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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 04:43
Merci à F. pour l'envoi de ce texte




"Froide" Egypte" 
Maurice Sartre
(Professeur émérite à l'université de Tours, L'Histoire n°351, mars 2010)



La mémoire culturelle : Ecriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques




"L'égyptologue Jan Assmann part d'un constat trop souvent négligé : la brillante civilisation égyptienne a cessé depuis longtemps, si même elle le fit un jour, d'irriguer la culture et la pensée, alors que la tradition juive comme la culture grecque restent fortement présentes. Si on peut invoquer le relais du christianisme pour la première, ce ne saurait être le cas de la seconde, dont le polythéisme a disparu de notre univers culturel depuis des siècles.
   
S'appuyant sur les travaux des sociologues et ethnologues, au premier rang desquels Maurice Halbwachs et Claude Lévi-Strauss, Jan Assmann estime que s'opposent en définitive des "sociétés froides" dont la préoccupation permanente est d'annuler tout changement que pourraient introduire les aléas de l'histoire, et des "sociétés chaudes" qui manifestent au contraire un besoin irrépressible de changement, même lorsque, comme les Grecs, elles tiennent officiellement l'innovation pour plutôt négative. Selon lui, ce qui explique au fond le sort différent des cultures, c'est la capacité ou non à commenter. Toutes les cultures sont fondées sur un corpus de textes (écrits ou non) : les unes (comme l'Egypte) le canonisent pour le préserver de tout changement ; les autres (Israël, la Grèce) le canonisent pour le stabiliser et fournir une base commune et sûre du commentaire.

    Car c'est du commentaire que sort l'innovation, volontairement ou non. Celui qui commente cherche à approcher une vérité dont il est en définitive responsable ; celui qui récuse le commentaire juge au contraire la vérité reçue d'ailleurs une fois pour toutes. L'un entre dans la logique d'une histoire en mouvement, l'autre se satisfait de contempler l'immutabilité du temps ; l'un a l'obligation de mémoire, l'autre se contente de répéter et de vénérer.

    L'histoire est, à cet égard, un bon révélateur des attitudes mentales : il existe un fossé insondable entre ceux qui notent les événements pour établir une chronologie et des généalogies, et ceux qui tentent de comprendre dans le déroulement des faits ce qui fait sens dans une histoire en mouvement, qu'elle soit l'oeuvre de Dieu (Israël) ou des hommes (les Grecs). Pour Jan Assmann, le caractère sacerdotal de la culture égyptienne lui a sans doute permis de résister mieux que toute autre à la rupture majeure que constitua l'hellénisation de la Méditerrannée orientale, mais le refus de l'exégèse la figea en lui interdisant de s'adapter aux conditions mouvantes de l'histoire. Le tout s'exprima dans le temple d'époque tardive,
 "codification canonisée de la grammaire culturelle égyptienne", à laquelle on ne peut rien retrancher, rien ajouter. Culture close, en quelque sorte, et donc devenue inaccessible aux autres avant de le devenir pour les Egyptiens eux-mêmes."
Par Aschkel - Publié dans : HISTOIRE DU PEUPLE JUIF - Communauté : L'Equipe J.A.G - TOP NEWS -
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