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Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /2010 15:57

 

 

 

Comment les Nouveaux Historiens manipulent l'histoire.

 

Dr.Avi Becker

Adaptation : Dominique Kahtan

relu par : M. Brzustowski

Pour © 2010 lessakele et  © 2010 aschkel.info

Avec l'aimable autorisation de M. Dore GOLD pour le JCPA


 Tous droits réservés pour Aschkel.info et lessakele

 http://www.jcpa.org/JCPA/Templates/ShowPage.asp?DRIT=3&DBID=1&LNGID=1&TMID=111&FID=624&PID=0&IID=4380&TTL=Exposing_How_Post-Zionists_Manipulate_History

 

Résumé :

 

- Les Nouveaux Historiens Israéliens ont fortement influencé l’enseignement académique du conflit israélo--arabe sur les campus du monde entier.

Tous droits réservés pour Aschkel.info et lessakele
     
- Les Nouveaux Historiens ont ignoré et omis les deux  caractéristiques principales et fondamentales du conflit israélo-arabe de 1948 : à savoir,  le caractère religieux-jihadiste de la campagne arabe et le rejet par les arabes du plan de partition voté par l’ONU en 1948.

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- Le récit forgé et adopté par les Nouveaux Historiens a changé les paramètres des négociations politiques : un accord de paix entre les Palestiniens et Israël n'est pas censé remédier à l'"occupation" de 1967 ou élaborer  un plan  d’échange de " territoires contre  paix" mais, au contraire, racheter les soit-disant atrocités de la Nakba (la catastrophe palestinienne) de 1948. 

 

-  Benny Morris,  que  beaucoup considèrent comme le chef de file des Nouveaux Historiens, en changeant radicalement de prise de position, révèle et expose au grand jour cette machination anti-historique et anti-sioniste, ce tissu de mensonges et de faits falsifiés.

 

"Les historiens se sont montrés enclins  à oublier ou ignorer, comme ne présentant pas d’intérêt,  la rhétorique djihadiste et les campagnes en fanfare accompagnant l'assaut  en deux temps contre le Yishouv, à ignorer aussi les discours arabes enflammés et leurs références perpétuelles au combat islamique plus ancien, contre les Croisés, pour  la Terre Sainte. C’est une grave erreur. Selon la perspective arabe, la guerre de 1948 était une guerre de religion mais aussi et même plus, peut-être, une guerre nationaliste et territoriale. Exprimé en d'autres termes, le territoire était une  terre sacrée : sa violation par les infidèles devenait un motif suffisant pour déclencher la guerre sainte, la conquête ou la reconquête  devenait une nécessité d'ordre divin."

Benny Morris, 1948, une histoire de la première guerre israélo-arabe[1]

 

Qu'arrive t-il, lorsque les historiens ignorent ou négligent de mentionner les données essentielles de l'histoire? Dans la citation précédente, Benny Morris nous offre un aspect inhabituel de l'omission principale des historiens quant à la caractéristique essentielle de la guerre des Arabes contre Israël en 1947-1948 : le djihad, la guerre sans merci contre les Juifs. Les Arabes n'ont jamais caché le fait que cette guerre était une guerre de religion, ils en ont officiellement accepté la responsabilité. Le 16 avril 1948, Jamal Husseini, le représentant du  Haut Comité Arabe fit la déclaration suivante au Conseil de sécurité de l'ONU: "le représentant  de l'Agence Juive nous a dit hier qu'ils n'étaient pas les agresseurs, que les Arabes avaient initié les hostilités. Nous ne nions pas le fait. Nous avions annoncé au monde entier que nous allions nous battre."[2]Tous droits réservés pour Aschkel.info et lessakele

 

Le New York Times rapporta l'explication de Husseini selon laquelle les Arabes "ne permettraient jamais l'établissement d'un état juif sur une quelconque parcelle de la Palestine". Il y ajouta un avertissement clair et net : "toute tentative pour imposer aux Arabes  une solution contraire à ce qu'ils considèrent comme étant leur "droit d'aînesse" ne pourra que provoquer des problèmes, mener à des effusions de sang et probablement déclencher la troisième guerre mondiale." [3]Tous droits réservés pour Aschkel.info et lessakele

 

Ces  menaces mortifères proférées à l'encontre du monde entier faisaient suite aux diatribes religieuses et persistantes  du  monde arabe contre les Juifs, en public et dans les mosquées.  Haj Amin al-Husseini, le mufti de Jérusalem et  chef suprême des Arabes en Palestine, les érudits en religion de l'université Al-Azhar du Caire, la plus haute autorité de l'islam sunnite ont, tout de suite après la résolution  sur le plan de partage approuvé par l'ONU en novembre 1947,  lancé un appel général au djihad global (NDT : à la guerre sainte). Les efforts de guerre tournent autour de la religion, comme nous l'a démontré Muhammad Mamun Shinawi, le recteur  de l'université de Al-Azhar, en s'adressant à la force expéditionnaire égyptienne qui traversa la frontière à Rafah, le 15 mai 1948, pour aller combattre le nouvel état hébreu:" l'heure du Djihad a sonné...l'heure ...du paradis promis par Allah." [4]

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La vaste littérature consacrée à la guerre tient très souvent peu compte ou ignore même délibérément ces deux caractéristiques pourtant essentielles, fondamentales  et centrales à la guerre d'Indépendance d'Israël :  la nature religieuse djihadiste de la campagne  et la responsabilité des arabes du  déclenchement  de la guerre suivant leur rejet de  la résolution du plan de partage.

 

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Que s'est-il passé en 1948? Nous voici donc au cœur du débat. En gros, les Nouveaux Historiens révisionnistes ont voulu contester ce qu'ils ont appelé le "canon officiel" (NT, l'historiographie, la version officielle) de l'histoire d'Israël. Ils ont rejeté la mémoire collective du sionisme et de l'état d'Israël, et  tout particulièrement la mémoire de la création de l'état. Ce groupe d'historiens israéliens en affirmant avoir découvert de nouvelles preuves dans les archives-qui pour la plupart ne présentaient rien de nouveau- et en ignorant le contexte historique de la guerre,  ont transformé, remanié l'épopée de la naissance d'Israël en voulant prouver qu'elle est entachée du péché  de conjurations, de nettoyage ethnique et de massacres.

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Cet essai, tout  en se concentrant sur le revirement de Benny Morris, retourné dans le giron du groupe des historiens israéliens traditionnels,  va aussi analyser l'impact des Nouveaux Historiens sur les études du Moyen-Orient en milieu académique, sur le processus de paix et aussi sur l'image globale d'Israël. Le nouveau Morris nous fournit les meilleures munitions pour un combat intellectuel contre les historiens antisionistes, déguisés en historiens révisionnistes, qui prétendent détenir de nouveaux documents qui dévoileraient  la "vraie" histoire. Dans le New York Times, Ethan Bronner  nous décrit le rôle que jouent les historiens dans les débats politiques :

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   L'histoire ni ne s'écrit ni ne se lit dans le vide. Les nouveaux historiens avaient leur programme-  promouvoir le processus de paix alors naissant. Ainsi, de nombreux israéliens pressés de mettre un terme à leur conflit centenaire, acceptaient de s'entendre dire que le succès de l'établissement de leur nation avait coûté très cher aux Palestiniens. Ils remaniaient et ajustaient ainsi leur version collective des faits  pour faire une  place à  la coexistence avec leurs anciens ennemis.[5]

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Les Nouveaux Historiens ont-ils écrit l'histoire ou bien ont-ils plutôt essayé de promouvoir leur programme politique? Etaient-ils poussés par l'espérance qu'en admettant la responsabilité de leurs soit-disant méfaits antérieurs, le côté adverse ferait de même? Le cas Morris démontre bien que rejeter les perspectives  politiques peut provoquer des changements radicaux dans  l'analyse historique et  dans ses conclusions.

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L'Impact Académique

 

Il n’est pas, ici, question de surestimer l'impact des Nouveaux Historiens qui ont révisé et réinterprété l'histoire du conflit israélo-arabe. Leur  rectificatif de ce qu'ils appellent la version "officielle" sioniste de l'histoire, panaché d'hypothèses postmodernistes  (telles que celle affirmant qu'il n'y a pas qu'une seule version de l'histoire), n'alimentait pas seulement  les débats intellectuels dans l'univers académique. Cette révision de l'histoire, qui, au début, avait été qualifiée de phénomène marginal, devint, en moins de dix ans, la lecture et l'enseignement classiques de base dans les universités du monde entier [6]. Benny Morris, le forgeron  du terme   "Nouveaux Historiens", considéré comme leur chef de file, a, dès 1988, établi l'infrastructure de cette histoire "retouchée". L'usage sélectif de documents,  le mépris de la haine arabe, de l'antisémitisme et du rejectionnisme  de l'idée même d'un état juif, se sont révélés être une vraie mine d'or pour la littérature  antisioniste.[7]

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Les membres du groupe ont  rejeté ce qu'ils appellent le mythe israélien  du "petit nombre contre beaucoup" en parlant de la guerre de 1948 ; et chez certains (tel Ilan Pappé), ces vues post-sionistes firent place  à un antisionisme déclaré.[8] Deux ou trois autres sont venus se joindre à Morris et Pappé et ont formé le groupe fondateur des Nouveaux Historiens. Le nom de Simha Flapan, le premier (en 1987) à s'engager sur la voie de la "démythologisation" de l'histoire de la création d'Israël, a été ajouté à cette liste rétrospectivement, à titre posthume. Avi Shlaim a insisté sur le fait qu'il qualifiait de conspiration  la collaboration entre Israël, la Grande-Bretagne et la Jordanie.[9] Tom Segev, écrivain aussi,  a rejoint le groupe  en tant que journaliste post-sioniste et post-moderne, a écrit sur le Yishouv (avant la création de l'état d'Israël) et ses prises de position sur l'Holocauste, ainsi que sur la société pendant la guerre des six jours, en y  ajoutant plus tard sa propre interprétation du Mandat britannique  en Palestine. Le livre de Segev parle à peine du rôle des Juifs dans les calculs politiques britanniques en Palestine ; ce sont [selon lui] les Arabes qui ont chassé les britanniques.[10]

 

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Les livres sous la plume de ces historiens révisionnistes ont été publiés par des maisons d'édition de renom. Ils ont tout-de-suite influencé les livres de textes du programme des études relatives au Moyen-Orient ainsi que  l'orientation des programmes  de recherches et des idées politiques sur le processus de paix. Les publications qui donnent le ton aux Etats-Unis, les quotidiens, les hebdomadaires et les journaux de politique étrangère consacrèrent des pages entières à des études en profondeur et à des débats sur ce que l'on considérait être une œuvre innovante. Ainsi, même les universitaires les plus objectifs qui n'ont pas accepté la thèse des Nouveaux Historiens dans sa totalité, ont jugé nécessaire, selon leur habitude  de présenter le conflit sous deux angles concurrents, tout en admettant que "le  concept- même d'objectivité avait été la proie, ces dernières décennies, d'attaques continues et acharnées."[11]

 

Le terme  « récit » [« Narratif »] devint le mot-clé pour  étudier le conflit. Il devait remplacer le compte-rendu historique jugé "non-objectif". Au lieu d'examiner le conflit israélo-arabe dans tout son contexte, l'élément central de   l'histoire de chacune de ses guerres, la démarche populaire entreprit de présenter le conflit israélo-palestinien comme un cas isolé. Les nouveaux ouvrages ne parlaient que de soit- disant mythes, de mémoires collectives déformées, expliquant  que les deux côtés sanctifient la haine, trouvant les fondements de leur légitimité dans leurs narratifs. Le  récit ou "narratif", selon le dictionnaire est " l'histoire, le compte rendu d'évènements, d'expériences etc.., vrais ou faux". Le narratif a remplacé la recherche de la vérité à travers les recherches historiques. Certains ne manqueront pas de dire que, valable ou non, le narratif est important parce qu'il fait partie d'une mémoire collective, des croyances communes à un groupe. Or, ainsi que Morris allait le réaliser quelques deux décennies plus tard, ces narratifs fictifs peuvent être très dangereux lorsqu'ils n'ont qu'un seul but, l'industrie de la haine, le  refus de  toute  responsabilité d'incitation passée et l'endoctrinement à la haine les générations futures.

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En Israël, la transformation de l'histoire en narratifs se  refléta dans la projection de  Tekuma (Renaissance), des mini-séries israéliennes, sur une chaîne de télévision d'état. Projetées en 1998 pour marquer le cinquantième anniversaire de l'état, ces mini-séries avaient adopté les conclusions des Nouveaux Historiens. Un an plus tard, ces mêmes théories post-modernes recevaient  leurs lettres de noblesse des mains du ministère de l'Education, pas moins, par la publication d'un livre de textes révisés à l'intention de l'enseignement du secondaire ( Un Monde en Changement : histoire pour les classes de troisième). Il fait partie du nouveau corpus destiné à enseigner l'histoire avec une perspective qui penche vers l'universel et non pas vers le"nationalisme".[13] Ce mouvement infiltra même les Forces de Défense israéliennes (IDF) dont la division historique  co-commandita un livre qui jette un doute sérieux sur l'imagerie antérieure de la guerre d'Indépendance.[14]

 

Réécrire le Canon Historique (L'historiographie)

 

Les arguments de base des Nouveaux Historiens se résument en cinq points qui défient le Canon (l'historiographie sioniste officielle) sioniste officiel de l'histoire de 1948:[15]

 

= Selon la  version officielle, la Grande-Bretagne s'était opposée à la création d'un état juif ; Les Nouveaux Historiens, eux, affirment qu'elle s'était opposée à la création d'un état palestinien. Shlaim et Pappé font état dans leurs ouvrages d'une conspiration entre la Grande-Bretagne  et les Juifs au détriment des Palestiniens, et Shlaim va même jusqu'à mentionner une conspiration entre le Sionisme  et le roi Abdullah de Transjordanie pour empêcher l'établissement d'un état palestinien. Faisant preuve d'encore plus d'imagination, un professeur palestinien (un ancien négociateur de l'Organisation de Libération de la Palestine) soutient que les Juifs n'étaient pas la cible des armées arabes  mais bien les arabes de la Palestine dont ils voulaient prendre le contrôle.[16]

 

= Selon la version officielle, d’après les révisionnistes, les Palestiniens ont abandonné leurs maisons librement [17] ; les Nouveaux Historiens affirment que les réfugiés avaient été soit chassés, soit expulsés. C'est ici que la contribution de Morris prend  toute son importance bien qu’il n'ait été mentionné qu'ultérieurement et hors contexte. Ce point de vue fut le pivot de la campagne morale et politique de délégitimation d'Israël.

 

 =Selon la version officielle, la balance des forces penchait en faveur des  Arabes ; les Nouveaux Historiens, eux, affirment la supériorité d'Israël, en effectifs et en armement. Ils dénigrent ce qu'ils appellent le mythe d'une guerre  héroïque de libération du "un contre tous".

 

= En maniant incitation et dénigrement contre Israël, les Nouveaux Historiens sont  venus à la rescousse de l'image arabe et ont révisé et nié la thèse officielle israélienne selon laquelle les Arabes avaient un plan coordonné visant à la destruction d'Israël. Les Nouveaux Historiens affirment que les Arabes étaient divisés, ou bien nient tout simplement les menaces de mort proférées par ces derniers.

 

Ces quatre points ont donné lieu à un débat entre historiens qui perdure encore: le Yishouv de 1947 a-t-il accueilli la partition avec joie? Qui est responsable du manque de paix? L'intransigeance israélienne ou bien la réticence arabe à accepter un état juif? Certains historiens ( Flapan et Shlaim inclus) ont déclaré que les arabes voulaient la paix mais que les sionistes, rusés, ont su  manœuvrer les dirigeants arabes  (tels al-Husseini, Gamal Abdel Nassser, ou Yasser Arafat) pour les pousser dans le camp rejectionniste.

 

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L'Impact sur le Processus de Paix

 

Les historiens révisionnistes ne se sont pas  rendus maîtres des programmes et de l'enseignement académique seulement, mais aussi de l'arène politique et diplomatique  au Moyen-Orient. Les Nouveaux Historiens ont joué un très grand rôle  dans le processus de paix et ont influencé les prises de position des Palestiniens, des Israéliens et des Américains. Yossi Beilin,  l'adjoint, à l’époque, du ministre des affaires étrangères avait, alors qu'il négociait les Accords d'Oslo de 1992-3, avait, comme livre de chevet, le livre de Morris traitant des réfugiés palestiniens ; Beilin proclama plus tard que ce livre était un "must", incontournable pour les négociateurs israéliens [18]. Par la suite, pendant  les réunions de groupes mixtes israélo-palestiniens pour promouvoir le processus de paix, le problème  des réfugiés devint la question centrale pour essayer de créer un accord à l'amiable et une  "perception partagée" des doléances de chaque côté  et pour assumer la responsabilité des fautes du  passé.[19]

 

Les révisionnistes et leur récit culpabilisant ont plané sur les négociations de Camp David, organisées par le Président Bill Clinton en juillet 2000, et aussi, quelques mois plus tard, sur ceux  des pourparlers de Taba dans le désert  du Sinaï.

 

Les négociateurs palestiniens, pendant ces deux forums, se sont  servis des ouvrages des Nouveaux Historiens, et, en particulier, de celui de Benny Morris, pour essayer d'introduire  la notion de la "coresponsabilité d'Israël en ce qui concerne le  sort des réfugiés de 1948"[20]. Beilin et Gilad Sher, les négociateurs du côté israélien citèrent des extraits du livre de Morris, et Daniel Lévy, l'adjoint de Beilin, a rapporté l'accent mis par l'équipe israélienne pour que soit changé le récit historique afin de conclure un accord avec les Palestiniens sur leur "droit au retour."[21]

 

Un autre participant à Camp David, le Ministre des affaires étrangères israélien d'alors, lui-même historien, avoua que les Nouveaux Historiens avaient "sans doute aucun, contribué à renforcer la foi des Palestiniens dans le bien-fondé de leur propre récit" et que les "artisans de la paix israéliens se sont aussi approchés de la table des négociations avec une optique formée, influencée par les recherches récentes... les violentes  controverses au sujet de la guerre de 1948...[qui], que nous l'admettions ou non, font partie intégrante de notre bagage intellectuel [22] ».

 

En résumé, le narratif construit par les Nouveaux Historiens changea les paramètres des négociations politiques : un accord de paix ne devait ni rectifier l'"occupation" de 1967  ni créer un cadre  pour un échange de territoires afin de  parvenir à la paix mais devait,  bien au contraire,  faire amende honorable et expier pour les soit- disant atrocités de la Nakba (La catastrophe palestinienne) de 1948. Tous réalisèrent alors que le problème du droit au retour des réfugiés sur leurs terres en Israel représentait le principal obstacle à la paix.

 

 

Morris fait marche arrière

 

L’homme qui a dessiné les fondations du post-sionisme historique, Benny Morris, est aussi celui qui a les a miné de l’intérieur en mettant en cause leur intégrité intellectuelle. Il semble que Morris ne soit toujours pas capable de prononcer ces mots : "j'avais tort", et d'exprimer le regret d'avoir contribué à l'élaboration du fondement intellectuel de la campagne anti-Israélienne et antisioniste. Au lieu de reconnaitre ses erreurs et ses aberrations, il annonce qu'il a découvert de nouveaux documents dans les archives israéliennes qui lui ont permis de voir le conflit sous un jour nouveau. La lecture de sa nouvelle interprétation des mêmes faits révèle la manière dont les Nouveaux Historiens  ont, tout au mieux, écrit l'histoire hors de son contexte, entièrement détachée de la réalité et de ses origines. Dans la plupart des cas, ils se sont engagés délibérément sur le chemin de la falsification en appliquant la technique du "grand mensonge" à Israël .

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Et soudain,  quelques vingt ans plus tard, Morris fait sa  découverte : les Arabes avaient déclaré le Jihad (guerre sainte) contre le Sionisme déjà dès les années trente [1930]. Son approche nouvelle, dit-il, était une conséquence de la déclassification  des archives, ainsi que de celles des FDI (IDF/Tsahal) jusqu'alors fermées aux chercheurs. Il ajoute aussi : "dans mon livre en cours [1948] j'ai placé le problème des réfugiés dans le contexte général de la Guerre d'Indépendance," et à la lumière d'autres études, "j'ai essayé de présenter une description nouvelle et plus complète de la guerre, en insistant sur les rapports  entre les processus militaires  et les processus diplomatiques."[23]

 

Une nouvelle description?? Pas du tout, bien au contraire. Ses deux livres les plus récents, "1948" et "Un Etat, Deux Etats", publiés au cours de ces deux dernières années, contredisent tous ses arguments, ainsi que la base factuelle de son approche révolutionnaire de l'étude historique. Morris a fait volte-face  en adoptant la « bête noire » des Nouveaux Historiens, celle qu'ils qualifient de version "canonique" du narratif sioniste officiel. Ses derniers livres démolissent toutes les prémisses et les conclusions des Nouveaux Historiens. Il ne ressent pas le besoin de s'excuser d'avoir formulé des accusations virulentes à l'encontre de tout ce qui est post-sioniste, et clame bien haut que les "historiens ont tendance à minimiser l'importance de la rhétorique religieuse en temps de guerre" et le rôle primordial de la "motivation religieuse." Or c'est exactement ce que Morris a omis d'écrire dans ses livres précédents. Le peu de cas fait des menaces proférées par le Jihad  était délibéré et crucial pour tous ceux qui avaient décidé de rédiger ce "nouveau" récit en faisant de la Nakba "l'holocauste" palestinien.

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Le Jihad se retrouvait dans toute la littérature de 1948 à nos jours : les menaces d'annihilation retentissaient dans  tous les coins du monde arabe et même à partir du podium des Nations Unies en 1947 et 1948. Ainsi qu'on l’a rapporté, Al-Husseini, le mufti de Jérusalem, a proféré sans arrêt menace après menace ; et les grands clercs en religion [Oulémas] du Caire publièrent un manifeste officiel appelant au Jihad en novembre 1947, deux jours après le vote de  la résolution du partage. Passant des mots aux actes, le décret religieux  fit donc  place à une action militaire avec l'invasion arabe composée de plusieurs armées appelées l'Armée de Libération Arabe et l'Armée du  Jihad al-Mukades (Guerre Sainte).

 

Le jour de la Déclaration d'Indépendance d'Israël, Abdul Rahman Azzam Pasha, le secrétaire général de la Ligue Arabe déclara la guerre sainte. Il déclara :

"Cette guerre sera une guerre d'extermination, un massacre mémorable  dont on parlera comme des  massacres mongols et des Croisades."[24] Azzzam Pasha, le porte-parole en chef de tous les états arabes s'est monté tout aussi violent et éloquent dans sa diatribe contre la résolution du partage : "La ligne de démarcation du partage sera une ligne de feu et de sang"[25]. Al-Husseini déclara :" Je déclare la guerre sainte, O mes frères musulmans! Massacrez les Juifs! Massacrez-les tous!"[26]

 Ainsi, soudainement et systématiquement, Morris renonce dans maints  articles, interviews et conférences au récit post-sioniste et présente sa nouvelle prise de position dans des ouvrages d'érudition. De fait, Morris informe ses lecteurs que ses livres précédents avaient omis de parler du contexte historique de la guerre de 1948 : une attaque jihadiste du monde arabe contre la communauté juive en Palestine. Dès le début, Morris sans gêne aucune, déclare  au Guardian en 2002 : "Le bruit circule que j'ai subi une greffe du cerveau, une rumeur  sinon fausse (autant  que je puisse m'en souvenir), du moins prématurée. Mais mes vues sur la crise actuelle au Moyen-Orient et ses protagonistes ont, de fait, changé radicalement au cours de ces deux dernières années."[27]

 

 Morris confesse  avoir relu la guerre de 1948 à  la lumière des nouvelles connaissances historiques révélant la  haine,  l'antisionisme arabe et  leur origine. Il n'hésite pas à nous faire part de son parcours, pas à pas, de ce qu'il appelle sa greffe intellectuelle!

 

Le moment décisif se produisit après l'année 2000. "Même avant, je n'avais rien d'un grand optimiste. Bien sûr, j'ai toujours voté travailliste ou Meretz (NT : parti radical de gauche sioniste) ou Sheli (parti de gauche du clan des colombes de la fin des années 70), et, en 1988, j'ai refusé de servir dans les territoires et ai donc fait de la prison, mais j'ai toujours douté des intentions des Palestiniens.  Après les évènements de Camp David et ce qui s’ensuivit, mes doutes devinrent des certitudes. Lorsque les Palestiniens ont rejeté l'offre de Barak (le premier ministre Ehud Barak) en juillet 2000 et celle de Clinton en décembre 2000, j'ai compris qu'ils étaient peu enclins à accepter la solution à deux  états. Ils veulent   tout : Lod, St.Jean d'Acre et Jaffa."[28]

 

Morris va même plus loin dans son interview et explique -fait ignoré dans ses livres précédents et inédit dans les cercles politiquement corrects- que l'Islam présente un gros problème. "C'est un monde dans lequel une vie n'a pas la même valeur que dans le monde occidental… "La société arabe est une "société  tribale" qui attache une  importance primordiale au concept  de la vengeance. Son  manque total d'inhibition morale ferait qu'elle "n'hésiterait pas à faire usage d'armes chimiques, biologiques ou nucléaires, si celles-ci se trouvaient en sa possession".

 

Réécrire l'Histoire Révisionniste

 

Le dédain le plus complet pour le contexte historique se retrouve dans les tables des chapitres, dans les catalogues des livres des nouveaux Historiens. L'antisémitisme arabe ou islamique  y est inexistant; la lecture d'Ilan Pappé ou d'Avi Shlaim pourrait prêter à penser que le Jihad n'existe que depuis le 11 septembre 2001.

 

Les omissions des Nouveaux Historiens  quant au rôle qu'a joué al-Husseini pour exciter la haine contre les Juifs font partie du vaste  programme de réécriture de l'histoire. Il existait de nombreux comptes rendus des activités du  mufti déjà dès le début du conflit sous le Mandat britannique. Pour avoir une idée nette et précise  de son rôle de seul chef  de file des Palestiniens jusqu’après la création d'Israël, il n'était nullement nécessaire d'avoir accès à des archives nouvellement  déclassifiées. Il est tout-à-fait remarquable que ce soit Rashid Khalidi, un palestinien-américain anti-israélien qui fasse l'auto- critique du rôle destructeur d'Arafat et d'al-Husseini, les deux   dirigeants palestiniens les plus prééminents,  en analysant  l'antisémitisme arabe plus à fond que ne le font  les Nouveaux Historiens [29]. Ce faisant, Khalidi mentionne un des premiers livres de Morris, sur les réfugiés palestiniens en le qualifiant d'ouvrage révolutionnaire qui fait "voler maints mythes en éclats."[30]

 

(En 2008), Morris "B" révèle que la rencontre Jihad- antisémitisme islamique a joué un rôle primordial au tout début  du conflit en Palestine, devenant une partie intégrale de la révolte arabe de 1936. Ce thème a été repris par nombre d'étrangers, ainsi  Sa'id al Haj Thabit, le speaker du Parlement irakien lors de sa visite en Palestine en mars 1936. Morris note aussi le rôle prépondérant du mufti dans la propagande nazi-jihadiste au Moyen-Orient et dans l'embrigadement des bosniaques musulmans dans la Wehrmacht. Le mufti, nous dit Morris, était "profondément antisémite"  et justifiait l'Holocauste en invoquant le caractère [personnalité ethnique/raciale] des Juifs, "leur suffisance, leur égoïsme à outrance, ancré dans leur conviction d'être le peuple élu de D.ieu"[31]. Le Jihad figurait déjà  au tableau des échanges diplomatiques bien avant la guerre de 1948. Le Haut Comité Arabe, l'organe politique principal des Palestiniens fit du  terme "Jihad" un instrument de menace officiel pour lancer, dès 1946,  un ultimatum dans une lettre adressée à Clément Attlee, le Premier Ministre britannique [32].

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Dans le dernier chapitre de "1948", Morris donne moult détails convaincants sur le rôle décisif de la haine religieuse en 1947-1948. Il conclut : "L'élan jihadiste accentue les réponses des peuples et des gouvernements du monde arabe à la résolution de l'ONU sur le partage. Il a contribué  de façon importante à la mobilisation de la "rue" et des gouvernements pour mener les attaques successives [pendant la guerre]... les mosquées, les mollahs et les Oulémas (NT : sages), tous jouèrent un rôle crucial dans le processus de guerre." Les observateurs arabes ne purent manquer d'observer l'état d'esprit ambiant et, par conséquent, les menaces qui planaient sur les Juifs. Un chrétien libanais, cité par Morris, annonça à la presse : "Maintenant que la Guerre Sainte a été déclarée, l'état juif n'a aucune chance de survie. Tous les Juifs finiront massacrés."[33]

 

Face aux menaces de Jihad et d'extermination proférées des quatre coins et au rejet de la voie diplomatique, alliés aux appels au déploiement des forces militaires, le Yishouv ne pouvait que se préparer au pire. Suite au nombre de voix lançant des prédictions de malheur, les dirigeants du Yishouv n'eurent pas à se livrer à des jeux de guerre théoriques... Lorsque l'Oulema (NT : le sage ) de l'université Al-Azhar déclara : « Un Jihad universel pour défendre la Palestine », Ernest Bevin, le  ministre britannique des affaires étrangères exprima des inquiétudes pour la sécurité des milliers de juifs éparpillés de par le monde arabe," et tout particulièrement pour celle des cent mille Juifs  de Bagdad qui couraient le risque d'être égorgés."[34]

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Le Jihad fut ouvertement et simultanément déclaré au cours  de manifestations à Damas et dans les cercles diplomatiques des Nations-Unies où le chef de la délégation égyptienne annonça que : "la création d'un état juif mettrait la vie de 1 000 000 Juifs en danger dans les pays musulmans"[35]. En mai 1948,  George C. Marshall, le secrétaire d'état des USA (et héros de la deuxième guerre mondiale) conseilla à  Moshe Sharett, le futur ministre israélien des affaires étrangères, de ne pas signer la Déclaration d'Indépendance d'Israël : " Croyez-moi ; je parle de ce que je connais. Vous êtes installés sur les plaines côtières de la Palestine alors que les Arabes, eux, occupent les crêtes. Bien sûr, je sais que vous avez quelques armes et  votre Haganah, mais  les Arabes, eux, disposent d'armées régulières. Elles sont bien entraînées et ont des armes lourdes. Comment pouvez-vous espérer  leur résister?"[36].

 

Une comparaison entre Morris "A" et Morris "B" montre que le contexte historique peut devenir flou et même déformé, si on n'hésite pas à amplifier une version des faits aux dépens de vecteurs de l'histoire  plus vrais et plus importants. Il se peut qu’à la fin de la guerre, la toute nouvelle FDI ait paru mieux organisée, entraînée et motivée.  Pourtant, selon Morris et sa toute récente incarnation, les choses parurent tout-à-fait  autres pendant la guerre. La majorité du gouvernement juif  par intérim  d'avant la formation de l'état, aussi bien que les Arabes, les Britanniques et les Américains, tous s'attendaient à une victoire des Arabes sur l'armée juive en Palestine. Bien sûr, avec le recul, on sait maintenant que les Arabes s'étaient mal préparés et que les Arabes de Palestine avaient négligé de mobiliser leurs propres ressources, "fidèles à leur longue tradition  de désunion, de corruption et d'incapacité à s'organiser"[37]. Néanmoins, le contexte de la guerre était autre : "on peut dire, grosso-modo, qu'en termes démographiques et géographiques, les Arabes étaient, presque sans aucun doute, infiniment plus forts  que le Yishouv... et la disproportion en termes de superficie et de ressources économiques actuelles ou futures était plus importante encore"[38].

 

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Les quatre armées qui, le 15 mai, ont envahi la Palestine, même après avoir  laissé de forts contingents à l’arrière-garde pour protéger leurs régimes, "étaient bien plus puissantes  que les contingents de la Haganah"[39] en nombre et en équipements, disposant de plus  de chars,  d'avions de combat et d'une plus grosse artillerie (à ses débuts, Israël manquait de tout). On peut comprendre que face à la volonté des Arabes et de leurs armées d’invasion  de  détruire  systématiquement toutes les positions juives, le yishouv n'avait qu'un seul but, "celui de survivre."[40].

 

Les dirigeants du Yishouv étaient tout à fait conscients de leur infériorité militaire, chiffres et faits à l'appui, conscients aussi du climat diplomatique ambiant "systématiquement  pro-arabe ", et du fait que les Britanniques et les Américains travaillaient de concert pour éviter d'avoir à appliquer la résolution votée par l'ONU pour l'établissement d'un état juif.[41]

 

La position diplomatique et militaire du pouvoir mandataire vient  réfuter l'approche des Nouveaux Historiens et leur tentative  de prouver la collusion entre les Britanniques et les Juifs contre les Arabes. Le contraire est vrai : les Britanniques  apportèrent leur aide à la légion arabe de Transjordanie, l'armée la mieux entraînée de la région, contribuant à sa formation et à son armement et s'allièrent aux Américains pour faire échouer le plan de partage de la Palestine.  le chef de cabinet de l'Empire de sa Majesté s'exprima en ces mots : " Les Juifs ne pourront pas résister longtemps,... à moins de s'entendre avec les Arabes, ils finiront par être chassés hors de la Palestine."[42] Le 16 mai 1948, Sir Alan Cunningham, Le Haut Commissaire Britannique déclara : "la balance des forces semble fortement pencher en faveur des Arabes."[43]. Alec Kirkbride, le représentant britannique à Amman transmit un message d'Azzam Pasha:" Peu importe le nombre [de Juifs]. nous les jetterons à la mer"[44].

 

Conclusions

 

Benny Morris dans son ouvrage le plus récent : « Un état, deux états : Résoudre le Conflit Israël/Palestine », fait peser une ombre menaçante sur les perspectives d'aboutir à un accord de paix entre israéliens et palestiniens. Il affirme que "l'obscurantisme étouffant, l'intolérance, l'autoritarisme et l'insularité du monde musulman sont la raison première de l'absence de paix", une dure réalité qui repousse toute solution possible dans l'ombre.[45]

 

Le problème, c'est que Morris a oublié que tous ces éléments et toutes ces déclarations diverses et variées  sur le Jihad et l'extermination des Juifs appartiennent déjà au  domaine public au Moyen-Orient, aux Nations-Unies, dans la presse occidentale et dans les publications académiques et ce depuis 1947-1948. La déclassification des archives dont  les historiens  font étalage en les qualifiant pompeusement de "sources nouvelles" peut, en effet, apporter  parfois certains éclaircissements, ajouter au savoir, mais pas nécessairement au contexte historique et à son exégèse. De nouveaux documents peuvent révéler des détails jusque-là inaccessibles, mais ne peuvent pas, dans la plupart des cas, changer le cours de la recherche historique. Mais le  pire de tout, c'est  un usage sélectif des archives qui ignorerait  le contexte historique et entrainerait déformations et récits trompeurs. Seul Pappé et ses semblables en feraient  usage. Il ne  cache pas son programme antisioniste et  définit la "nouvelle histoire" comme un mouvement révolutionnaire dont le but est de "réévaluer la validité de l'établissement d'un état-nation dans ce qui était la Palestine géographique."

La réponse de Morris à ses lecteurs du Irish Times fut sans équivoque:

 

Le déplacement de 700.000 Arabes qui devinrent alors des "réfugiés" -et je mets ce terme entre guillemets, puisque les deux-tiers furent déplacés non pas de leur pays (définition usuelle d'un réfugié) mais bien  d'une partie de la Palestine vers l'autre- n'avait rien d'un " crime raciste"... mais était, selon les Musulmans,  la conséquence  d'un conflit national et d'une guerre, avec des connotations religieuses, qui fut déclenchée par les Arabes eux-mêmes. Il  n'existait pas de "plan" sioniste ni de politique unilatérale d'expulsion de  la population arabe ou de "nettoyage ethnique." 

 

Morris ajouta que, face aux menaces de mort " et "aux  voies prévues pour l'invasion des armées arabes..., moi, personnellement, Je ne trouve rien à redire aux  craintes ou au raisonnement [des Juifs]."[47

 

Le nouveau Morris tient les Arabes pour responsables de leurs propres malheurs et nie l'existence d'une stratégie juive d'expulsion ou de transfert et défend même le droit de Ben-Gourion d'en expulser un plus grand nombre face aux  menaces du Jihad. Puis, soudainement, dans les derniers chapitres de deux de ses livres, Morris évoque le cas des Juifs expulsés des pays arabes, signifiant  qu'il y avait eu un échange d'un nombre à peu près identique de réfugiés résultant de la guerre. Les arabes ayant déclaré la guerre, dit Morris, sont aussi responsables de la tragédie des Palestiniens dans les camps de réfugiés, qu'ils perpétuent, alors que les réfugiés juifs ont été absorbés par Israël

 

Comme nous l'avons noté, Morris parle ouvertement de ses espoirs déçus en ce qui concerne les buts de Palestiniens dans le conflit israélo-arabe. Il est probable que, ajouté à son enseignement des racines du conflit, il ne pouvait pas ignorer le fait qu'il n'y a pratiquement pas de "nouveaux historiens" du côté arabe ou palestinien pour demander pourquoi le facteur religieux a t-il  joué un  rôle aussi néfaste dans la continuation du conflit et  pour demander aussi pourquoi l'islam radical servait-il à l'incitation contre la reconnaissance d'un état juif. C'est pour cela qu'il termine son étude de 1948 avec un retentissant "J'accuse" contre ces historiens qui, indifférents aux actes et déclarations de haine religieuse,  n'ont pas su comprendre le rejet arabe de l'état juif.

 

Dans ses  livres et articles  les plus récents, Morris est devenu la voix dominante et aussi la plus vigoureuse pour dénoncer les derniers Nouveaux Historiens qui s'agrippent encore à leurs messages fallacieux et sans fondement. Le périple de Morris et  l'abandon radical de ses publications antérieures témoignent d'une manière peu commune de la ligne fragile qui sépare l'histoire de la propagande et même du mensonge. Vouloir consigner les faits historiques afin de  créer un narratif politique post-moderne, peut provoquer leur  disparition des bancs de l'histoire.

 

Notes:

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[1]Benny Morris, l'histoire de la première guerre israélo-arabe (New Haven, Yale University press,2008),392.

[2] Rapports officiels du Conseil de Sécurité des Nations Unies, S/Agenda/58, 16 avril 1948, 19.

[3] " La Palestine libère #3, l'équipage de l'Exodus", New York Times, 9 septembre 1947, 2; voir aussi Daniel Clifton, "Les  Arabes menacent d'employer la force si la Terre Sainte est divisé en deux," 7 septembre 1974, E4.

[4] Morris, 1948, 232.

[5] Ethan Bronner, "les Nouveaux Historiens," New York Times, 9 novembre 2003

[6] Il est facile de voir l'impact des Nouveaux Historiens dans le monde académique. Il suffit de vérifier les  programmes des universités américaines et européennes et d'y voir la place prédominante accordée aux écrits de Morris et aux autres. Au sujet de leur impact, consulter Daniel Polisar, "Faire l'Histoire," Azure, printemps 5760/2000; au sujet  des implications politiques des universités, consulter Manfred Gerstenfeld, Les universitaires contre Israël et les Juifs. ( Centre des affaires politiques de Jérusalem, 2007)

[7] Benny Morris, la naissance du problème des réfugiés palestiniens, 1947-1949 (New-York: Cambridge University press, 1987). Ce livre fait quelques références au rejet arabe d'un état juif mais sans analyse ou tentative aucune de l'inclure dans son contexte historique. Quelques références aussi, mais sous forme de notes seulement, à l'intention arabe d'exploiter la tragédie des réfugiés palestiniens et d'en faire une arme politique contre Israël. La première note figurant au chapitre No 3 mentionne le refus d'Haj Amin al-Husseini, de mars 1949, d'un  retour des réfugiés dans leurs demeures. Il faut aussi mentionner  dans  les premiers livres de Morris l'absence de toute discussion ou mention de  tout ce qui est au cœur du sujet dans son livre de 2008 sur la guerre de 1948: la haine arabe, l'antisémitisme islamique, la "pulsion jihadiste" etc...

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Des historiens israéliens tels Anita Shapira et Shabtai Teveth ont attaqué Morris, mais ce fut  Ephraïm Karsh, son critique le plus ardent et pointilleux, qui l'accusa  d'être coupable de cinq chefs d'accusation: "déformation  de documents, usage de citations tronquées, dissimulation d'évidences, fausses déclarations et réécriture d'originaux." Voir Efraïm karsh, "Benny Morris et le règne de la terreur,", Middle East Quarterly (NF: revue trimestrielle sur le Moyen-Orient), mars 1999,
www.meforum.org/466/benny-morris-and-the-reign-of-terror. En ce qui concerne ses attaques contre les Nouveaux Historiens en général, voir Efraïm Karsh, Inventer l'histoire d'Israël : les Nouveaux Historiens (London Frank Cass,1997).

[8] Avi Shlaim mentionne trois membres fondateurs, Morris, Pappé et lui-même, mais certains ont ajouté d'autres noms à la liste. Voir Avi Shlaim, "de l'importance des Historiens", Prospect, 29 juin 2008

[9] Simha Flapan, la naissance d'Israël: Mythes et Réalités (New York: Panthéon Books, 1987); Ilan Pappé, la création du conflit israélo-arabe, 1947-1951 (London:Tauris 1922) et son manifeste antisioniste, la Grande-Bretagne et le conflit israélo-arabe, 1947-51 (London: Palgrave Macmillan, 1988); Avi Shlaim, collusion au-delà du Jourdain, Le roi Abdullah, le moment sioniste et le partage de la Palestine (New York: Columbia University Press, 1988), et plus tard, son Mur de Fer: Israël et le monde arabe (Londres: Allen Lane/Penguin Press, 2000)

De nombreux autres historiens sont venus rejoindre les  historiens israéliens et de par leurs allégations fictives, ont contribué à la consolidation de la cause révisionniste anti-israélienne. En allant jusqu'à dénier à Israël son droit moral à l'existence. Pour une publication du genre, consulter Michel Prior, le Sionisme et l'Etat d'Israël : une enquête morale (Londres et New York: Routledge, 1999). Selon la critique, le livre "dénonce la nature implicitement raciste du Sionisme porté à l'Apartheid, ou représente "la meilleure opération de démolition de la légitimité d'Israël jamais entrevue." Voir David McDowall, Le Moyen-Orient International, cité dans le Living Stones Magazine, printemps 2000, 3.

[10] Tom Segev, Une Palestine, entière: Les Juifs et les arabes sous le Mandat Britannique (New York: Henry Holt, 2001), selon Seguev, l'aide des  Britanniques aux Juifs prenait sa source dans leur conviction erronée  et antisémite de l'existence d'une puissance juive globale excessive.

[11] Alan Dowty, Israël/Palestine, end ed. (Malden, MA:Polity,2008),ix.

[12]Robert I. Rotberg ed., Narratifs israéliens et palestiniens du conflit (Bloomington: Indiana University Press,2006). Ce livre réunit des perspectives différentes, sionistes et antisionistes. livre partial ainsi que le révèle un extrait de critique en  couverture de livre : "la contribution principale [du livre] est de souligner l'origine et la cause historiques de l'état de tension. Il révèle aussi l'interaction  et son évolution entre les deux  narratifs, hégémonie et résistance, "Les droits humains et les droits au bien-être général. Ici, les narratifs historiques semblent  interchangeables et, dans le vocabulaire postmoderne,  le  terme d'hégémonie ne signifie qu'une seule chose, l'occupation israélienne. Signalons aussi que les spécialistes chevronnés du conflit pensent que les narratifs présentés ainsi  offrent la meilleure méthode pour étudier l'histoire du Moyen-Orient et de la lutte palestinienne; Gordon Fellman, critique de Robert I. Rotberg ed., Les narratifs israéliens et palestiniens du conflit, dans Society 45 (2008): 204-2207.
[13] Le plus radical de ces texte se retrouve dans Un monde en mutation : l'histoire à l'intention de la troisième, édité par Danny Ya'akobi et publié par le département des programmes du ministère.

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Pour en savoir plus sur les Nouveaux Historiens et le Post-Sionisme, consulter Meyrav Wurmser, "Israël peut-il survivre au Post-Sionisme?" Middle East Quaterly (revue trimestrielle sur le Moyen-Orient), mars 1999,
www.meforum.org/469/can-israel-survive-post-zionism

[14] Nommé, "la lutte pour la sécurité d'Israël" et le quotidien "Yediot Aharonot (Dernières Nouvelles) l'a décrit comme "anéantissant un nombre des mythes les plus fantastiques qui ont bercé notre enfance", 4 août 1999.

[15] Cette liste, plus les addenda et explications de l'auteur, reposent sur deux récits : Benny Moris, 1948 et après; Israël et les Palestiniens (New YorkUniversity Press, 2008),9 ; Miron Rapaport , interview d'Avi Shlaim, "Pas de solution pacifique possible" Haaretz (Nt quotidien israélien, "le Pays"), 11 août 2005,www.editriceilponte.org/_files/HaaretzInterviewEnglish.pdf

[16]Yezid Sayigh, La Lutte Armée et, en quête d'Etat : Le Mouvement National Palestinien 1949-1993 (Oxford et Washington DC: Clarendon Press/Institut des Etudes palestiniennes, 1998),3.

[17] Allégation non fondée. Tout d'abord, il n'existe aucune histoire israélienne officielle de la guerre. Ensuite, plusieurs officiels et historiens israéliens ont attiré l'attention sur des cas d'expulsion  faisant partie intégrante d'une guerre de 18 mois dans les villes et les villages et dans les endroits qui contrôlaient les voies  menant aux villes et villages juifs assiégés.

[18] Naomi Alon, interview de Benny Morris, 17 octobre 2008,
http://cafe.themarker.com.view.php?t=676520. [hebrew] [en hébreu]

[19] Gershon Baskin et Zakaria al Qaq, Créer une culture de la paix (Jérusalem: Le Centre de Recherches et d'Information israélo-Palestinien, 1999), http://www.ipcri.org/.
[20] Shlaim, " De l'Importance des Historiens."

[21] Michal Ben-Josef Hirsch, "De l'interdit au négociable : les nouveaux historiens israéliens et l'évolution de  la  présentation du problème des réfugiés palestiniens," Perspectives sur la politique, juin 2007.

[22] Shlaim, "De l'Importance des Historiens", un autre exemple, selon une critique  du livre de Ben-Ami dans le Guardian,  le livre "présente  des hypothèses jusqu'ici rejetées par la plupart des israéliens : ainsi,  contrairement à l'image familière du David contre Goliath, l'équilibre des forces, de l'élan et de motivation penchaient en leur faveur ; et l'occupation de la Judée-Samarie et de Gaza depuis 1967 était rien moins que libérale ; et tout au long de cette triste affaire,  l'attitude  israélienne a compté et  compte  encore tout autant que l'intransigeance arabe » .

Consulter Ian Black, " Samson et non pas David", la critique  de Shlomo Ben-Ami, la guerre et ses cicatrices, la paix et ses blessures: La tragédie israélo-arabe, dans le Guardian du 11 février 2006.

[23] Benny Morrris, "BeChazara Le Tashach" (Retour à 1948), Le magazine littéraire de Haaretz, 16 septembre 2009 (Hébreu)
[24] Howard M.Sachar, Une Histoire d'Israël (New York: Knopf, 1979),333.
[25] Ahron Bregman et Jihan El-Tari, Israël et les Arabes (New York: TV books, 1988) (Livres TV), 28.


[26] Sachar, L'Histoire d'Israël, 333


[27] Benny Morris, "La Paix? Aucune Chance," The Guardian, 21 Février 2002.
[28] Ari Shavit, interview de Benny Morris, "la survie des plus forts?"  Haaretz, 16 janvier 2004.


[29] Rashid Khalidi. La Cage de Fer: L'Histoire de la lutte palestinienne pour un état (Boston: Beacon press, 2006). Consulter l'index et  les références à l'antisémitisme et à al Husseini.  Khalidi explique l'échec de ce denier en tant que chef d'état et aussi son  discrédit dû à son alliance avec les Nazis (62, 114, 127). Voir aussi les critiques de Khalidi à l'encontre d'Arafat  (158-164)
[30] Ibid.., xxxvii.


[31] Morris, 1948 : Histoire de la première guerre israélo-arabe, 16, 21. Les omissions des Nouveaux Historiens quant au rôle du mufti qui a fomenté la haine contre les juifs font partie de leur tentative  de réécrire l'histoire. Il existe un nombre infini de dossiers se rapportant au mufti datant du  début du conflit  sous le Mandat britannique. Il n'était pas nécessaire d'ouvrir de nouvelles archives pour être plus précis à son sujet. De nombreux écrits le décrivent comme le symbole de l'obstruction arabe antisémite à la paix.. deux livres plus récents viennent renforcer les connaissances antérieures en s'appuyant sur de nouveaux documents: David G.Dalin et John F.Rothman, L'Icône du Mal: Le Mufti d'Hitler et la montée de l'Islam Radical (New York: Random house, 2008); Jeffrey Herf, La Propagande Nazie dans  le Monde Arabe (New Haven: Yale University Press, 2009).
[32] Morris, 1948: Histoire de la Première Guerre Israélo-Arabe,34.


[33] Ibid., 395


[34] Ibid., 70


[36] Ibid.
 Larry Collins and Dominique Lapierre, Ô Jérusalem! (New York: Pan Books, 1972), 315. Cette source, l'un des grands bestsellers illustre le fait que Morris n'avait pas à attendre le vingt-et-unième siècle et l'ouverture de nouvelles archives pour saisir le sérieux des menaces du Jihad et pour comprendre le contexte de la détérioration de l'équilibre militaire contre les Juifs.
[37] Morris, 1948: Histoire de la Première Guerre Israélo-Arabe, 399.


[38] Ibid., 398.


[39] Ibid., 401.


[40] Ibid., 397.


[41] Ibid., 403. De fait, il existe  de nombreuses sources dans lesquelles ces faits historiques ont été minutieusement consignés  et ce dès 1948. Consulter les sources mentionnant la diplomatie anti-israélienne britannique et américaine aux Nations- Unies, dans le livre d'Avi Becker, Les Nations-Unies et Israël: De la Reconnaissance à la Répréhension, MA: Lexington Books, 1988), ch.3.  Un ouvrage plus récent souligne les efforts constants des Britanniques et du Département d'Etat des Etats-Unis pour entraver et abroger la Résolution de partage votée par les Nations-Unies, début 1948; Allis Radosh et Roland Radosh, un Refuge: Harry S.Truman et la création d'Israël (New York: Harper Collins, 2009, ch.10.


[42] Morris, 1948: Histoire de la première guerre israélo-arabe, 81.


[43] Ibid., 112.


[44] Ibid., 187.


[45] Benny Morris, Un Etat, Deux Etats: Pour Résoudre le Conflit  Israël/Palestine (New Haven:Yale University Press, 2009).
[46] Ilan Pappé, " Critique Post-Sioniste d'Israël et des Palestiniens, "2ème partie: Les médias, "journal Of Palestine Studies 26, 3 (1997): 37-43. (Journal de Palestine)


[47] Benny Morris, lettre au Irish Times, 21 Février 2008,
http://zionism-israel.com/israel_news/2008/02/israel-and-palestinians-according-to.html.

 

Dr.Avi Becker enseigne la Diplomatie à l'Université de Tel-Aviv au niveau de la maîtrise. Il a passé deux ans aux Etats-Unis en tant que professeur associé, invité par l'Université de Georgetown. Il a exercé les fonctions  de secrétaire général du Congrès Juif Mondial et a publié des ouvrages et des articles sur les politiques internationales, la sûreté et le Judaïsme mondial.

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