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Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 16:16

Comment nous pouvons gagner en Afghanistan


1 ère PARTIE :

Par Max Boot

 

Traduit de l’anglais par Gilles Raphel

Pour : aschkel.over-blog.com et lessakele.over-blog.fr

 

 

Cette présentation de la doctrine de Mc Chrystal nous semble très précise et parfaitement pertinente. Elle nous aide à mieux comprendre le fil de l’information au sujet de la guerre en Afghanistan,  à mieux entendre le rôle et la place de nos troupes là-bas.

Il est vrai qu’à la lecture de l’actualité, encore 8 soldats US tués ce jour, nous avons des réticences à envisager dans le court terme l’entière doctrine de contre-insurrection même si nous savons qu’elle est nécessaire et que, devant l’horreur, surtout devant l’horreur, l’analyse à froid est sensiblement supérieure à la réaction immédiate.

Nous ne partageons pas deux points dans l’analyse de Boot :

Le premier concerne l’approche semble-t-il lente de la doctrine de contre-insurrection par les troupes alliées des US. Les informations qui nous reviennent d’Afghanistan nous disent au contraire que la technique de guerre essentiellement de contre-terrorisme menée jusqu’à là par l’US Army n’était pas partagée, loin s’en faut, par les troupes alliées. Tout comme ce que fut le cas en Irak durant de trop nombreuses années.

Le second porte sur la lutte que mène Israël contre les groupes terroriste du hezbollah et du hamas,  Tsahal n’étant pas présente à Gaza ni au sud Liban, on voit mal comment une technique de contre-insurrection pourrait être mise en œuvre.

 

Enfin,  nous ne pouvons que rendre hommage à Mc Chrystal et à l’ensemble des troupes présentes en Afghanistan. Les gars se battent et sont trop souvent tués en terre étrangère pour que nos valeurs intemporelles de liberté et de démocratie brillent à la face du monde. Qu’ils soient du fond de notre cœur remerciés. Nous prions pour eux et pour la victoire finale.

Gilles RAPHEL 


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Cette décennie, les termes contre-terrorisme et contre-insurrection  sont devenus monnaie courante dans le sillage du 11 Septembre, de l'invasion de l'Afghanistan et de la guerre en Irak. À l'oreille d'un profane ils peuvent sembler synonymes surtout du fait de notre habitude d'étiqueter tous les insurgés comme des terroristes. Mais pour les militaires professionnels ce sont deux concepts très différents. Le contre–terrorisme se réfère à des opérations qui emploient un nombre réduit de forces spéciales ainsi que des hautes technologies telles que les drones Predator et les missiles de croisière. Ces opérations sont destinées à capturer ou tuer un petit nombre de "cibles de grande valeur". La contre-insurrection, connue sous l’acronyme COIN dans l'argot militaire est beaucoup plus ambitieuse. Selon la doctrine officielle de l'armée, la COIN se réfère aux « actions militaires, paramilitaires, politiques, économiques, psychologiques et civiques prises par un gouvernement pour vaincre l'insurrection ».  Cette approche combinée exige généralement un engagement substantiel de troupes au sol sur une durée  prolongée.

Lorsque le général Stanley Mc Chrystal a été nommé le 11 mai de cette année en tant que commandant américain et de l’OTAN  en Afghanistan il n'était pas du tout certain que l'approche qu'il emploierait. Sa formation était presque entièrement orientée vers le contre-terrorisme. Il avait été chef du Commandement conjoint des opérations spéciales (comprenant des unités d'élite telles que la Force Delta de l'Armée et la Navy SEALs) quand elles menaient des raids audacieux pour capturer Saddam Hussein et tuer Abou Moussab al-Zarqaoui, le chef d'Al-Qaïda en Irak. S'il avait décidé de suivre la même approche en Afghanistan il aurait eu le soutien du Vice Président Joe Biden et de nombreux démocrates au Congrès qui privilégient cette unique stratégie de lutte  contre le terrorisme pour combattre Al-Qaeda et qui veulent réduire le nombre de soldats américains à un niveau minimum.

Mais ce n'est pas ce que Mc Chrystal a choisi de faire. Il a décidé, comme il le dit dans une 
«évaluation provisoire» datée du 30 août et publiée par Bob Woodward dans le Washington Post que «le succès exige une campagne de contre-insurrection (COIN)». Une lecture attentive de ce document qui était destiné au Pentagone et à la Maison Blanche ainsi que les «orientations de contre-insurrection»  rédigées à sa demande à la même époque et destinées à ses propres troupes, ouvrent une fenêtre sur sa pensée. Il démontre pourquoi une campagne anti-insurrectionnelle est nécessaire, comment elle doit être effectuée et pourquoi la voie d’action uniquement portée sur le contre-terrorisme et favorisée par de nombreux stratèges amateurs militaires est peu susceptible de réussir.

_____________

Le choix contre une approche contre-terrorisme en Afghanistan est énoncé plus clairement dans l'orientation anti-insurrectionnelle. Le propos de Mc Chrystal est d'expliquer pourquoi des opérations militaires traditionnelles ne peuvent vaincre l'insurrection en Afghanistan mais les mêmes arguments s'appliquent à la lutte contre le terrorisme en général qui en n’est qu’une version moins prétentieuse, de même que l'armée américaine ne peut vaincre une insurrection simplement en tuant des insurgés.

Mc Chrystal écrit que les chiffres ne s'additionnent pas:

Du point de vue conventionnel, l'assassinat de deux insurgés dans un groupe de dix en laisse huit autres: 10 - 2 = 8. Du point de vue des insurgés, ces deux morts en appellent de nombreux autres qui voudront probablement les venger. Si les pertes civiles se sont produites, ce nombre sera beaucoup plus élevé. Par conséquent, la mort de deux insurgés crée plus de combattants : 10 moins 2 est égal à 20 (ou plus) plutôt que 8.

Il poursuit en notant que l’approche par « l’érosion naturelle » 
(pari basé sur la lassitude de l’ennemi à cause de ses pertes, ndlr) a été employée en Afghanistan au cours des huit dernières années avec un nombre relativement faible de forces américaines et leurs alliés de l'OTAN. Pourtant, écrit-il, «huit années d'opérations réussies individuellement ont abouti à plus de violence ». Il poursuit:«Cela ne veut pas dire que nous devrions éviter un combat, mais pour gagner nous devons faire beaucoup plus que simplement tuer ou de capturer des insurgés ».
Que doivent alors faire les forces de la coalition ?

 

Réponse de Mc Chrystal :

« Une véritable opération offensive de contre-insurrection est tournée contre l'insurgé mais aussi ne peut se permettre de perdre le contrôle de la population. Nous devons concevoir des opérations offensives pas uniquement destinées à l’encontre des combattants mais aussi pour gagner la confiance et le soutien du peuple tout en repoussant l'influence et l'accès aux insurgés. »

« Les points d'orientation de contre-insurrection font que les armes et les missiles peuvent souvent rendre plus difficile le fait de gagner «la confiance et de soutien ».

 

Une anecdote  le souligne:

« Une patrouille de l’ISAF (International Security Assistance Force) traversait une ville à une vitesse élevée forçant ainsi la circulation sur la route. Plusieurs piétons et autres véhicules ont été repoussés hors de la voie. Un véhicule s'approche de la patrouille dans le flux de la circulation. L'artilleur ouvre le tir, touche le véhicule qui prend feu. Pendant que la patrouille de l'ISAF démarre en trombe les Afghans se pressent autour de la voiture. Combien cette patrouille a créé d’insurgés ce jour-là ? »

 


À titre d'exemple d’action 
"vouée à l'échec" dans l’utilisation de la force Mc Chrystal aurait tout aussi bien pu choisir un exemple impliquant un drone Predator, le tir d'un missile Hellfire ou un F-16 largant une bombe de 500 livres, ce type d’attaques qui provoque souvent des dégâts «collatéraux considérables» et que, si l'approche uniquement contre-terroriste était adoptée, serait devenu la pièce maîtresse de notre stratégie.

Mc Chrystal conseille à ses troupes de prendre une voie différente, de 
«se lier àla population», de «collaborer avec les FSNA (forces afghanes de sécurité nationale) à tous les échelons», de «renforcer les capacités de gouvernance et dereddition de comptes ». Il demande instamment aux troupes de la coalition d'être«une force positive dans la collectivité, de protéger les personnes contre le risque de blessure, de favoriser la stabilité. D’utiliser des initiatives économiques locales pour accroître l'emploi et de donner aux jeunes hommes d’autres choix que l'insurrection ».

Cela signifie de mettre moins l'accent sur l'utilisation de la force mais aussi sur les mesures de 
" protection des forces" (comme les gilets pare-balles et les véhicules lourdement blindés) qui écartent les forces de sécurité de la population. Comme un exemple de ce qu'il attend Mc Chrystal cite une anecdote impliquant une"unité de l’ISAF travaillant en partenariat avec une compagnie afghane", qui«participaient à une grande shura » [conseil tribal] dans un village autrefois hostile. Au cours de la shura, à laquelle a participé «presque toute la population du village» écrit-il «deux insurgés ont commencé à tirer des coups de feu contre l'un des postes d'observation de l'unité ». Le sergent en charge du poste a riposté mais il a choisi de ne pas « réagir de façon excessive » pour ne pas ruiner la réunion.« Ultérieurement » conclut cet exemple « les anciens du village ont trouvé les deux militants et punis en conséquence. »

Bien qu’elle soit contre-intuitive pour un esprit militaire conventionnel cette attitude n'est guère nouvelle à quiconque connaît l'histoire de la contre-insurrection. Les conseils de Mc Chrystal de se lier à la population et d'être modéré dans l'utilisation de la puissance de feu ont été employés lors de la contre-insurrection réussie de l'armée américaine aux Philippines au tournant du 20e siècle, par les Britanniques en Malaisie dans les années 1950 et Irlande du Nord des années 1970 aux années 1990 jusqu'à, plus récemment, par les Américains en Irak. En revanche, les stratégies de contre-insurrection qui s'appuient sur la puissance de feu ont généralement échoué, si l’on se réfère aux Français en Algérie, aux États-Unis au Vietnam ou aux Russes en Afghanistan.

Le risque de l'approche contre-insurrectionnelle qui contribue à expliquer pourquoi il n'a pas été adopté jusqu'à présent en Afghanistan ou en Irak jusqu'en 2007 est que, dans le court terme, il se traduit par plus de pertes pour les forces de la coalition. Placer des troupes au sein des populations et limiter leur volonté de puissance de feu les rend plus vulnérables au premier abord que si elles étaient contraintes dans des bases fortifiées et ne s'aventuraient que dans des convois lourdement blindés. Mais sur le long terme, comme le montre l'expérience d'Irak, faire circuler des troupes hors de leurs bases protégées est le plus sûr moyen de pacifier le pays et de faire baisser les pertes, tant pour les civils que les forces de sécurité.

_____________


Malheureusement, la force de l'OTAN que Mc Chrystal commande maintenant, l’ISAF, n’a pas été capable de mener à bien les fondements de la politique de contre-insurrection par un manque de volonté et un manque de ressources. Au lieu de cela, elle a combiné des stratégies classiques et de contre-terrorisme de façon mal coordonnée et dans un méli-mélo incohérent. L’évaluation initiale de Mc Chrystal qualifie l'ISAF de 
« mal configurée. . . inexpérimentée dans les langues et les cultures locales et aux prises avec les défis inhérents à la guerre de lacoalition ».

Le résultat est alarmant:

« Préoccupés par la protection de nos propres forces, nous avons opéré d'une manière qui nous éloigne physiquement et psychologiquement des personnes que nous cherchons à protéger. En outre, nous courons le risque d'une défaite stratégique en poursuivant des victoires tactiques qui font des victimes civiles ou de dommages collatéraux inutiles. »

Pour œuvrer contre une situation « se dégradant » Mc Chrystal propose des changements majeurs dans la doctrine et l'organisation. Certains de ces changements organisationnels sont déjà en cours. Le plus important d'entre eux est la création d'un nouveau quartier général qui sera géré initialement par le Lieutenant général David Rodriguez, un ancien commandant de la 82e division aéroportée. La création de cette nouvelle strate de commandement est basée sur l'exemple de l'Irak, où en 2007, le général David Petraeus a été chargé de la politique globale et le Lieutenant-général Ray Odierno était en charge des opérations courantes.

En Afghanistan, il y a eu pas d'équivalent à Odierno et donc un manque notable de la cohérence et de la coordination dans les opérations. Par exemple, le rapport de Mc Chrystal note que des efforts de lutte contre les stupéfiants « n'ont pas été pleinement intégrés dans la campagne contre-insurrectionnelle. » C'est une tâche que Rodriguez, dont le siège sera pleinement opérationnel début de novembre, devra prendre en compte avec une série d'autres projets qui seront proposés dans un plan de campagne confidentiel et détaillé.

Une autre partie de la réorganisation en cours propose de consolider les efforts disparates de formation entrepris par de nombreuses nations en vertu d'une nouvelle organisation appelée Mission de formation de l'OTAN en Afghanistan, qui sera commandée par le Lieutenant-général américain William Caldwell. Elle à pour but d'accroître les forces de sécurité afghanes beaucoup plus rapidement faisant passer les troupes de l'armée de 92.000 à 240.000 hommes et la police nationale de 84.000 à 160.000. «Le renforcement et la restructuration des programmes de formation», prévoit de «créer une force de contre-insurrection effective dans court laps de temps ayant la capacité de mener des opérations avec une certaine efficience tout en étant étroitement associée aux forces de la coalition. C'est la stratégie de sortie définitive de l'OTAN que de créer des forces locales assez forte pour la police sur leur propre territoire avec une aide extérieure minimale. Cet objectif devient peu à peu une réalité en Irak, mais il est éloigné de plusieurs années dans sa réalisation en Afghanistan. ».

Max Boot est Senior Fellow au National Security Studies du Council on Foreign Relations et auteur de War Made New: La technologie, la guerre et le cours de l'Histoire, de 1500 à aujourd'hui.

© 2009 Commentaire Inchttps://www.commentarymagazine.com/viewarticle.cfm/special-preview--how-we-can-win-in-afghanistan-15257?page=all
  
Lire la 2è Partie : http://lessakele.over-blog.fr/article-comment-nous-pouvons-gagner-en-afghanistan-gnrl-mc-chrystal-2e-partie--38290797.html

Par GILLES - Publié dans : MENACES IRANIENNES ET AXE DU MAL, Hezbollah, Syrie - Communauté : Pour un monde meilleur
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