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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 05:58

http://www.fr.chabad.org/

Un Etrog du Jardin d'Eden

La récompense d'un coeur pur


Ceci arriva le premier jour de Souccoth. Pour tous les fidèles réunis dans la synagogue du Rabbi Elimelekh de Lizensk, il y avait dans l'air une atmosphère de fête.

Tous les yeux se tournèrent vers Rabbi Elimelekh lorsque, se tenant à l'Amoud, il commença à réciter le Hallel. Ce jour de Souccoth, il y avait quelque chose d'inhabituel dans son comportement. Pourquoi s'arrêtait-il pendant qu’il agitait l'Etrog et le Loulav comme s'il était essoufflé?

Pourquoi n'exécutait-il pas l'office comme d'habitude? Il était évident qu'il était préoccupé par quelque chose, à en juger par l'expression radieuse de son visage.

Dès que les prières furent terminées, Rabbi Elimelekh se précipita à l'endroit où se trouvait son frère Rabbi Zoussia (qui était venu pour passer la fête avec lui) et lui dit: "Viens m'aider à trouver l'Etrog qui parfume toute la synagogue de son parfum de Jardin d'Eden."

Ils allaient d'un fidèle à l'autre jusqu'à ce qu'ils arrivèrent dans un petit coin tranquille de la synagogue où ils trouvèrent un homme absorbé dans ses réflexions.

"Voilà l'Etrog", s'écria Rabbi Elimelekh transporté de joie. "O, mon ami, dis-moi qui tu es et d'où provient ce merveilleux Etrog."

L'homme, plutôt surpris et confus par cette question inattendue, répondit lentement et d'une voix mesurée:

"C'est toute une histoire, cher Rabbin. Voudriez-vous vous asseoir et l'entendre en entier?"

"Mais oui, certainement, s'empressa de répondre le Rabbin. C'est certainement une histoire qui vaut la peine d'être racontée."

"Mon nom, c'est ainsi que l'homme au regard calme commença son histoire, mon nom est Ouri et je viens de Strelisk. J'ai toujours considéré "Etrog-Bentchen" (La bénédiction sur l'Etrog) comme ma Mitsva préférée et, bien que je sois pauvre et ne puisse normalement pas me payer un Etrog, ma jeune femme qui est d'accord avec moi sur ce point, s'est engagée comme cuisinière pour m'aider à acquérir l'Etrog. Au point de vue matériel, elle ne dépend pas de moi, de sorte que je peux dépenser ce que je gagne pour des choses spirituelles et religieuses. Je travaille comme Melamed (maître d’école) dans la ville de Yanov non loin de ma ville natale. J'emploie la moitié de mon salaire pour nos besoins matériels, et j'économise le reste pour m'acheter un Etrog à Lemberg. Afin de ne pas dépenser de l'argent pour le voyage, je fais le chemin à pied.

"Cette année, pendant les Dix Jours de Pénitence, je me suis mis en route pour Lemberg à pied comme d'habitude, avec 50 gulden en poche, afin d'acheter un Etrog. En chemin, je passai par une forêt et je m'arrêtai dans une auberge bordant la route pour me reposer. C'était l'heure de Min'ha et je me mis dans un coin pour dire mes prières...

"Au milieu du Chmoneh Esreh, j'entends des gémissements et des soupirs. On aurait dit une personne qui souffrait terriblement. Je m'empressai de finir la prière pour voir ce qui se passait et pour porter assistance. En me tournant, je vis un homme aux traits durs et au regard bizarre, qui était évidemment en détresse. Il était vêtu en paysan et, le fouet à la main, il racontait à l'aubergiste ses soucis et ses difficultés. J'arrivais à démêler de ses phrases confuses, coupées par des sanglots, que l'homme au fouet était un pauvre juif qui gagnait sa vie comme cocher. Il avait une femme et plusieurs enfants et arrivait à peine à joindre les deux bouts. Mais quel malheur! Son cheval qui lui était indispensable, s'était écroulé dans le bois, non loin de l'auberge, et il ne pouvait pas le faire lever.

"Il m'était pénible de voir le désespoir de cet homme et j'ai essayé de lui faire comprendre qu'il existait un D.ieu là-haut qui pourrait l'aider, quelles que soient ses difficultés.

"Je te vendrai un cheval pour 50 gulden, bien que sa valeur soit au moins de 80 gulden. Je le fais seulement pour t'aider", dit l'aubergiste au cocher.

"Je n'ai même pas 50 sous et il me propose un cheval pour 50 gulden", dit l'homme d'un ton amer.

"Je me suis dit que je ne pouvais pas garder mon argent pour acheter un Etrog devant une situation si désespérée qui menaçait la vie de cet homme et de toute sa famille. Je m'adressai donc au patron de l'auberge et lui demandait le dernier prix auquel il pouvait vendre le cheval.

L'aubergiste se tourna vers moi tout étonné et me dit: "Si vous pouvez payer comptant 45 gulden, je vous vendrai le cheval à ce prix, mais pas un sou de moins. Je le vends avec perte."

"Je sortis mon porte-monnaie, payait 45 gulden, tandis que le cocher me regardait, les yeux étonnés. Il ne pouvait prononcer un mot tant il était heureux. "Vous voyez maintenant que l'E-ternel peut aider, même si la situation paraît sans espoir", lui dis-je. Puis, il partit avec l'aubergiste pour atteler le cheval à la voiture qui était restée dans la forêt. Dès qu'ils furent partis, je ramassai mes affaires et disparus pour ne pas être embarrassé par les remerciements du cocher.

"Finalement, j'arrivai à Lemberg avec 5 gulden dans la poche. Je ne pouvais naturellement m'acheter qu'un Etrog tout ce qu'il y avait d'ordinaire. J'avais pensé dépenser 50 gulden pour mon Etrog, comme je faisais tous les ans, mais comme je vous l'ai raconté, j'avais estimé que les besoins du cocher étaient plus importants que l'achat d'un Etrog d'une qualité supérieure.

"Jusqu'à maintenant, mon Etrog était toujours le meilleur de tout Yanov et tout le monde avait l'habitude de venir chez moi pour dire des grâces sur cet Etrog. Cette année, j'avais honte de rester à Yanov avec un fruit si ordinaire et ma femme fut d'accord pour que je me rendisse à Lizensk où personne ne me connaissait."

"Mon cher Rabbi Ouri", enchaîna Rabbi Elimelekh, votre Etrog est tout à fait exceptionnel. Je comprends maintenant pourquoi il a le parfum du Jardin d'Eden. Permettez-moi de vous raconter la suite de ce récit:

"Lorsque le cocher que vous avez sauvé, réalisa sa chance inattendue, il se dit que vous deviez être le Prophète Élie que D.ieu avait envoyé sur Terre sous forme humaine pour le tirer d'embarras. Étant arrivé à cette conclusion, le cocher chercha un moyen d'exprimer sa gratitude à D.ieu, mais le pauvre homme ne savait pas un seul mot d'hébreu et aucune prière. Il se demandait comment exprimer sa reconnaissance. Subitement, un éclair traversa son esprit. Prenant son fouet, il l'agita dans l'air en s'écriant: "O, Père aux Cieux, je suis plein d'amour pour Toi, que puis-je faire pour Te prouver mon amour? Je veux agiter mon fouet comme preuve de mon affection pour Toi." Et le cocher claqua son fouet en fendant l'air par trois fois.

"Le soir de Yom Kippour, le Tout-Puissant était assis en juge sur son trône pour écouter les premières prières du Jour des Expiations. Rabbi Lévi Its'hak de Berditchev qui était conseiller de la défense du peuple juif, était en train de pousser une voiture pleine de Mitsvot en direction des portes du Ciel, lorsque Satan apparut et se mit sur le chemin avec un tas de péchés juifs, barrant ainsi la route au Tsaddik. Mon frère, Rabbi Zoussia, et moi l'aidions à pousser la voiture, mais nos efforts étaient inefficaces. Même à trois, nous n'arrivions pas à la faire avancer.

Subitement, l'air fut fendu par le son du claquement d'un fouet et un rayon aveuglant éclaira l'univers entier jusqu'aux cieux. Nous aperçûmes les anges et tous les Justes assis en cercle et chantant la louange à D.ieu. Lorsqu'ils entendirent les paroles du cocher claquant son fouet, ils dirent: "Heureux le roi qui est ainsi loué!"

"Au même instant apparut l'ange Michael conduisant un cheval, suivi par le cocher qui avait le fouet en main. L'ange Michael attela le cheval à la voiture chargée de Mitsvot et le cocher claqua son fouet. La voiture se mit en marche, écrasant les péchés juifs qui avaient obstrué la route et parvint jusqu'au "Trône d'Honneur". Le Roi des rois accepta la charge de la voiture avec grâce et Se levant du Trône du Jugement, Il s'assit sur le Trône de la Miséricorde. Une bonne nouvelle année était assurée.

"Et maintenant, cher Rabbi Ouri, dit en conclusion Rabbi Elimelekh, comme vous le voyez: tout cela est arrivé grâce à votre noble action. Retournez chez vous et devenez un chef en Israël, car vous avez prouvé que vous le méritiez. Mais avant de partir, permettez-moi de saisir ce merveilleux Etrog et de louer D.ieu avec lui."

 *******************

 

Le toit de la Souccah

La puissance d'une frêle Souccah


Après soixante-dix ans de communisme en Russie, y construire une Souccah est comparable à la fonte des neiges à la fin de l’hiver : cela réchauffe un cœur juif, même au plus profond de la Sibérie.

Depuis les vingt dernières années, le judaïsme renaît dans toutes les régions de cet immense pays ; quand arrive Souccot, c’est vraiment un miracle évident car cette fête était presque complètement oubliée à cause des dangers et des difficultés à construire une Souccah ou à obtenir un Loulav ou un Ethrog.

Il y a trois ans, je me suis rendu à Kazan, une ville située le Tatarstan, une région habitée essentiellement par des citoyens musulmans.

Après l’office du matin conduit par le Grand Rabbin de Kazan, Its’hak Garelik, celui-ci me présenta un des fidèles, M. Moché Perlov, un dentiste âgé de soixante-cinq ans. Je lui demandai : «Comment se fait-il que vous fréquentiez tous les jours la synagogue ?» C’est alors qu’il me raconta son histoire.

«Mon père s’appelait Reb Na’houm Eliahou Perlov. Avant la Seconde Guerre Mondiale, il était «Sofer», scribe à Kazan : il écrivait méticuleusement les parchemins sacrés utilisés pour les Téfiline, les Mezouzot et les Sifré Torah. A la maison, il était très scrupuleux dans l’observance des Mitsvot mais comme il n’existait pas d’école juive, je fréquentais l’école publique, même le Chabbat. Cela signifie que de nombreuses traditions étaient affaiblies mais, à la maison, nous tentions d’observer le mieux possible les fêtes et les coutumes.

Mon père était inquiet pour mon avenir. Il me suppliait toujours de ne pas révéler à mes camarades ce que nous pratiquions à la maison : «Sois un Juif à la maison et un Russe dans la rue !» répétait-il.

D’un certain point de vue, il avait raison car je n’aurais jamais été accepté dans une université si j’avais ouvertement professé mon judaïsme.

Nous habitions une petite maison en bois, pas dans un appartement comme la plupart des gens. De ce fait, nous disposions d’une sorte de porche à l’arrière. Chaque année, avant Souccot, mon père en couvrait le toit avec des branches et des feuillages. Nous invitions tous nos amis juifs car, de fait, c’était la seule Souccah de toute la ville. Mon père récitait le Kiddouch sur le vin, racontait des histoires et nous parlait longuement de la beauté de cette fête. Ces souvenirs de Souccot sont particulièrement vivaces dans mon esprit.

Mon père mourut en 1965 et j’héritai de sa maison. Je désirais ardemment maintenir cette tradition de Souccot, afin que mes propres enfants en soient imprégnés. J’étais un peu déçu du fait que tout ce que mon père avait réussi à construire était un toit de feuillage et de branchages. Moi, j’allais faire beaucoup mieux ! Comme j’avais des amis qui travaillaient dans une usine de métaux, ils me procurèrent des plaques d’aluminium renforcé dont je pus recouvrir le toit du porche. Ainsi je pouvais recevoir nos amis à l’abri du vent et de la pluie. J’étais si fier et heureux de perpétuer la tradition de mon père ! Du moins le croyais-je…

En 1998, le mouvement Loubavitch envoya Rav Its’hak Garelik et son épouse ‘Hanna revitaliser la communauté juive à Kazan. C’était si incroyable de voir un jeune rabbin célébrer en public ce que nous avions tenté de respecter en privé, à l’abri des regards indiscrets ! Cette année-là, Rav Garelik me dit : «Reb Moché ! Demain, c’est Souccot ! Je veux vous inviter à manger dans la magnifique Souccah que nous avons construit !»

Ce soir-là, quand j’entrai dans sa Souccah, je saluai Rav Garelik vêtu de son habit de Chabbat qui récitait le Kiddouch, alors que les bougies de la fête étaient allumées sur la table… et que le toit de sa Souccah était constitué de feuilles et de branchages !

Je ne pus me retenir et me mis à pleurer. Je venais de réaliser que ce que mon père avait toujours mis en guise de toit était la bonne façon d’agir ! Depuis plus de trente ans, je m’étais cru plus intelligent en recouvrant ma «Souccah» de plaques d’aluminium pour la rendre plus belle et plus confortable, mais ce n’était pas une Souccah !

Rav Garelik me demanda pourquoi je pleurais et quand je lui expliquai, il me consola : «Certainement votre père vous regarde depuis le ciel, avec tous les grands Juifs des générations passées et il sourit : je vous garantis que D.ieu ressentait un immense plaisir de votre Souccah – avec son toit en aluminium – même si elle n’était pas recouverte de feuillage parce que vous la construisiez avec tant d’ardeur et de sincérité !»

Depuis, j’ai continué à apprendre et à mieux comprendre nos traditions. Ma famille et moi-même sommes très impliquées dans la vie de la communauté et nous célébrons les fêtes comme il se doit !»

Malgré le froid de l’automne russe, de nombreux Juifs tiennent actuellement à sortir pour manger et se réunir dans les Souccot communautaires érigées la plupart du temps dans les cours des synagogues. C’est la Souccah qui les garde au chaud !

Telle est la véritable saga de Souccot en Russie : jamais le communisme le plus virulent n’a réussi à complètement détruire la frêle Souccah et l’étincelle de judaïsme qui anime chaque Juif.

Rav Avraham Berkowitz - The Jewish Press

 


************************

Une si petite Souccah

Mais rien ne l'abattra...

En 1936, le NKVD, la police secrète soviétique avait malheureusement réussi à éradiquer en grande partie le judaïsme en Russie. Même les quelques ‘Hassidim qui restaient fidèles aux lois de la Torah se cachaient et vivaient dans une terreur perpétuelle : être découvert ou dénoncé, puis arrêté, torturé et envoyé en esclavage en Sibérie pour y mourir de faim et de froid. Certains trouvaient le moyen d’enseigner secrètement la Torah à leurs enfants, de cuire des Matsot pour Pessa’h ou de prier avec un Minyane (quorum de dix hommes). Mais la fête de Souccot n’était vraiment pas simple à respecter : comment peut-on construire une cabane à ciel ouvert, au plafond recouvert de branchages, sans éveiller les soupçons du KGB ?

Mais Rav Yits’hak Elchanan Shagalov était résolu à accomplir cette Mitsva sans compromis, comme d’ailleurs toutes les autres Mitsvot : « La Torah est plus précieuse que la vie elle-même » répétait-il à ses enfants ; ou encore : « Une vie sans Torah n’a aucun sens ! Les Soviétiques ne pourront jamais réduire nos âmes en esclavage ! »

A l’arrière de la synagogue des ouvriers, dans la cour, se dressait une petite cabane en ruines. Elle était remplie d’un incroyable fourbis : des planches usées, des vieux journaux, des outils rouillés, des chiffons déchirés, des piles d’objets hétéroclites. Rav Yits’hak Elchanan Shagalov décida d’utiliser cette cabane. Quelques jours avant la fête, il enleva exactement deux planches du plafond et les remplaça par du feuillage.

La première nuit de Souccot, il réveilla ses six enfants – le plus petit n’avait que quelques mois – qui étaient blottis dans la synagogue, là où la famille avait dû trouver refuge après avoir été expulsée de sa maison. Il serra les enfants les uns contre les autres pour qu’ils se trouvent exactement sous le feuillage : ainsi chacun d’entre eux accomplissait la Mitsva.

Durant le « repas » - qui consistait en quelques croûtons de pain - Rav Yits’hak Elchanan enseigna à ses enfants la célèbre chanson yiddish : « A Soukelé A Kleine » (« Une si petite Souccah »). Ce chant évoque des vents violents qui menacent d’abattre la frêle Souccah ; une petite fille angoissée s’écrie que la Souccah va s’effondrer et que les bougies vont s’éteindre ! Mais son père la console : cela fait des milliers d’années que la Souccah résiste et aucun vent ne peut la déraciner ! De fait, telle était l’éducation ‘hassidique qu’il désirait inculquer à ses enfants : « Les vents violents, ce sont les Soviétiques et leur police secrète. Ils tentent de toutes leurs forces de détruire notre Souccah. Les bougies, ce sont les enfants juifs que les communistes souhaitent assimiler à leur culture. C’est pourquoi ils interdisent toute pratique religieuse. Mais nos enfants resteront fidèles à l’enseignement de la Torah et le judaïsme ne s’éteindra jamais ! »

Puis Rav Yits’hak Elchanan changea légèrement les mots : au lieu de chanter : « Les bougies vont s’éteindre », il affirma de sa voix mélodieuse : « Regardez ce miracle ! Nos bougies ne s’éteignent pas ! » Il répéta le chant encore et encore, jusqu’à ce que les enfants le connaissent par cœur et s’imprègnent profondément de son message.

Actuellement, les enfants de Rav Yits’hak Elchanan et Maryasha Shagalov sont eux-mêmes arrières-grands-parents d’environ cinq cents descendants qui sont tous responsables communautaires, émissaires du Rabbi, Rabbins, enseignants et abatteurs rituels dispersés sur les cinq continents, assumant fièrement la continuation de l’éducation juive : les vents violents n’ont pas réussi à déraciner la fragile Souccah du peuple juif. Les bougies allumées par ces ‘Hassidim dans une cabane abandonnée au fond d’une cour éclairent encore le monde d’une lumière pure et éternelle.

E. Lesches

 
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Souccot en Corée

Souvenirs d'un soldat américain


Le caporal Irving Stoltz était vrai ment furieux que sa permission ait été subitement annulée. Il avait déjà pris toutes ses dispositions pour passer la fête de Souccot à Tokyo avec de vieux amis. Il s'était vu assis dans une paisible Souccah, loin du champ de bataille où les chants des Zemiroth ne seraient pas étouffés et ses rêves ne seraient pas interrompus par le ronronnement des avions au ciel et l'explosion des obus tombant tout près. Mais la Providence en avait décrété autrement, car deux jours avant Souccot les instructions suivantes furent reçues : dans trois heures, la division devrait se mettre en marche. Elle était maintenue en réserve en attendant l'offensive générale qui devait être lancée sur le front, en Corée centrale.

C'était la guerre et Irving ne pouvait rien y changer. Il ramassa rapidement ses quelques bagages. Pendant un moment il caressa tendrement le petit sac en velours avant d'y mettre ses biens les plus précieux : les Tefiline. Bientôt ses bagages furent prêts. À cet instant, il reçut un colis, par courrier spécial. Il lui était envoyé par son père. Irving fut content d'en retirer un Loulav et un Etrog, qui était un fruit parfait sans aucun défaut. « Quel bel Etrog », pensa Irving, respirant son parfum agréable. « Comme c'est gentil à mon père d'avoir pensé à moi et de m'avoir envoyé cette chose merveilleuse », se dit-il, plein de reconnaissance. Pourtant, il n'avait plus le temps de mettre sur le papier ses pensées et d'envoyer une lettre. Qui sait quand il pourrait écrire la prochaine fois ?

Irving, regardant le Loulav avec ses rameaux de myrte et de saule, ainsi que l'Etrog, se demanda s'il pourrait les utiliser. Finalement, il les remit dans la boîte en fer qu'il fourra dans son sac.

Quelques secondes plus tard, la division reçut l'ordre de se mettre en marche. Irving monta dans une jeep et la division se dirigea vers les premières lignes du front, en traversant des routes boueuses et rudimentaires. La nervosité qui s'était emparée de lui à la pensée de la bataille imminente avait fait place à une nouvelle émotion causée par le colis qu'il venait de recevoir. Il éprouva à ce moment-là un soulage ment d'emporter avec lui en plus des Tefiline, le Loulav, l'Etrog, le myrte et le saule pour le protéger du danger.

Les jours suivants, la division à laquelle Irving était attaché par ticipa à de dures batailles. Irving avait peu d'occasions de penser à la fête de Souccot. Néanmoins, deux fois, il eut le temps de sortir son Loulav et son Etrog et de les bénir. Bien qu'il ne pût à peine se tenir debout tant il était fatigué et tout fourbu et, tandis que ses camarades s'étaient allongés pour profiter de quelques minutes de sommeil, Irving fit les mouvements prescrits : il prit le Loulav dans la main droite et l'Etrog dans la main gauche, il les agita dans les quatre directions, en haut et en bas, proclamant ainsi la domination de D.ieu sur la terre entière et aussi pour chasser les forces du mal. Il sentit que cet acte symbolique pratiqué par les Juifs contenait plus de puissance que toutes les armes que les « Rouges » pouvaient utiliser. À ce moment-là, il ressentit une sécurité et un calme qu'il n'avait jamais connus auparavant.

Les forces des Nations Unies avaient pénétré profondément dans les lignes de l'ennemi, et, bien que tous les objectifs fussent atteints, quelques jours étaient nécessaires pour la consolidation des positions.

Souccot était passé depuis longtemps. Les Loulav et l'Etrog étaient fanés et à peine reconnaissables, mais Irving ne pouvait pas se décider à les jeter, bien qu'ils ne fussent plus d'aucun service pour lui.

L'arme secrète

Une nuit brumeuse, les Rougescommencèrent à contre-attaquer. La surprise et la violence jouèrent en leur faveur. Ils envahirent les positions des forces alliées qui furent obligées de reculer. Pendant cette retraite, Irving perdit ses bagages. Sa compagnie supporta le choc de l'attaque, car elle défendait une colline stratégique. Les hommes avaient reçu l'ordre de contenir l'ennemi aussi longtemps que possi ble pour permettre au gros de l'armée de se retirer. C'est en exécutant ces ordres qu'Irving fut gravement blessé.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se trouvait à l'hôpital militaire de Tokyo où il avait été transporté par avion. Sa vie n'était pas en danger et il commençait à se remettre de ses blessures.

Un jour, alors qu'il était en train de reprendre la lecture de brochures qu'il recevait régulièrement d'Améri que, quelqu'un lui tapa sur l'épaule et lui demanda de le suivre dans son bureau. Là, un capitaine en unifor me impeccable lui serra la main.

– Vous êtes promu au grade de sergent, dit le capitaine. De plus, vous êtes cité à l'ordre de l'armée pour le courage dont vous avez fait preuve, et vous êtes proposé pour la Médaille Militaire.

Un peu plus tard, quand Irving s'était remis de sa surprise, le capitaine sortit de sa serviette un grand dossier, l'ouvrit et dit :

– Lorsque nos forces conquirent le quartier général des renseigne ments des Rouges, nous découvrîmes un dossier intitulé « Secret et Confidentiel ». Ce dossier comprenait un rapport détaillé concernant une « nouvelle arme » capturée à l'armée américaine. Le service des renseignements des Rouges travailla dur pour déter miner la nature de cette nouvelle arme, mais ne parvint pas à trouver la solution de ce mystère. Ils décrivent la nouvelle arme comme étant une chose suspecte, la dimen sion d'une grenade environ, camouflée par une branche de palmier. Le dossier contenait un film et vous le verrez sur l'écran. Le capitaine se dirigea alors vers l'appareil cinématographique et le mit en marche.

Irving reconnut immédiatement son sac et il vit un officier coréen du service secret qui l'ouvrait. Puis, le soldat Rouge sortit une boîte en fer dans laquelle Irving avait mis son Etrog et le Loulav enroulés dans du papier argenté. Les Rouges manipulaient ces deux objets avec beaucoup de précautions, les regar daient de tous les côtés et les remettaient dans un coffre-fort. Ici le film s'arrêtait et Irving commença à rire. Il riait et riait fort et le capitaine riait avec lui.

Finalement, le capitaine redevint sérieux et dit :

– Quelques-unes de ces « armes secrètes » sont passées par notre bureau à l'intention des aumôniers juifs, pour la fête de Souccot. Étiez-vous aumônier, sergent ?

– Non, mon capitaine, mon père me l'avait envoyé, puisque chaque Juif doit observer ce rite pendant la fête de Souccot.

– Mais vous auriez pu prendre avec vous quelques provisions supplémentaires pour le front au lieu de ces choses. Était-il si important de les amener sur le champ de bataille ?

Voyez-vous, capitaine, la Souccah est la hutte que nous con struisons pour y manger pendant la fête, et le Loulav et l'Etrog nous garantissent la protection de D.ieu. Je ne peux pas vous expliquer la valeur que ces objets avaient pour moi. Ils me donnaient du courage et de la foi. C'est la raison pour laquelle je les ai apportés avec moi dans la bataille.

– Pensez-vous que vous auriez pu faire les actes que vous avez faits, même sans le Loulav et l'Etrog ?

– Je ne sais pas, mon capitaine, mais je suis sûr qu'ils y ont contribué.

– Mon D.ieu, si tous les militaires Juifs prenaient avec eux, dans la bataille, un Loulav et un Etrog, nous aurions déjà gagné la guerre. En tout cas, mes félicitations, sergent, et mes meilleurs voeux d'une refouah cheleimah (bon rétablissement).

– Êtes-vous juif, mon capi taine ? demanda Irving.

– Oui, mon ami, mais, jusqu'à maintenant, je ne savais pas jusqu'à quel degré je me sentais juif. Chalom, Chalom !

Et les deux soldats juifs se quittèrent en souriant.

 
Par Israel Boccara - Publié dans : JUDAISME et SPIRITUALITE - Communauté : J.A.G - HISTOIRE et JUDAISME
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