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Comment nous pouvons gagner en Afghanistan
1 ère PARTIE :
Par Max Boot
Traduit de l’anglais par Gilles Raphel
Pour : aschkel.over-blog.com et lessakele.over-blog.fr
Cette présentation de la doctrine de Mc Chrystal nous semble très précise et parfaitement pertinente. Elle nous aide à mieux comprendre le fil de l’information au sujet de la guerre en Afghanistan, à mieux entendre le rôle et la place de nos troupes là-bas.
Il est vrai qu’à la lecture de l’actualité, encore 8 soldats US tués ce jour, nous avons des réticences à envisager dans le court terme l’entière doctrine de contre-insurrection même si nous savons qu’elle est nécessaire et que, devant l’horreur, surtout devant l’horreur, l’analyse à froid est sensiblement supérieure à la réaction immédiate.
Nous ne partageons pas deux points dans l’analyse de Boot :
Le premier concerne l’approche semble-t-il lente de la doctrine de contre-insurrection par les troupes alliées des US. Les informations qui nous reviennent d’Afghanistan nous disent au contraire que la technique de guerre essentiellement de contre-terrorisme menée jusqu’à là par l’US Army n’était pas partagée, loin s’en faut, par les troupes alliées. Tout comme ce que fut le cas en Irak durant de trop nombreuses années.
Le second porte sur la lutte que mène Israël contre les groupes terroriste du hezbollah et du hamas, Tsahal n’étant pas présente à Gaza ni au sud Liban, on voit mal comment une technique de contre-insurrection pourrait être mise en œuvre.
Enfin, nous ne pouvons que rendre hommage à Mc Chrystal et à l’ensemble
des troupes présentes en Afghanistan. Les gars se battent et sont trop souvent tués en terre étrangère pour que nos valeurs intemporelles de liberté et de démocratie brillent à la face du
monde. Qu’ils soient du fond de notre cœur remerciés. Nous prions pour eux et pour la victoire finale.
Gilles RAPHEL
Mc Chrystal
écrit que les chiffres ne s'additionnent pas:
Du point de vue conventionnel, l'assassinat de deux insurgés dans un groupe de dix en laisse huit autres: 10 - 2 = 8. Du point de vue des insurgés, ces deux morts en appellent de nombreux
autres qui voudront probablement les venger. Si les pertes civiles se sont produites, ce nombre sera beaucoup plus élevé. Par conséquent, la mort de deux insurgés crée plus de combattants : 10
moins 2 est égal à 20 (ou plus) plutôt que 8.
Il poursuit en notant que l’approche par « l’érosion naturelle » (pari basé sur la lassitude de l’ennemi à cause de ses pertes, ndlr) a été employée en Afghanistan au cours des huit dernières années avec un nombre relativement faible de forces américaines et leurs alliés de l'OTAN. Pourtant, écrit-il,
«huit années d'opérations réussies individuellement ont abouti à plus de
violence ». Il poursuit:«Cela ne veut pas dire que nous devrions éviter un combat, mais pour gagner nous devons faire beaucoup plus que
simplement tuer ou de capturer des insurgés ».
Que doivent alors
faire les forces de la coalition ?
Réponse de Mc
Chrystal :
« Une véritable opération offensive de contre-insurrection est
tournée contre l'insurgé mais aussi ne peut se permettre de perdre le contrôle de la population. Nous devons concevoir des opérations offensives pas uniquement destinées à l’encontre des
combattants mais aussi pour gagner la confiance et le soutien du peuple tout en repoussant l'influence et l'accès aux insurgés. »
« Les points d'orientation de contre-insurrection font que les armes et les missiles peuvent souvent rendre plus difficile le fait de gagner «la confiance et de
soutien ».
Une anecdote
le souligne:
« Une patrouille de l’ISAF (International Security Assistance
Force) traversait une ville à une vitesse élevée forçant ainsi la circulation sur la route. Plusieurs piétons et autres véhicules ont été repoussés hors de la voie. Un véhicule s'approche de la
patrouille dans le flux de la circulation. L'artilleur ouvre le tir, touche le véhicule qui prend feu. Pendant que la patrouille de l'ISAF démarre en trombe les Afghans se pressent autour de la
voiture. Combien cette patrouille a créé d’insurgés ce jour-là ? »
À titre d'exemple d’action "vouée à
l'échec" dans l’utilisation de la force Mc Chrystal aurait tout aussi
bien pu choisir un exemple impliquant un drone Predator, le tir d'un missile Hellfire ou un F-16 largant une bombe de 500 livres, ce type d’attaques qui provoque souvent des
dégâts «collatéraux considérables» et que, si l'approche uniquement contre-terroriste était adoptée, serait devenu la pièce maîtresse de notre
stratégie.
Mc Chrystal conseille à ses troupes de prendre une voie différente, de «se lier àla
population», de «collaborer avec les FSNA (forces afghanes de sécurité nationale) à tous les échelons», de «renforcer les capacités de gouvernance et dereddition de comptes ». Il demande instamment aux troupes de la coalition d'être«une force positive dans la collectivité, de protéger les personnes contre le risque de blessure, de favoriser la stabilité. D’utiliser des initiatives économiques locales
pour accroître l'emploi et de donner aux jeunes hommes d’autres choix que l'insurrection ».
Cela signifie de mettre moins l'accent sur l'utilisation de la force mais aussi sur les mesures de " protection des forces" (comme les gilets pare-balles et les véhicules lourdement blindés) qui écartent les forces de sécurité de la population. Comme un exemple de ce qu'il attend Mc Chrystal
cite une anecdote impliquant une"unité de l’ISAF travaillant en partenariat
avec une compagnie afghane", qui«participaient à une grande shura » [conseil tribal] dans un village autrefois hostile. Au cours de la shura, à laquelle a participé «presque toute la population du
village» écrit-il «deux insurgés ont commencé à tirer des coups de feu contre l'un des postes d'observation de
l'unité ». Le sergent en charge du poste a riposté mais il a
choisi de ne pas « réagir de façon
excessive » pour ne pas ruiner la
réunion.« Ultérieurement » conclut cet exemple « les anciens du village ont trouvé les deux militants et punis en conséquence. »
Bien qu’elle soit contre-intuitive pour un esprit militaire conventionnel cette attitude n'est guère nouvelle à quiconque connaît l'histoire de la contre-insurrection. Les conseils de Mc
Chrystal de se lier à la population et d'être modéré dans l'utilisation de la puissance de feu ont été employés lors de la contre-insurrection réussie de l'armée américaine aux Philippines au
tournant du 20e siècle, par les Britanniques en Malaisie dans les années 1950 et Irlande du Nord des années 1970 aux années 1990 jusqu'à, plus récemment, par les Américains en Irak. En
revanche, les stratégies de contre-insurrection qui s'appuient sur la puissance de feu ont généralement échoué, si l’on se réfère aux Français en Algérie, aux États-Unis au Vietnam ou aux
Russes en Afghanistan.
Le risque de l'approche contre-insurrectionnelle qui contribue à expliquer pourquoi il n'a pas été adopté jusqu'à présent en Afghanistan ou en Irak jusqu'en 2007 est que, dans le court terme,
il se traduit par plus de pertes pour les forces de la coalition. Placer des troupes au sein des populations et limiter leur volonté de puissance de feu les rend plus vulnérables au premier
abord que si elles étaient contraintes dans des bases fortifiées et ne s'aventuraient que dans des convois lourdement blindés. Mais sur le long terme, comme le montre l'expérience d'Irak, faire
circuler des troupes hors de leurs bases protégées est le plus sûr moyen de pacifier le pays et de faire baisser les pertes, tant pour les civils que les forces de sécurité.
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Malheureusement, la force de l'OTAN que Mc Chrystal commande maintenant, l’ISAF, n’a pas été capable de mener à bien les fondements de la politique de contre-insurrection par un manque de
volonté et un manque de ressources. Au lieu de cela, elle a combiné des stratégies classiques et de contre-terrorisme de façon mal coordonnée et dans un méli-mélo incohérent. L’évaluation
initiale de Mc Chrystal qualifie l'ISAF de « mal configurée. . .
inexpérimentée dans les langues et les cultures locales et aux prises avec les défis inhérents à la guerre de lacoalition ».
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