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"Au commencement D.ieu créa les Cieux et la Terre"

Source : http://www.hebraica.org/histoire.php?cahier=1
L'Eternel Dieu, Maître d'œuvre de la Création.
Le Monothéisme hébraïque, tel qu'il est instruit dans le Judaïsme, (la Religion juive), est fondé sur la transmission en la foi absolue que la Création des mondes spirituels et des mondes physiques, et qui forment l'univers que nous percevons, sont les œuvres d'un Créateur unique, l'Eternel Dieu, le Tout-Puissant, qui donne vie à toute chose par la "parole" : " Béréchit bara Elokym ète ha-Chamaïm vé ète ha-Arets - Au commencement Dieu créa les Cieux et la Terre ". Genèse 1-1. Et plus précisément, sur le principe absolu qu'il n'existe que "Lui", que ce soit avant l'acte de la Création ou après la Création, sans que celle-ci n'est causé aucun changement : "Lui" étant l'origine de toute vie et de toute connaissance : " Il est Celui qui connaît, Il est Celui qui est connu, Il est la connaissance elle-même. Tout cela n'est qu'un ". Michné Torah lois sur les Fondements de la Torah, chapitre 2-10.
En 3515 à Alexandrie, (- 246 de l'ère vulgaire) la Torah écrite (le Pentateuque) fut traduite en grecque à la demande de Ptolémé II, cette version porte le nom de Septante. Tous les scibes grecs traduirent le premier mot de la Torah "Béréchit" par "commencement", dans le sens de origine ou naissance. Ce n'est que plus tardivement, que Jérôme traduira la Septante dans sa version latine, la Vulgate. Il utilisera le terme latin "Génésis" ou origine, pour définir le mot "Béréchit", et qui sera traduit finalement par "Au commencement". Le mot Génésis ou Genèse est le nom qui est donné au premier livre des cinq livres que compte le Pentateuque.
D'un point de vue historique, la transmission publique du Monothéïsme date au moment du Don de la Torah, quand les 12 tribus d'Israël réunis au Mont Sinaï sous la conduite de Moïse ont reçu et entendu les Dix Commandements Mi Pi ha-Guévourah, de la "Bouche de Dieu". C'est en l'an 2448 du calendrier hébraïque qu'ils recoivent les préceptes de la Torah écrite et de la Torah orale, desquels sont issus les 613 Commandements, soit l'ensemble des ordonnances, des valeurs et des coutumes qui fondent le Judaïsme. Toutefois, les connaissances relatives au Créateur sont antérieurs à la Révélation sinaïque, elles remontent à Adam le permier homme de l'humanité, et également le premier Prophète. A ce titre, Adam est le premier des dépositaires de lachaîne de la Transmission dont Moïse représente la 26 ème génération, et le fondateur du Sanhédrine. Parmi les dépositaires on distingue essentiellement, Noé, Chem, Héver et les Patriarches. Jusqu'au jour du Don de la Torah l'expression de la Volonté de Dieu était transmise dans le cadre des 7 lois de Noé.
Le romain Tacite évoquera la notion de croyance du Peuple juif : "Les Juifs conçoivent un seul Dieu et uniquement en pensée. Pour eux sont impies ceux qui, avec des matériaux corruptibles, représentent des images des dieux selon les formes humaines. Sublime pour eux est la Divinité, éternelle, non représentable, non soumise à destruction. Par conséquent, ni dans leurs villes, ni encore moins dans leurs temples, ils ne placent de statue. Ils ne concèdent ni cette adulation à leurs rois, ni cet honneur aux Césars…».
Dans les "Ecritures saintes" différents noms sont donnés au Créateur. Ils sont généralement des noms en rapport à tel ou tel Attribut divin. Par exemple, le Nom Ineffable ou Tétragrame est le Nom de quatre lettres Y-H-V-H (photo ci contre). Il est prononcé "HaVaYéh dans le langage parlé, mais la prononciation traditionnelle est A-do-naï. Ce nom se réfère à Dieu l'Infini qui transcende la création et la nature, omniprésent, omnipotent et omniscient, d'où sa traduction par "l'Eternel". Dans le langage on dit également "Ha-Chem", le Nom, pour le désigner. Aussi, à propos de ce thème qui relève de la Kabbalah, à savoir pourquoi la Torah écrite utilise le nomElokym pour désigner Dieu au moment de la Création, raby Chlomo ben Its'hak écrit : " Créa Elokym, et il n'est pas dit Créa Hachem (Hachem étant le nom le nom de Dieu lorsqu'Il agit avec miséricorde), l'intention première était de créer le monde selon l'attribut de justice, mais Il a vu qu'il ne subsisterait pas. Aussi Il a fait passer en premier plan l'attribut de miséricorde et l'a associé à celui de justice ; comme il est dit ; ..le jour quand Hachem-Elokym fit terre et cieux ". Genèse 2-4. Effectivement, le nom Elokym souligne d'avantage l'idée de gouvernement, raison pour laquelle il est traduit par Dieu (Deus en latin).
Dans le cadre des études relatives à la valeur numérique des mots, la Guématria, le nom Elokym a la même valeur que le mot hébraïque Tévah, littérallement la Nature, soit la valeur 86. Ce terme évoque généralement l'ensemble des lois, des propriétés et des caractères naturels propres aux mondes physiques, ce que l'on perçoit comme la nature des choses et des êtres qui la constituent. Ainsi, le nom Elokym a pour propriété de cacher la Lumière divine qui fait exister et vivre le monde, donnant l'impression à celui-ci d'exister et de se conduire selon les règles de la nature, c'est à dire, sans que celui-ci ne ressente la "Parole" divine qui le fait exister Ex-néhilo. Ainsi, le nom Elokym intervient comme bouclier face à la lumière transcendante qui émane du nom du Tétragramme divin "YHVH" ou Avayé, agissant tel un voile dont le but est de protéger les créatures, leur permettant de vivre sans qu'ils ne s'annulent à leurs sources. Tanya-Porte de l'Unité et de la Croyance, chapitre 6. Ainsi, c'est afin que les créatures puissent exister que le voile de la Divinité est si grand, et que le monde semble exister de lui-même et séparer de Dieu. C'est la raison pour laquelle le monde se dit également Holam en hébreu, de la même racine que le mot Hélem, le voile.
Raby Moché ben Nahman souligne à propos des deux expressions et notions ha-Chamaïm et ha-Arets(voir verset ci-dessus), littérallement les "Cieux et la Terre" : " les Cieux et la Terre sont le fondement de base et la matière de tout ce qui existe dans le monde, en haut et en bas, et à partir d'eux tout a été créé....Ils sont les pères dans la mesure de toutes les créations, qui sont leurs dérivées ". Raby Don Isaac Abarbanel, qui apporte sa lumière à un degré différent d'interprétation, définit les "Cieux" comme le "Père" des mondes spirituels, les "armées célestes". Ceux-ci sont créés par le " soufle de la bouche de Dieu ", et font référence aux Malakhim (unMalakh au singulier), un terme traduit généralement par le mot "Anges" ou "Entités célestes". Dans une même approche, on distingue les mondes physiques, les "armées célèstes" qui sont en rapport avec la Terre et créées par le " soufle de la bouche de Dieu ".
En règle générale, tous les mondes, spirituels comme physiques, sont composés des quatre éléments de base à toute la Création et à toutes les créatures. Ils sont : 1/ l'Eau : Mayim 2/ le Feu : Eche. 3/ la Poussière :Haphar. 4/ le Vent : Rouah. Alors que la vie sur la terre est divisée en quatre règnes qui sont : 1/ le Domem ou le monde inerte, tels que l'eau, la terre etc.. 2/ le Tsoméah ou le monde végétal. 3/ le Haï ou le vivant, soit la vie animale. 4/ le Médabère, celui qui est doué de la parole, l'humain.
Le sujet de la Création du monde introduit la notion du Zéman, le "Temps", origine intrinsèque ducalendrier hébraïque et base de la chronologie du Peuple juif. A ce propos, le Temps est considéré à l'égal des autres créations qui composent l'univers et le monde, du fait que celui-ci est inhérent au mouvement et à la matière. Les sciences relatives au Temps, aux mouvements des astres et aux connaissances liées à leurs natures profondes font parties du savoir général que possédait Adam à sa création. Le Judaïsme soutien que l'œuvre de la Création résulte uniquement de la Volonté divine, et qu'au delà de ce moment, le Temps n'existait pas, mais également, qu'il n'existe que "Lui", que ce soit avant ou après l'acte de la Création. Néanmoins, dans l'absolu, cet enseignement dépasse l'entendement humain. C'est pourquoi le Rambam commence son ouvrage le "Michné Torah" par la loi fondamentale : « Le fondement des fondements et le pilier de la sagesse est de savoir qu'il existe un Etre unique, cause de l'existence de toute chose. Tous les êtres du ciel, de la terre, et de ce qui se trouve entre les deux, parvinrent à l'existence uniquement en vertu de Son existence. Et si il te venait à l'esprit qu'Il n'existe pas, aucun être ne pourrait alors exister ». Michné Torah, Lois sur les Fondements de la Torah, chapitre I-1,2.
Les Maitres Tanaïm sitent dans le Talmud de Babylone 7 éléments qui furent créés par Dieu avant la formation de l'univers, ils sont : la Torah, le Repentir, le Gan Eden, le Guéhinom, le Trône de Gloire, le Sanctuaire et le nom du Machiah, le Messie.
Au sujet des deux expressions : " Et la terre était Tohou Bohou ", Genèse 1-2, raby Don Isaac Abarbanel commente : " Tohou détermine la matière première et Bohou, la forme ".
" Les Sages d'Israël enseignent que : "Même si l'humanité entière s'y mettait, elle ne pourrait créer un petit moustique et l'animer ". Béréchit Rabah 39-14.
Les mondes spirituels et leurs sources de vitalité
Le Judaïsme dispose d'un grand nombre d'ouvrages qui exposent à l'étude des sujets très complexes liés à la nature de l'acte de la Création et aux sciences versées sur les noms spirituels attachés à ce savoir. Les sources de la Kabbalah et de la Hassidout fondent l'acte de Création sur le principe de Bria Yéch Mé-Hayin, que l'on traduit généralement par "Création Ex-nihilo", c'est-à-dire, à partir du "Néant". Tanya chapitres 41 et 42. Il est exposé par les Maîtres en ces sagesses que le processus de la Création ex-nihilo, depuis les "sphères" spirituelles les plus élevées jusqu'au monde physique le plus bas, résulte uniquement de la force créatrice issue de l'essence divine même, de la la Lumière infinie, le Ohr Ein Sof. Ce processus, développé longuement par les kabbalistes, transcende quatre dégrés d'émanation, ou quatre mondes spirituels, ce sont les Holamot ha-Rouhanyim, (Holam au singulier). Ils sont le monde de :
1 - Holam ha-Atsilout. C'est le monde de l'Emanation, le plus élevés des mondes spirituels. Il est en état d'unité avec Dieu, et de proximité par rapport à Lui, et par conséquent, il transcende l'entendement humain.
2 - Holam ha-Briah. C'est le monde de la Création, première création ex-néhilo. Il est fini et reçoit seulement une irradiation de la lumière infinie d'Atsilout, et par conséquent, il peut être appréhendé par l'esprit humain.
3 - Holam ha-Yétsira. C'est le monde de la Formation.
4 - Holam ha-Hassiyah. C'est le monde de l'Action, notre monde physique, le plus inférieur de tous. C'est le stade final du procéssus qui réduit progressivement et cèle la force créatrice des Hassara Mahamarot, les "Dix Expressions", par lesquelles tous les mondes furent créés.
Chacun de ces quatre mondes se subdivisent en 10 Attributs divins, les Dix Séphirot, ce sont les 10 "Lumières", soit, les niveaux et canaux spirituels par lesquels la vitalité émane selon le principe du Séder ha-Hichtalchélout, c'est à dire, par le principe de l'Enchainement des sphères spirituelles. Ces "Séphirot" sont également appelés les vases des "Attributs de Dieu". Ils sont les Attributs de : Hokhma ou Sagesse, Binah ou Entendement, Dahat ou Connaissance, Hessèd ou Bonté, Guévourah ou Puissance, Tiférèt ou Miséricorde,Nétsah ou Victoire, Hod ou Majesté, Yésod ou Fondement, et Malkhout ou Souveraineté.
Les Dix Séphirot, ou les 10 Attributs Divins, sont les canaux à travers lesquels jaillit la Lumière infinie, et que celle-ci se contracte afin de créer et d'agir dans l'univers. Ce procéssus de "contraction" est développé dans la Kabbalah de raby Its'hak Louria, sous le vocable de Tsimtsoum, ou "contraction originelle". Dans cette doctrine, le processus Créateur ex-nihilo se réalise à partir de l'auto-limitation de la Lumière Divine infinie, le Ohr Ein Sof Baroukh Hou, qui représente le principe du "Tsimtsoum" originel. La Kabbalah lourianique fait état d'une Lumière Divine première émanée de l'Infini dans l'espace de la Création. Elle se compose d'une infinité de points isolés et s'épanche sous une forme divisée. Ce monde des lumières "punctiformes" ou Olam Ha Nékoudoth est le monde de la confusion du Olam Ha Tohou. La Création ex-nihilo comprend ainsi l'action d'un facteur qui se situe entre le néant et la substance. Cette "force dynamique" semble rejoindre le concept de l'énergie dans la physique nucléaire. Ce processus se présente comme étant le facteur organisateur de la matière constituant la phase intermédiaire entre le monde abstrait et le monde concret. Le Ramban fait état d'une force dynamique déjà mentionnée par les philosophes grecs sous le terme de "Hylé". Elle représente le facteur intermédiaire entre l'esprit et la matière. Cet élément premier est une force amorphe et indéterminée, dont la fonction essentielle est de conférer à la substance originelle sa forme première.
Préalablement à l'étude de ces sagesses pour lesquelles il est nécessaire de posséder des qualités exceptionnelles, le Rambam écrit ; "Tout ce qui est rapporté dans la Torah sur l'oeuvre de la Création ne doit pas toujours être pris dans son sens littéral, comme se l'imagine l'homme simple... La vérité est que l'on doit s'abstenir de les considérer avec la seule imagination dénuée de science, il ne faut pas faire comme ces pauvres prédicateurs et commentateurs, qui s'imaginent que la science consiste à connaître l'explication des mots...mais, il faut y méditer avec véritable intelligence, après s'être perfectionné dans les sciences démonstratives et dans la connaissance des mystères prophétiques...". Guide des égarés.
Le Judaïsme énonce que si le monde est créé à partir du néant par la seule volonté de Dieu, celui-ci n'existe et ne vie que par le libre effet de Sa parole, par le Verbe, dévoilée et exprimée dans le Lachon ha-Kodech, laLangue Sainte. Le processus de Création Ex-nihilo se poursuit à chaque instant par effet du "Verbe divin", qui insuffle continuellement dans la matière une vitalité nouvelle, afin de maintenir l'existence du monde, et afin qu'il ne retourne pas au néant dont il émane : "Qui renouvelle continuellement et quotidiennement, dans sa Bonté l'œuvre de la Création". Liturgie de l'office du matin, la Téphila. Ainsi, le passage de l'esprit divin absolu aux mondes spirituels et à la substance matérielle n'a pu être réalisé que par un acte de Sa seule volonté, sous l'effet de Sa parole, et que nous nommons "Dieu", Mélekh Mlakhé hamélakim Ha-Kadoch Baroukh Hou, le "Roi des rois le Saint bénit soit-Il". Le mot hébraïque "Kadoch", que lon traduit généralement par le mot "saint", signifie littérallement "séparé". Appliqué à Dieu, il indique Sa sublime élévation et Sa transcendance sur tous les mondes.
Le Verbe de Dieu ou la vie des créatures
Afin de mieux comprendre comment la Création du monde n'a pas affecté Dieu, raby Chnéour Zalman, l'auteur du Tanya, illustre son argumentaire sur
l'enseignement qui définit par allégorie, que le monde, soit les Cieux et la Terre, fut créé par "le souffle du Verbe de
Dieu". Quant un homme profère une parole, elle n'entraine en lui aucun changement. Qu'est ce qu'une parole comparée à toute une personne ? Ce
changement est encore plus nul avant que la parole ne fut prononcée, quand elle était sous une forme de pensée. De même quand laTorah nous dit que tout fut créé par la Parole de Dieu, le
monde, l'univers, les étoiles, les planètes etc, les mondes physiques et spirituels, tout ce qui existe est semblable à un "souffle" ou une "parole" - rien par rapport à Dieu. C'est uniquement
par rapport à l'homme que le monde apparait réel et imposant et non pas au regard du Créateur. Aussi, la Hassidout explique que toute créature ne peut exister que parce que la parole
créatrice de Dieu se maintient à chaque instant en cette créature. Si, à Dieu ne plaise, cette parole n'habitait pas une créature donnée à un instant donnée, alors celle-ci retournerait au
néant.
En règle fondamentale, le Talmud souligne que la Torah s'exprime dans un langage qui est compréhensible pour l'homme et en rapport à son être et à ses facultés insuflées en lui à sa création
; Dibra Torah ké-lachone bné Adam, car "Dieu est Un et Son nom est Un" : "Afin de permettre à l'oreille d'entendre ce qu'elle peut
comprendre, il a été permis aux kabbalistes de parler allégoriquement des "Séphirot", et ils les ont appelées les Lumières. Ainsi par le moyen de cette illustration pouvons nous comprendre dans
une certaine mesure la nature de l'unité de l'Eternel avec Ses Attributs". Tanya, Porte de la compréhension de l'Unité de Dieu et de la Foi, et
chapitre sur le Fondement de la Connaissance. Talmud de Babylone traité Bérakhot 31-b.
La Kabbalah, la Sagesse Esotérique, plus exactement l'étude relative à la partie profonde de la Torahécrite, est essentiellement centrée sur l'étude de "l'Oeuvre de la Création" appelé Mahassé Béréchit. L'origine du terme "Kabbalah" provient du verbe hébraïque "lékabel" ou recevoir, dans le sens de transmission. Les deux grands thèmes appelés : Mahassé Merkava - l'Oeuvre du Char céleste, et Mahassé Béréchit - l'Oeuvre de la Création, constituent les sujets fondamentaux de la "sagesse et science ésotérique hébraïque" qui ont été reçus et transmis au sein du peuple d'Israël, de Maîtres à disciples durant des générations. Les grands ouvrages fondateurs des sources de la Kabbalah sont le Séfer Yétsirah et le Zohar.
L'étude de ces sagesses étaient essentielles pour atteindre le niveau de Prophète et que ce révèle "l'Esprit saint", le Rouah ha-Kodech. La complexité de ces sujets, dont la profondeur des mystères de la Création du monde par Dieu ainsi que la formation des mondes spirituels, font de la mystique hébraïque une science réservée à une élite, dont seuls les Sages et les érudits les plus initiés peuvent s'y adonner. Malgré ce que rapelle le Rambam, à savoir que ; « Les Sages des premières générations ont recommandé de ne pas diffuser ces sujets en public », l'étude de la Kabbalah a toujours été maintenu et ses textes connus de nombreux commentaires. De nos jours ceux qui accèdent à un tel niveau de connaissance sont appelés les Mékoubalim, les kabbalistes("Mékoubal" au singulier ou kabbaliste). Cependant cette appellation est plus tardive dans l'histoire du peuple juif, elle apparaitra vers le XVIème siècle et ne sera utilisée que pour nommer certains grands maîtres.
Les Enseignants du Talmud émettent de sérieuses mises en garde quand à l'étude des sources ésotériques. Celle-ci ne doit être abordée qu'après avoir acquis une maîtrise parfaite des sources de la Loi orale, la Michnah et le Talmud de Babylone. Aussi, l'étude de la Kabbalah ne peut être aborder sans une connaissance profonde de chacune des lettres qui composent la Langue Sainte et du sens des mots dans les quatre niveaux d'interprétations de la Torah écrite. A ce sujet raby Hakiva enseigne : "que ce sont avec les combinaisons des 22 lettres hébraïques que le monde fut créé". Aussi, raby Yéhoudah au nom de Rav précisera à propos de Betsalel, celui qui fut choisit par Dieu pour fabriquer l'Arche Sainte, que : « Betsalel savait comment combiner les lettres avec lesquelles les Cieux et la Terre ont été créés ». Bien évidement, son approche nécessite un respect scrupuleux de la pratique des ordonnances de la Torah, les Mitsvoth, et ne pourra être étudié qu'avec l'éclairage d'un Maître, lui-même versé dans ces sagesses.
La connaissance de "l'Oeuvre du Trône divin", tirée de la vision prophétique d'Ezéchiel, représente l'étude fondamentale relative à la connaissance du Tout-Puissant. A ce propos les sources de la Hassidout développent l'idée directrice de l'immuabilité de l'Essence du Créateur, avant la création du monde comme après la création du monde. Rien de tout ce que l'univers recèle, dans le macrocosme comme dans le microcosme, n'apporte le moindre changement en Lui, béni soit-Il. Et la Torah d'affirmer : Heïn Hod Milvado - "Rien n'existe en dehors de Lui". Deutéronome 4-35. Dieu est à la fois le commencement et la finalité de toutes choses. C'est Lui qui a créé la matière à partir du néant, c'est Lui qui a créé l'univers : « Au commencement », c'est-à-dire, à un moment dépendant uniquement de Sa Volonté ; « Au commencement, Dieu créa les Cieux et la Terre ». Genèse 1-1.
Le "Lachon ha-Kodech" ou la Langue Sainte.
La Langue Sainte, langue de la Création et de la Torah.
Le Lachon ha-Kodech, soit la Langue Sainte, est l'expression de la forme verbale et orale avec laquelle Dieu, l'Eternel, se révèle aux hommes qui se sont élévés au rang de Prophète par les voies de la Prophétie. C'est dans cette langue que Dieu parla à Adam, aux Patriarches, à Moïse, au peuple Hébreu au moment duDon de la Torah, ainsi qu'aux Prophètes : "kol ha-Torah bé-lachon ha-kodech néémra - la Torah, dans sa totalité, fut prononcée en Langue Sainte". Talmud de Babylone traité Bérakhot 13-a. L'expression kodech traduit à tort par le mot "sainte" prend ici le sens de "mouvdal", de séparer et d'élever, en comparaison aux autres langues qui sont considérées comme profane.
Toutefois, il est important de distinguer la forme orale de la Langue Sainte avec sa forme écrite et sa translittération. La transcription de la Langue Sainte s'écrit de droite à gauche et sa construction écrite est composée de 22 otyiot, les 22 caractères de l'alphabet hébraïque : "Moïse se tourna et descendit de la montagne, les deux Tables du Témoignage dans sa main ; elles étaient écrites des deux côtés, d'un côté comme de l'autre, elles étaient écrites ; ces tables étaient l'œuvre de Dieu, l'écriture était l'écriture de Dieu, elle était gravée sur les tables.. ". Exode 32 15-16 Raby Hakiva enseigne : « C'est par les 22 lettres hébraïques que les Cieux et la Terre furent créés ». Et c'est également en écriture achourit que fut écrite la Torah écrite : "l'écriture achourit, c'est la Langue Sainte". Rachi sur Talmud de Babylone traité Méguilah 8-b. A ce même propos, lors des débats relatifs à la Création, les Sages du Talmud soulignent que c'est en Langue Sainte que fut créé le monde par la "Parole de Dieu" : « par Dix Paroles fut créé le monde - les Hasséreth ha-Dibrot ». Talmud de Babylone traité Haguiga 12-a Ces 10 Paroles, dites de façon ininterrompu et perpétuelle, sont citées dans le Ier chapitre du livre de la Genèse et sont introduites par 9 expressions qui commencent par : « Vayomer – Il a dit.. ». Aux quelles il faut inclure la première phrase du Pentateuque : « Au commencement Dieu créa…etc ». Talmud de Babylone traité Méguilah 26 LeZohar, les sources ésotériques hébraïques, enseigne : « Dieu a lu dans la Torah et a créé le monde.
Dans la Kabbalah il est écrit : "c'est par 32 chemins que Dieu forma le monde". Séfer Yétsirah 1-1. Ils sont les 10 SéFiRot, les 10 émanations spirituelles par l'intermédiaire desquelles les mondes furent créés et par le canal desquelles Dieu se révèle aux créatures et donne vie, et les 22 lettres de l'alphabet hébraïque. Ces dernières sont considérées comme séparées et élevées du fait de leur origine divine, et leur figure géométrique structurelle sont le sujet d'études mystiques. Son approche nécessite une grande érudition dans tous les domaines de la Torah orale et écrite, ainsi que des dispositions spirituelles et intellectuelles.
Ces enseignements très profonds, pour lesquels il est recommandé de les étudier uniquement avec un maître, font partie des sciences de la Sagesse Esotérique hébraïque, la Kabbalah. L'instruction comme la compréhension de la Langue Sainte se fonde sur l'association des connaissances liées à l'assemblage des lettres, à la construction des mots et des phrases, ainsi qu'à leurs sens en tous emplois et conjonctures. Chacune des lettres et chacun des mots ont une exégèse et une construction identitaire liées à leur niveau d'interprétation.
La Langue Sainte est aussi dite Langue biblique. C'est en Langue Sainte, en écriture "achourit", que furent écrits les livres du Tanakh, soit le Pentateuque, les Prophètes et les Hagiographes, ainsi que la Michnah, premier codex des lois juives. Elle se dit également Langue "tanaïtique", du nom des Enseignants des générations desTanaïm. De même les sidourim, les livres de prières sont en Langue Sainte.
L'écriture "achourit" et l'écriture "hyvrit"
L'écriture achourit, soit le ktav achourit, est constituée des caractères hébraïques avec lesquels sont écris les Sifré Torah (Séfer Torah au singulier) ou Rouleaux de la Torah, depuis Hézra le scribe à nos jours. Raisons pour lesquelles cette écriture est qualifiée d'Ecriture sainte. Cependant, c'est en écriture achourit que Moïse écrivis le Séfer Torah qui fut rangé dans l'Arche Sainte aux côtés des Tables de la Loi. Puis, suite aux multiples péripéties, exils, et dangers que connu le peuple d'Israël, le roi Josias en son temps avait du caché le Rouleau de la Torah qu'avait écrit Moïse. Depuis, l'écriture sainte, le Langue Sainte, avait été complètement délaissée et oubliée du peuple jusqu'à qu'Hézra engage des réformes, lors de la période du second Temple de Jérusalem. C'est suite à se renouvellement que l'écriture achourit fut instituée, codifiée et étudiée dans ces moindres détails, puis de nouveau enseignée auprès de tout le peuple. En parallèle, les maîtres de cette génération portent aussi le nom desofrim - les scribes, pour deux raisons : 1) pour avoir été à l'origine des premières écoles de formation de scribes - se dit sofer au singulier, ceux qui auront désormais la charge sacrée d'écrire les Rouleaux de la Torah, les parchemins des Mézouzot et des Téphilines selon les lois d'écriture. 2) parce qu'ils avaient compté toutes les lettres de la Torah, le mot "sofrim" prend également sa racine dans le verbe "lispor" ou compter. Il y a aussi deux raisons pour lesquelles cette écriture porte le nom de ktav achourit : 1- la racine du nom achourit est tirée du mot "yachar" ou droit. Ces caractères ont la particularité d'être clair et bien distincte les unes des autres. La deuxième raison provient du fait que cette écriture avait été complètement oubliée du peuple suite aux exils des 10 tribus hébreux par les assyriens – les achourim, et suite la destruction du premier Temple de Jérusalem. Et que celle-ci fut à nouveau utilisée et populaire lors du retour des exilés de l'empire assyrien sous Hézra, d'où le nom ktav achourit ou écriture assyrienne. Talmud de Babylone traité Sanhédrine 25 - 22.
Durant les siècles antérieurs aux réformes d'Hézra et des Hommes de la Grande Assemblée, les hébreux avaient l'usage d'utilisé le ktav hyvrit ou l'écriture hébreu. Cette écriture est également appelée ktav libona. Ces caractères, notamment leurs formes, sont différentes de l'écriture achourit, n'ont aucun rapport avec l'Ecriture sainte, et sont l'antique écriture des sémites connue depuis les Patriarches. (photo ci-contre) Lors de la période du premier Temple de Jérusalem, l'écriture achourit ne fut plus utilisée pour diverses raisons, mais aussi du fait de sa sainteté. Même les Rouleaux de la Torah, avec lesquelles étaient lues les lectures publiques durant toute cette période, étaient écris en écriture hébreu. Aussi, c'est à l'aide de cette écriture qu'étaient écris les livres de Torah à l'usage des étudiants. Cette écriture était également la plus répandue et utilisée pour le profane. C'est suite au voyage du Ramban en Terre sainte que nous connaissons l'écriture hébreu. Celle-ci était toujours connue desSamaritains qui y vivaient. Lors d'une rencontre à Acre, ces derniers l'avaient aidé à traduire une pièce antique en argent que possédaient des vieux juifs. Sur l'une des faces était représenté le bâton en boit d'amandier d'Aharon et écris « chékel Israël ». Sur l'autre était dessiné un pot de manne avec écris « Jérusalem la Sainte ».Le Ramban, à la fin de son commentaire sur la Torah.
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