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Etudier le Talmud c'est apprendre. Mais pourquoi cette quête, cette curiosité
intellectuelle?
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Transgresser, c'est passer son chemin sans se poser des questions
Remarquons qu'il ne s'agit pas de péché, de mort ('hétt), mais de transgression, de (avéra). Or, mine (avéra) vient de (avar) "passer devant,
traverser". Transgresser, c'est passer son chemin sans se poser des questions; c'est traverser la vie sans s'interroger sur ses origines, ses responsabilités, ses buts, c'est-à-dire
sur le sens de la vie. Or, comment mener à bien cette quête? Où trouver des réponses à ces interrogations sinon dans les textes du Talmud? Seuls, ils peuvent nous remettre en
contact avec nos origines authentiques. C'est en découvrant le langage allusif, à connotations multiples, en familiarisant nos oreilles, notre bouche, notre raisonnement avec ce
discours authentiquement juif, que nous parvenons à récupérer une identité et à comprendre la manière de l'assumer. DÉCOUVRIR SON IDENTITÉ
Ma première réponse sera donc: c'est pour découvrir mon identité de juif, c'est pour pouvoir m'assumer en tant que juif, pour comprendre mes
responsabilités en tant qu'homme appartenant au peuple juif, que je cherche à me réaliser par l'étude .
APPRENDRE À COMMUNIQUER
Mais au-delà de cette communication intrapersonnelle, le Talmud apprend à communiquer entre hommes. Dans une société qui, ayant vaincu le mur du son,
a vu s'élever la barrière des communications, et cela malgré les énormes progrès réalisés dans le domaine des media, il s'agit là d'une ressource appréciable.
Les paroles sont là, posées entre eux deux, pour ainsi dire à mi-distance de l'un et de l'autre, et ensemble ils cherchent
à les faire parler, à les écouter, à leur donner un sens
Rabbi 'Hanania ben Tradione dit (2): "Lorsque deux hommes sont assis et qu'il y a entre eux des paroles de la Torah, la Chéhina (une des
manifestations divines) repose entre eux". Les termes employés ici sont: "il y a entre eux" et non: "ils étudient" ou "ils s'occupent de", pour bien mettre l'accent sur la
communication réelle. Les paroles ne sont ni celles de X, ni celles de Y; il n'y a pas de désir ou de tentative de manipulation, d'assujettisement, d'influence. Les paroles sont là,
posées entre eux deux, pour ainsi dire à mi-distance de l'un et de l'autre, et ensemble ils cherchent à les faire parler, à les écouter, à leur donner un sens. C'est ainsi qu'ils
s'assument en tant qu'hommes et accomplissent l'œuvre du Créateur.
Si vous avez la chance d'avoir décodé vous-même un texte, vous comprendrez que dans la communication, le Talmud, c'est à la fois le media et le
message .
COMBLER LE FOSSÉ ENTRE GÉNÉRATIONSLa Torah a également prévu le point où les communications subissent leur échec le plus considérable, là où elles semblent définitivement en panne. je pense au mur qui s'élève entre les générations. Elle nous dit: "Et tu l'enseigneras à ton enfant pour en parler" (5). II ne s'agit pas d'un enseignement castrateur, ni d'instruction religieuse ou d'une manipulation aliénante quelconque. tu en parleras.
Or parler c'est aussi écouter, entendre, découvrir ensemble
Or parler c'est aussi écouter, entendre, découvrir ensemble. Mais en parler quand, comment, à quel propos, dans quel cadre? La réponse est nette:
"Lorsque tu es en repos à la maison, quand tu marches sur la route, au lever et au coucher. C'est-à-dire d'une façon informelle, non planifiée, à chaque instant, à propos de tout,
de n'importe quoi. C'est ainsi que l'on communique avec les enfants et non à coup d'instruction religieuse et de cours d'éducation sexuelle. Que les parents fassent leur métier de
parents, qu'ils parlent aux enfants au lieu de leur asséner des vérités toutes faites, une éthique que leur comportement contredit, ou de démissionner purement et
simplement.
MAIS OÙ TROUVER LE TEMPS?!
Assumer mes origines, apprendre à communiquer avec moi-même, avec les autres, avec mes enfants, avec les jeunes. Mais le temps? Où trouver le temps, à
côté de toutes les obligations professionnelles et sociales?
Ces minutes dérobées, gagnées sur mes "obligations ", m'aident à ne pas me laisser déborder par le temps
Passer tous les jours quelques minutes à se frayer un passage dans un texte du Talmud qui me renvoie à moi-même, à mes origines, aux autres hommes, je le considère comme un moyen de réduire cette aliénation. Car il ne s'agit ni d'une méditation ni d'une contemplation mais plutôt d'une médiation, d'une analyse directement centrée sur l'homme dans la réalité du monde, qui conduit à se remettre en question. Ces minutes dérobées, gagnées sur mes "obligations", m'aident à ne pas me laisser déborder par le temps, par le travail, C'est là aussi d'ailleurs, une des richesses du Chabatt qui n'est pas inaction ou loisir, mais retour sur soi, libération dans la remise en question des chaînes matérialistes.
BEN BAG-BAG ET BEN HÉ-HÉ
Je conclurai par les dernières phrases des Pirké Avott (7) qui résument bien ces réflexions: Ben Bag-Bag dit: "Remue, oui, remue là-dedans, car tout est là-dedans". De son côté, Ben Hé-Hé conclut par une phrase très courte: "Selon la peine, la récompense".
la Torah n'est le privilège de personne, mais appartient à tous ceux qui l'assument
Un premier enseignement: on est frappé dès l'abord par l'incongruité de ces noms, Ben BagBag et Ben Hé-Hé. On dirait une plaisanterie, un canular.
Mais selon la plupart des commentateurs, ces noms sont effectivement portés par deux convertis au judaisme. C'est que la valeur numérique de Bag: (bétt +guimel) = 2 + 3 = 5, est
équivalente à "hé"=5. On donnait de tels sobriquets aux descendants des étrangers convertis, pour signaler qu'ils étaient, au même titre que les autres juifs, issus d'Abraham et de
Sarah qui ont reçu le "hé" comme signe de leur alliance avec Dieu pour fonder le peuple juif. Par ailleurs, le "hé" est aussi la lettre essentielle du mot (Torah). Nos Sages
tiennent à souligner que la Torah n'est le privilège de personne, mais appartient à tous ceux qui l'assument. Le peuple juif n'est pas une race, une nation ou une religion, mais
c'est le peuple de la Torah, c'est le peuple des Hé-Hé et des Bag-Bag. |
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