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Après avoir refusé l’offre américaine d’accord nucléaire, les Iraniens cherchent de nouveaux alliés. Les Turcs semblent favorables à cette alliance périlleuse mais lucrative.
25.11.2009 | Meir Javedanfar | The Guardian
http://www.courrierinternational.com/article/2009/11/25/khamenei-fait-du-pied-a-la-turquie
Le gouvernement iranien a décidé de reprendre l’initiative et de chercher un nouveau partenaire pour remplacer la Russie. A en juger par le récent échange de visites entre Téhéran et Ankara, il semblerait que Khamenei a trouvé un interlocuteur bien disposé en la Turquie. Mais, à la différence de la Russie, les Turcs n’ont pas de droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, leur cote au Moyen-Orient et dans le monde musulman est en hausse certaine. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, est considéré de plus en plus comme un défenseur crédible des intérêts arabes et musulmans. Dans la rue, beaucoup de gens respectent son autorité parce qu’il a été élu à la suite d’un scrutin réellement démocratique. On ne peut pas en dire autant du président égyptien, Hosni Moubarak, ni du roi Abdallah d’Arabie Saoudite, qui ont décroché leur poste de façon bien peu démocratique.
Les relations qu’entretient Erdogan avec les Etats-Unis et l’Europe jouent également en sa faveur. Même s’il s’est rapproché récemment de ses voisins musulmans dans la région, il n’a pas coupé ses liens avec l’Ouest, jouant avec habileté sur les deux tableaux. De plus, ses rapports avec les Etats-Unis ne reposent pas sur une faiblesse de la Turquie. Il a déjà résisté aux pressions américaines et a même refusé une promesse de 6 milliards de dollars [4 milliards d’euros] d’aides et de 20 milliards de dollars [13,3 milliards d’euros] de garantie de prêts parce que l’accord ne lui convenait pas. Ses attaques verbales contre Israël après la dernière guerre de Gaza ont aussi certainement contribué à lui donner une bonne image dans la région.
Maintenant que Khamenei a rejeté l’offre nucléaire de Barack Obama, il doit penser que les risques de sanctions sont plus grands. Il lui faut donc changer de stratégie pour affronter les difficultés qui l’attendent. Une solution est de transformer son bras de fer avec Obama en une nouvelle confrontation Est-Ouest. Si l’on en croit le débat télévisé organisé récemment au Qatar et diffusé dans plusieurs pays, débat où le programme nucléaire iranien a été discuté par plusieurs analystes du Moyen-Orient, la position de Khamenei suscite incontestablement la sympathie. Pour beaucoup dans la région, le programme nucléaire iranien est le seul moyen de contrer la supériorité d’Israël dans le rapport de forces. C’est une stratégie qui a des chances de réussir. Par ailleurs, la popularité croissante d’Erdogan dans la région ainsi que l’embellie dans les relations de Téhéran avec le gouvernement turc permettraient à Khamenei de renforcer sa propre position lorsque les temps seront durs. Il sera également aidé par l’absence de progrès dans le processus de paix israélo-palestinien.
Autre question : la centrale nucléaire de Bushehr [dans le sud-ouest de l’Iran]. La Turquie ne peut pas mettre ce réacteur en service. Seule la Russie peut le faire. Tourner le dos à Moscou risque de nuire encore davantage à cet important et onéreux projet. Khamenei pourrait peut-être prendre exemple sur les Turcs et, au lieu de remplacer constamment un allié par un autre, apprendre à équilibrer ses alliances.
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