurs F-15 et nous sommes devenus le premier pays après les Etats-Unis à voler avec cet avion. A cette époque, le F-15 appartenait à une nouvelle génération d'appareils, par rapport aux vieux avions russes qui se trouvaient au Moyen-Orient.
Aucun doute n'était permis : le F-15 était forcément gagnant. Il a extrêmement renforcé les capacités israéliennes de dissuasion. C'est pourquoi, il est primordial que nous soyions les premiers au Moyen-Orient à utiliser les F-35.
L'opération Plomb durci passée au crible
J.P. : Pensez-vous que la force utilisée lors de l'opération Plomb durci a été proportionnelle et que les souffrances des civils n'ont pas été trop sévères, même en prenant en considération l'usage cynique des populations par l'ennemi ?
I.N. : Nous n'avons pas choisi d'intervenir à Gaza. C'est important de le souligner. Ils (le Hamas) nous ont conduits à cette situation en attaquant nos villes pendant huit ans. Nous nous sommes rendus à Sdérot une semaine après l'opération et vous devez aller là-bas pour comprendre ce que cela signifie que d'élever ses enfants lorsque vous avez 15 secondes pour atteindre un abri. Des enfants sont nés avec cette situation et n'ont rien connu d'autre. Il n'y a pas un autre endroit au monde où les écoliers doivent apprendre à courir jusqu'à un abri en 15 secondes.
Nous n'avons pas choisi d'aller à Gaza mais notre devoir moral pour les habitants d'Israël nous a commandé de le faire. Notre opération a été lancée suite à la décision consciente du Hamas de poursuivre ses attaques quotidiennes sur Ashkelon et d'autres villes.
Pour quelle raison ? Nous nous sommes retirés de Gaza. Nous n'avons plus la moindre parcelle de terre là-bas. Nulle part ailleurs sur la planète, une armée s'est comportée comme nous dans un environnement urbain. Nous avons fait preuve de précision pour chaque cible afin d'éviter les dommages collatéraux. Nous avons même appelé la population à quitter ses habitations, qui, dans certains cas, abritaient des armes du Hamas. Nous gardions un œil sur ces bâtiments afin de s'assurer que les familles étaient bien parties. Ensuite seulement, nous attaquions.
Lancer avec précision des missiles n'est pas une tâche facile. Il peut y avoir des dysfonctionnements qui nous font atteindre la mauvaise cible. Mais dans le cas de Plomb durci, cela ne s'est pas produit. Nous avons veillé à utiliser une procédure stricte pour chaque cible visée.
Aucune autre armée au monde n'a pris toutes ces précautions. Israël est le seul pays à utiliser des missiles "qui frappent à la porte". (Ils agissent comme des grenades assourdissantes, et sont utilisés pour faire en sorte que les habitants quittent leur maison, sans blessure.)
N'oublions pas que nous parlons de cibles qui ont des intérêts militaires et encore dans cette situation, nous sommes sensibles aux dommages sur les civils. A la fin de la journée, il faut bien admettre qu'il s'agit d'une opération en milieu urbain, avec un ennemi, le Hamas, qui se sert de sa population pour servir ses desseins. Il y a une vraie tristesse dans nos rangs lorsque des gens innocents sont blessés ou tués. Mais notre responsabilité morale appartient, avant tout, à la population israélienne que nous devons protéger.
Pour comprendre cette situation, il faut aller dans les villes israéliennes autour de la bande de Gaza. Les populations y vivent sous la pression constante des roquettes et des obus de mortier depuis 61 ans et cette situation est inacceptable. Ce que nous avons fait n'est rien d'autre que de l'autodéfense. La précision de nos tirs a été proche de 100 %.
J.P. : Parlons des premières frappes israéliennes au début de l'opération. L'aviation a attaqué les bureaux de la police du Hamas. Cette police travaille-t-elle réellement pour un régime de terreur ? Ne s'agit-il pas d'une simple force de police ?
I.N.: Nous devons regarder le Hamas, du sommet vers la base. Regardez la manière dont l'organisation a assassiné les membres du Fatah. Qui, selon vous, a été capable de faire cela ? Elle seule, et à son leur propre peuple. Nous devons nous éloigner des concepts militaires traditionnels pour comprendre que le Hamas agit différemment. Ces membres ne portent pas l'uniforme sur un champ de bataille. Ils se battent dans des zones résidentielles. C'est une partie importante de leur stratégie car ils ont bien conscience de nos faiblesses et nos scrupules à opérer sur ce type de terrain.
C'est pourquoi nous avons inspecté au préalable chaque cible avant d'attaquer. Mais eux agissent à l'opposé et visent des civils. C'est un conflit dissymétrique. Pas seulement au niveau militaire mais aussi au niveau éthique et moral.
J.P. : Comment faire passer ce message à la communauté internationale ? Que faites-vous pour l'expliquer ?
I.N. : La première chose à évaluer est le résultat. Le plus important pour nous est le calme retrouvé dans le Sud. Nous avons atteint notre objectif. Nous pouvons dire que nous avons fait du bon travail. C'est l'aspect principal de cette opération. Expliquer tous les efforts que nous avons accomplis pendant huit ans pour parvenir à une autre issue, comme le désengagement et le cessez-le-feu rompu par le Hamas, telle est la seule chose que nous pouvons faire.
Israël se trouve rarement dans une position confortable pour expliquer ses actions. Mais il faut être sur place pour le comprendre. C'est une région dangereuse avec des peuples radicaux. Et quelquefois, nous n'avons pas d'autres choix que de combattre.
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