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Abbas face au dilemme de septembre, sautera t-il dans le train des négociations pour échapper aux accusations de corruption ?
Par Marc Brzustowski
Pour © 2011 lessakele et © 2011 aschkel.info
C’est un été diplomatique tendu qui attend les chancelleries soumises au bon vouloir d’Abbas. Le Président de l’AP est, essentiellement, aux prises avec une cuisine palestinienne épicée :
Il n’était pas suffisant de faire quelques mimiques entendues à Khaled Meshaal, le pensionnaire de Damas, sous l’impulsion du nouveau pouvoir du Caire, pour entraîner l’adhésion du Hamas « réel » de Gaza dans un pacte d’unité. Ce sont, désormais, les rivalités internes au mouvement islamiste qui donnent le tempo de la faisabilité de ce nouvel accord sur le papier. Du fait de la profondeur stratégique dont le groupe terroriste bénéficie, de l’autre côté de la frontière égyptienne, celui-ci se sent protégé pour poser ses exigences.
Lorsque le Fatah propose le plus technocratique des premiers ministres par intérim dont il dispose, Salam Fayyad, le Hamas de Gaza ne supporte pas cette tutelle compatible avec les intérêts des Américains et, partiellement, avec ceux d’Israël. Il lui oppose Ismaïl Haniyeh, qui a tout d’un idéologue et rien d’un technicien, sinon comme spécialiste en balistique antisioniste ou en explosifs à s’accrocher autour de la taille.
Khaled Meshaal, quant à lui, dépend de la tournure des évènements en Syrie, où sont situés ses quartiers généraux, et des rusés chefs des Frères Musulmans, en Egypte, Tunisie ou Turquie, qui l’incitent à adopter un profil, soudain, plus respectable et conciliant. Mais la faiblesse relative de sa position actuelle ne lui apporte pas l’ascendant nécessaire pour se faire respecter à Gaza. Al-Zahar lui réclame que le Hamas réel soit reconnu comme la principale composante militaire et économique de l’organisation, tandis que le sort politique de Meshaal se joue dans la réconciliation avec le Fatah. Ce processus unitaire permettrait aux hommes de Meshaal de prendre la direction du mouvement palestinien dans son ensemble, en rejoignant l’OLP, seule faction reconnue en Occident, et de lui imposer progressivement sa marque.
Mahmoud Abbas tente, de son côté, son va-tout contre son rival Mohammed Dahlan, qui publie contre lui, de graves accusations de détournement du bien commun palestinien : 1, 4 milliard de $, laissé en héritage par Arafat aurait ainsi été transféré vers des caisses noires, à son profit. Ces derniers jours, Abbas a fait fermer 3 sites internet favorables aux thèses de Dahlan et réclamant des comptes au nom de la Cause. Mais il n’est pas parvenu à déstabiliser son adversaire au sein des instances dirigeantes du Fatah, qui n’ont pas souhaité évincer l’ancien homme fort de Gaza, avant le « coup d’état ». Dahlan a embauché des consultants chargés d’anticiper les coups qu’Abbas tente de lui porter. Le Fatah de Gaza lui est fidèle, affaiblissant encore la posture du « Président » de l’AP, face au Hamas.
Abu Mazen s’est servi de la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, en juin 2007, pour ne plus avoir à se représenter devant un quelconque scrutin, ni présidentiel, ni parlementaire. Il s’est ainsi arrogé le monopole décisionnel, sans consultation de personne, ni, de fait, représentation de quiconque.
Ainsi, la fameuse offensive diplomatique visant la reconnaissance unilatérale d’un état palestinien, s’il semble partagé par beaucoup de pays dans le monde, ne tient qu’à la décision d’un cercle étroit autour de sa personne, à Ramallah. Il n’a ni pouvoir réel sur les masses, ni mandat d’aucune sorte. Il est, foncièrement, légalement, en incapacité totale de proposer quoi que ce soit de sérieux aux Américains, Européens, Quartette, encore moins à Israël sur des sujets aussi connotés que : le statut de Jérusalem, le « droit au retour » des réfugiés, des frontières stables, etc.
C’est dans ce contexte que les envoyés spéciaux d’Obama, Dennis Ross et David Hale sont arrivés à Jérusalem et Ramallah, le 14 juin, les bras chargés de cadeaux d’incitation à reprendre langue. Leur objectif est d’obtenir l’aval de Mazen pour un dernier tour de piste négociateur, avant toute tentative inconsidérée devant l’ONU. De son côté, le Ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov lui a bien fait comprendre qu’une fois cette démarche réalisée, le « nouveau chef d’état » sur le papier ne disposerait d’aucune bonne solution pour avancer. La déclaration unilatérale est devenue un piège dans lequel Abbas s’est enferré tout seul, pour se trouver des alliés à l’extérieur. Cela marche bien sur le principe… et c’est tout.
Une bonne moitié des pays donateurs européens s’y opposerait, à l’exception notable de la France qui joue de ce suspense comme d’une forme de chantage pour obtenir la primeur d’une conférence à Paris, et non à Washington. Sarkozy s’appuie sur son virtuel Premier Ministre, l’ultra-chiraquien Juppé, dont l’aversion pour Israël découle de sa filiation corrézienne. L’un comme l’autre se sentent pousser des crocs de taille identique à ceux d’Obama, à l’approche des prochaines présidentielles et, sont dans la même avidité de conserver les rênes de leur pays qu’Obama du sien. Même si c’est la fable de la grenouille plus grosse que le bœuf, sait-on jamais ? Aussi, en cas d’échec de leur tactique, se rabattre par dépit sur une « reconnaissance unilatérale » inconsistante est tout à fait à la hauteur de la diplomatie française aux petits pieds.
Le Japon, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, bref les Occidentaux conscients s’y opposeraient également et, plus surprenant, une bonne moitié des pays africains qui se sont rapprochés d’Israël ces dernières années.
La résolution existerait bien, mais ne serait jamais appliquée…
Abbas, maintenant, a besoin de redorer son prestige et d’occuper la scène. Avec une reconnaissance unilatérale stérile, son rôle s’estomperait dès la fin septembre, au profit du plus futé de ses rivaux. S’assoir dans le prestigieux fauteuil de « négociateur » qui dit non à tout lui offre une porte de sortie pour durer. Il pourrait ainsi mener le monde en bateau, au moins, jusqu’aux élections américaines. Les manœuvres de Dahlan pour le destituer mettraient alors « en péril la paix » et la fiction serait maintenue aussi longtemps que possible.
L’intérêt pour Netanyahou serait de sortir, sans grand risque, du rôle du vilain petit canard qui « ne voulait pas négocier », si l’on s’en tient à la rumeur officielle entretenue par bon nombre d’Européens derrière le tandem français.
La question reste : y a-t-il le moindre point commun entre les notions de Justice, de morale et la pratique de la diplomatie internationale ? Rayer les mentions inutiles.
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