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Shelley, je vous présente l'homme qui a décrypté le code du rouleau de cuivre !" Après cette mystérieuse entrée en matière, je serre la main de Jim Barfield. Nous nous trouvons devant les stands de produits israéliens, à la pause-déjeuner du congrès des Sionistes chrétiens de Forth Worth, au Texas.
Illustration.
PHOTO: SHELLEY NEESE , JPOST
Je réponds un peu perdue : "Tous mes compliments. Mais de quoi s'agit-il au juste ?"
"D'une carte au trésor", me répond Barfield, "établie par le prophète Jérémie."
J'examine Barfield et son compagnon afin de déterminer s'ils appartiennent à la catégorie des fous inoffensifs ou à celle des fous dangereux. Habitant de la petite ville d'Oklahoma, Barfield
possède une stature impressionnante et arbore une longue (vraiment très longue) chevelure grise et une barbiche. Son partenaire sur le "projet du rouleau de cuivre" est Chris Knight, cheveux
longs lui aussi, voix douce et manières affables. Avec le même regard confiant et les mêmes certitudes de Barfield, il se joint à nous pour fournir davantage d'explications.
Le rouleau de cuivre a été découvert en 1952 dans l'une des grottes de Qumran, aux abords de la mer Morte. S'il fait partie de ce qu'on appelle les Manuscrits de la mer Morte, il diffère des autres par sa forme : il n'a pas été fabriqué en papyrus ou en cuir, mais en feuilles très fines d'un alliage de cuivre. Il n'est en outre ni scriptural, ni littéraire, mais renferme une liste très détaillée d'une soixantaine de cachettes où de grandes quantités d'or, d'argent, de pièces de monnaie, de vases et d'articles religieux seraient dissimulés. Ces trésors du Temple pourraient bien inclure également la fameuse Arche perdue, l'arche d'alliance.
Un canular antique ?
Le manuscrit de cuivre a été découvert roulé en deux parties et gravement oxydé. Redoutant de le voir s'effriter lors de son ouverture, les experts ont mis quatre ans à déterminer la meilleure façon de procéder. En fin de compte, un laboratoire de Manchester, en Angleterre, l'a découpé en vingt-trois bandes à l'aide d'une scie électrique à grande vitesse. Des clichés ont été pris, puis les bandes de cuivre ont été envoyées en Jordanie. L'expédition est en effet sponsorisée par le Département des Antiquités d'Amman, à l'origine de la découverte.
Il existe diverses théories sur l'histoire des richesses répertoriées dans le rouleau et sur leurs propriétaires. Selon l'une d'elles, il s'agirait d'un canular antique. Une autre, tout aussi populaire, affirme que les objets mentionnés sont des trésors du Second Temple. Ils auraient été dissimulés juste avant l'encerclement de Jérusalem par les troupes romaines de Titus.
Autre théorie, à laquelle souscrit Barfield, et que récusent beaucoup de spécialistes : ni canular, ni un vestige du Second Temple, le rouleau daterait du Premier Temple. Une hypothèse qui s'appuie sur le Second livre des Maccabées, ainsi que sur un ouvrage du XVIIe siècle, moins connu, intitulé Emek Hamelech (La vallée du roi). Ces deux livres relatent l'histoire du prophète Jérémie qui, avec l'aide de cinq hommes très pieux, dont Shimour Halevi, a pris soin de dissimuler les objets saints du Temple pour les préserver des conquérants babyloniens. Il a ensuite répertorié les cachettes sur la fameuse tablette de cuivre.
Caverne d'Ali Baba
Le texte figurant sur le rouleau de cuivre est extrêmement difficile à déchiffrer. Rédigés dans une forme très primitive d'hébreu mishnaïque, de nombreux mots employés n'apparaissent dans aucun autre texte biblique ou rabbinique et sont donc inconnus des experts. L'écriture est, en outre, peu soignée, comme si le scribe avait été pressé par le temps. Un vrai casse-tête pour les paléographes. La plupart des lieux sont décrits à l'aide d'obscures références, trop spécifiques pour ceux qui n'ont pas vécu à la période concernée : il est question de tombes, de puits asséchés, de grottes et de bassins dont les propriétaires ou les sites ont depuis longtemps sombré dans l'oubli.
Le rouleau éveille les appetits : "Soixante-cinq barres d'or sont cachées dans la troisième terrasse de la maison de la vieille blanchisseuse", peut-on lire ou encore : "Soixante-dix talents d'argent sont enfermés dans un coffret de bois, dans la citerne d'une chambre funéraire de la cour de Matia." Par ailleurs, associées à sept des lieux répertoriés, figurent deux ou trois lettres grecques qui semblent avoir été choisies à l'aveuglette.
Comment Barfield est-il parvenu à découvrir l'identité de la "vieille blanchisseuse" ou la signification des lettres grecques ? Il a
suivi son instinct. "Les autres chercheurs ont voulu appliquer des théories préconçues et ils se sont perdus dans des détails", explique-t-il.
L'ancien pompier ne ressemble en rien à un spécialiste de l'époque biblique et n'a pas non plus le profil d'un Indiana Jones. Avant de s'intéresser aux rouleaux, l'Américain ignorait tout : la
langue hébraïque, l'archéologie et la géographie de la région. Soldat du feu, il excellait jadis dans la traque des pyromanes. Mais Barfield avait envie d'autre chose. En lisant une chronologie
biblique, il a pris connaissance pour la première fois de l'existence du rouleau de cuivre et, de son propre aveu, cette histoire l'a royalement ennuyé, au point de qualifier le manuscrit de
"liste de métaux casher".
Sa vision des choses va radicalement changer en décembre 2006. A la suite d'une conversation avec Vendyl Jones, l'homme qui aurait inspiré le personnage d'Indiana Jones à Spielberg et qui a lui-même recherché les trésors énumérés dans le rouleau, Barfield a décidé de revisiter l'antique texte. Et de mettre à profit ses talents de chasseur de pyromanes. A l'époque où il enquêtait sur les incendies criminels, il s'efforçait de prouver l'innocence de chacun en éliminant les facteurs annexes. Cette expérience lui a été d'un grand secours dans l'étude du rouleau. "J'ai éliminé les facteurs annexes et j'ai fait coïncider les empreintes", raconte-t-il.
Cinq minutes seulement lui ont été nécessaires pour décrypter dans le texte la première cachette. Au bout de vingt minutes, il avait résolu le mystère des quatre autres lieux mentionnés. Il s'est alors rendu en Israël avec sa femme, afin de vérifier si les sites qu'il avait identifiés existaient bien dans la réalité. "Je voulais m'assurer que je ne me faisais pas d'illusions."
Selon lui, les archéologues, rabbins et historiens qui ont parcouru ses conclusions ont tous été convaincus. "C'était tellement simple
!", affirme-t-il. "Ils se sont demandé pourquoi ils n'y avaient pas pensé plus tôt..."
Depuis, Barfield a effectué quatre voyages en Israël, afin de travailler avec l'archéologue de l'IAA chargé de l'expédition. Si les formalités nécessaires à l'organisation de telles recherches,
dans un climat religieux et politique sensible, constituent d'ordinaire un vrai parcours du combattant, Barfield, lui, a obtenu les autorisations avec une relative facilité. Dès l'hiver prochain,
il pourra ainsi partir en quête des lieux indiqués dans le manuscrit. Il est sûr à 99 % d'avoir identifié 56 des 60 sites répertoriés dans le rouleau de cuivre. S'il conserve sur les quatre
autres certaines réserves, il reste confiant. Mais il reconnaît que ces sites ont pu être déjà pillés au cours des 2 000 dernières années.
De 160 à 200 tonnes d'or et d'argent se dissimulent donc peut-être dans les montagnes de Judée ou sous les sables du Néguev, soit une valeur totale estimée à plus de 2 milliards de dollars. Quelle que soit la réalité de ces chiffres, il est certain que l'importance de ces découvertes dépasserait la simple valeur marchande. Selon Barfield, le rouleau de cuivre offre à l'humanité des chances encore inégalées de retrouver des objets sacrés utilisés pour le culte à l'intérieur du Premier Temple.
Barfield et Knight se présentent comme des Chrétiens respectant la Torah et liés à Israël et au peuple juif par un amour sincère. En se lançant dans cette aventure, ils ont pour unique objectif de restituer le trésor à son propriétaire légitime : la nation d'Israël. Et Barfield balaye d'un revers de la main les arrières-pensées pécunières. En cas de succès, il aurait droit à des dédommagements financiers considérables. "Si Dieu m'a désigné pour cette mission, sachez qu'il a choisi un homme qui se fiche éperdument de l'argent. Mes enfants et mes petits-enfants aiment Dieu et mon seul souhait est qu'ils continuent ainsi. Pour ma part, je désire de tout cœur restituer ces objets à Israël. Au pays de décider ce qu'il en fera ensuite."
Barfield a-t-il résolu l'antique énigme du rouleau de cuivre ? Cela reste à prouver. Toujours est-il qu'après l'avoir rencontré, je ne peux m'empêcher d'espérer que cet homme entre dans l'histoire comme le nouvel Indiana Jones. n
Shelley Neese est rédactrice en chef et éditorialiste du magazine américain pro-israélien The Jerusalem Connection.
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