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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 05:35


Les lumières italiennes du 27 rue Hillel

Par SHOSHANA SASKIA COHEN TANUGI 
06.10.09
http://fr.jpost.com/

Transmis par Gilles


La rue Hillel de Jérusalem possède au numéro 27 un joyau d'art baroque. La synagogue d'une commune italienne, proche de Venise, y cache ses ors et ses ombres. Comme l'indique Dominique Jarrassé dans son texte sur l'architecture d'exil, un miracle s'est réalisé dont nous sommes les témoins : "La légende raconte qu'au jour du rassemblement des exilés, les synagogues prendront le chemin d'Israël.

Intérieur de la synagogue italienne, avec l’aimable autorisation du Musée d’art juif italien de Jérusalem 
PHOTO: NATHALIE BLAU , JPOST

En 1952, Umberto Nahon fit transférer en Israël la totalité de la synagogue de Conegliano, petite ville italienne." En 1989 grâce à la donation de Melech Reiss, Shmuel Artomo et des familles Cohen, Pirani et Cassuto, la synagogue est restaurée à Jérusalem.

Conegliano est une ville à 50 km de Venise, enrichie au XVIIIe siècle par la présence d'une communauté juive de qualité. Influencée par Venise, elle fait construire une synagogue de style baroque en bois doré. C'est de là qu'est issu Emmanuel Conegliano, fils d'un tailleur juif, qui, plus connu sous le nom de Lorenzo da Ponte, allait devenir le librettiste de Mozart. Nés de sa plume : Don Juan, Cosi fan tutte ou Le Nozze di Figaro. Conegliano vit le jour peu après la construction de la synagogue en 1749. Mais, avec toute sa famille, il sera converti au catholicisme à l'époque de sa bar-mitsva en 1763.

Une synagogue d'une rare beauté

La synagogue de Conegliano Veneto témoigne de la richesse et du goût raffiné des communautés juives italiennes du XVIIIe siècle. Les colonnes sculptées, la somptuosité des entrelacs donnent le sentiment à la fois de plénitude et de sérénité. Une beauté raffinée qui contraste avec le climat et la rudesse de l'architecture israélienne.

Chaque Shabbat, un minyan s'y réunit au son du même rite religieux que celui observé à Rome à l'époque de la destruction du Second Temple et transmis depuis de génération en génération.

Une présence juive en Italie est certifiée depuis la destruction du Second Temple. Les Hébreux prisonniers de l'armée romaine, les Juifs issus des différentes migrations au cours des siècles et leurs descendants se sont pour la plupart assimilés, mais certains ont continué de parler ou lire l'hébreu.

Les éditeurs italiens ont contribué au rayonnement intellectuel de la communauté. En gage d'amour et de respect entre les Israélites et les Italiens, le nom d'Italia a été traduit en hébreu mot à mot : "rosée divine" = I : elle - tal : rosée - ia: de Dieu.

De par la position géographique de la péninsule, la communauté juive italienne jouera longtemps le rôle de lien culturel entre l'Orient et l'Occident et sera capable de s'identifier au génie local tout en conservant son identité religieuse. Avec l'expansion des ports (Venise, Pise, Gênes, Naples), les familles les mieux organisées s'assurent une place importante dans la distribution de produits, l'industrie textile et les banques.

Autre atout de la péninsule : sa structure politique. Les Juifs des différentes "cités rivales", expulsés d'une ville, pouvaient facilement s'installer sous la protection d'un pavillon voisin. Les différentes seigneuries concurrentes, les Visconti à Milan, les Este à Ferrare, les Delle Scalla à Vérone, les Gonzague à Mantoue, les Médicis à Florence luttaient les unes contre les autres par l'intermédiaire des condottieri et d'une diplomatie complexe.

L'évolution de la sensibilité chrétienne vers les valeurs plus libérales de la pensée humaniste qui s'est développée dès le début de la renaissance, puis la prospérité économique qui va suivre, favoriseront un contact entre les élites des deux religions monothéistes.

Par l'intermédiaire des Médicis, Florence affirme alors sa vocation artistique. Grâce à une politique de mécénat, la ville a ouvert ses portes aux penseurs, auteurs, médecins juifs, jusque dans ses cercles les plus élitistes.

Le XVIe siècle voit aussi l'expansion de la Vénétie et la création des premiers ghettos qui, tout en excluant les Juifs, maintiennent dans une certaine limite une partie de la population loin de l'assimilation totale à la société urbaine chrétienne. De cette période fleurit toute une littérature exceptionnelle, l'Arioste, le Tasse, l'Arétin. La philosophie politique moderne s'exprime par l'intermédiaire de Machiavel et le premier ouvrage critique de l'histoire de l'art est publié par Vasari.

A la suite de cette évolution littéraire, les vitrines du musée italien de Jérusalem présentent les écrits des femmes juives comme Dévora Ascarelli, ou Sara Coppia Sulam, qui publient pour la première fois leurs traductions italiennes de poèmes issus de la liturgie hébraïque.

Pourtant, dès 1730, l'inspiration messianique juive et italienne est étouffée par les maîtres de la Torah eux-mêmes : Rabbi Moïse Haïm Luzzatto (Ramhal) sera contraint par les chefs de la communauté juive de quitter Padoue et de se réfugier en Hollande, pour avoir trop étudié la Kabbale et s'y référer constamment. Le Ramhal (1707-1746) issu du judaïsme éclairé de Padoue, est né dans une famille de riches marchands de la ville. Son étude et son enseignement de l'expérience mystique pour la réparation du monde brisé le conduiront jusqu'à Safed.

Egalité : assimilation

Livourne, plus encore que Venise, offrait aux Juifs une quasi-égalité avec la société chrétienne. La famille juive d'Eliezer Saadoun publiera de nombreuses œuvres empruntées au judaïsme tunisien. Puis, la conquête française instaure l'égalité entre tous les citoyens. Mais le contrecoup de 1848 sera fatal à l'émancipation juive : une fois l'unité nationale proclamée, l'assimilation sera rapide. L'Italie ne connaîtra ni affaire Dreyfus ni pogromes. Mussolini lui-même niera longtemps un "problème juif" jusqu'aux décrets de 1938.

Sur les 50 000 Juifs citoyens italiens, 7 000 quitteront définitivement l'Italie. Les émigrés italiens arrivés alors à Jérusalem, immigrent avec l'une de leur synagogue. Une façon de conserver un lien affectif avec leur ancienne patrie. Puis, en 1987, le pape Jean-Paul II fait un geste important pour la synagogue de Rome : il énonce la "teshouva publique" pour les souffrances et les humiliations des Juifs, subies au nom de l'Eglise.

Sobre, presque austère, parfaitement entretenu, le musée italien de Jérusalem vaut le détour. Ses petites vitrines sont chargées d'objets rituels. Avec un accent tout particulier mis autour de la famille dans sa tradition italienne.

Frioul et Mantoue

Dans une des petites salles, une arche de bois du XVIIe siècle et signée Nathanel provient de San Daniel del Friuli. La beauté du travail est remarquable.
Les vitrines du musée renferment des trésors de rouleaux de Torah, dont un offert par les Juifs du Piémont au roi Alberto qui leur avait accordé l'émancipation. L'arche sainte de la ville de Mantoue, en bois, datée de 1543, est la plus ancienne conservée en Israël.

La Soucca vénitienne

En cette période de préparation des fêtes de Rosh Hashana à Souccot, le bonheur pour les visiteurs du musée italien sera la découverte des panneaux de bois peints à l'huile qui ornaient une soucca de Venise, au XIXe siècle. Chaque tableau représente un événement biblique.
L'ensemble compose une fresque délicate néoclassique, avec une parfaite maîtrise de cette technique de paysagiste en vogue à la période romantique où les éléments du pittoresque s'associent à une palette dont les verts et les bleus prennent une intensité pour traduire la vibration de la lumière.

La femme juive italienne et le livre

Le nouveau conservateur, Dr Andreina Contessa vient de prendre ses fonctions nous lui souhaitons bienvenue. Polina Levy Ashkenazy a organisé une exposition intelligente sur le rôle de la femme juive dans la société italienne.
Objectif : faire connaître les femmes auteures de l'Italie de la période post-Renaissance. Une façon de conforter le rôle intellectuel de la femme italienne - trois femmes sont représentées :

- Dvora Ascarelli - XVIe siècle :
Issue d'une famille exilée d'Espagne, l'épouse de Joseph Ascarelli fut la première femme de l'histoire juive à publier ses écrits. Elle laisse une œuvre littéraire et poétique valorisant l'érudition religieuse transmise par les familles sépharades. Sa traduction des poèmes liturgiques de Yom Kippour, ses poésies écrites dans la tradition espagnole influencée par Ibn Pakuda (XIe siècle) en font le symbole d'une femme lettrée et sensible à la pensée juive non profane.

- Sara Coppia Sulam 1592 1641 :
La fille de Simon et Rica Coppia, qui épouse Jacov Sullam en 1618, est à la foi instruite et érudite. Elle incarne la situation des femmes poétesses dans une Venise du XVIIe siècle. Favorable à une camaraderie intellectuelle, elle laisse une série de lettres et de publications qui présentent une pensée attachée aux valeurs morales.

- Rachel Luzzato Morpurgo 1790 1871 :
Issue d'une importante famille religieuse dont l'un des membres a bouleversé la pensée juive par ses idées révolutionnaires, petite nièce du Ramhal, née à Trieste, elle a centré sa vie sur l'étude de la mystique. Avant de se mettre au service de la spiritualité ; elle a publié de son vivant un grand nombre de pièces poétiques.
Le cadre est charmant, l'exposition intéressante. Le musée a l'avantage de mettre en valeur la force de la présence juive dans une civilisation ouverte et lumineuse, comme l'était celle de l'Italie du XVIe siècle. Reste aujourd'hui qu'un mécénat puisse aider ce lieu, splendide et rare dans Jérusalem, à survivre. Histoire de favoriser son entretien, et permettre des cycles d'expositions et de lectures dans la tradition éclairée italienne.

Musée juif italien : 27, rue Hillel Jérusalem. Tél : 02-6241610
Mail : contact@jija.org
Heures d'ouverture : Dimanche, mardi, mercredi : 9h - 17h
Lundi : 9h - 14h 

Jeudi, vendredi : 9h - 13h

Par GILLES - Publié dans : JUDAISME et SPIRITUALITE - Communauté : L'Equipe J.A.G - TOP NEWS -
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Commentaires

Pensée particulière pour l'un d'entre eux
Commentaire n°1 posté par Aschkel le 09/10/2009 à 07h05
 
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