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La femme d’Oussama ben Laden raconte
l’émergence du monstre |
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« L’émergence d’un monstre » aurait fait un titre parfaitement adéquat pour le livre écrit par Najwa, la première femme d’Oussama Ben Laden. Dans cet ouvrage, qu’elle a choisi
d’intituler « Grandir comme un Ben Laden », celle-ci y relate ses années passées aux côtés de l’immonde cerveau d’Al-Qaida. Ce livre dépeint ainsi l’homme, le père, le mari… trois
rôles auxquels Oussama Ben Laden a indubitablement échoué. Co-écrit avec le quatrième des onze fils de Najwa, Omar, ainsi que Jean Sasson, un auteur américain s’intéressant
particulièrement au sort des femmes au Moyen-Orient, il devrait sortir aux Etats-unis à la fin du mois.
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Najwa est la première femme d’Oussama Ben Laden. Cousine du terroriste, elle le rencontre pour la première fois alors qu’elle est âgée de sept ans et lui de neuf ans.
En 1974, elle épouse alors ce fils d’un riche saoudien, doué pour l’équitation, l’anglais ou l’arithmétique, alors qu’elle a
tout juste 15 ans.
À peine mariés, ils partent vivre à Jeddah, en Arabie Saoudite. Alors que Najwa menait jusqu’alors une existence plutôt
« libérale », elle est forcée de porter le « voile redoutable » ainsi que des robes couvrant l’ensemble de son corps. Sa scolarité est interrompue, ses leçons de
tennis annulées, et ses œuvres d’art oubliées…Dès lors Najwa est réduite à une unique tâche : enfanter. Elle est ainsi pratiquement tout le temps enceinte, Ben Laden considérant que
l’Islam a besoin de combattants.
L’existence de Najwa se résume alors à vivre prisonnière de ce monde où les femmes ne sont pas autorisées à quitter la maison,
où les fillettes de douze ans sont mariées à des terroristes d’Al Qaida de plus de trente ans et où les sujets de dispute sont aussi sordides que : « l’islam autorise-t-il les
réfrigérateurs ? ».
« Mon père interdisait à ma mère de mettre en marche l'air conditionné que les ouvriers avaient installé dans notre
immeuble », témoigne Omar Ben Laden. « Il lui interdisait aussi d'utiliser le réfrigérateur ».
La climatisation, la télévision, les appareils téléphoniques... sont interdits par Oussama Ben Laden. Les jouets offerts aux
enfants sont aussi interdits.
Pourtant, Ben Laden lui-même ne se refuse rien : il s’offre de puissantes cylindrées, dont au moins une Mercedes couleur
or.
« Il n'aimait rien tant que de prendre une journée entière pour faire des pointes de vitesse dans le désert au
volant d'un de ses bolides », explique sa première femme qui révèle aussi que le commanditaire des attentats du 11-Septembre... a la main verte et une prédilection pour la culture du
maïs et des tournesols. « L'activité favorite d'Oussama, c'était de cultiver la terre », affirme l'ex-madame Ben Laden.
Et pendant que son mari s’essaye à toutes sortes d’activités, Najwa, elle, vit dans une « purdah », ce lieu où les
femmes ne côtoient que des membres de leur famille. En presque trente ans de mariage, l’épouse de Ben Laden ne sort de chez elle que pour rendre visite à des parents proches ou pour
déménager.
C’est donc cette femme dont la vie conjugale est devenue synonyme d'enfer qui raconte comment son mari qu’elle imaginait être
un garçon « consciencieux et sérieux » s’est transformé en un véritable monstre.
La date charnière du cheminement d’Oussama Ben Laden vers l’intégrisme, c’est 1979. Cette année-là, peu après la révolution
iranienne qui porte l'ayatollah Khomeini au pouvoir, le couple Ben Laden se rend aux Etats-Unis. À Los Angeles, Oussama rencontre son maître à penser, le cheikh palestinien Abdullah
Azzam, qui appelle les volontaires à rejoindre les rangs du Jihad en Afghanistan pour lutter contre les Soviétiques. Ben Laden répond à l'appel.
À son retour en Arabie Saoudite, Ben Laden est accueilli en héros car ayant combattu contre les Soviétiques en Afghanistan.
Ses différents avec la famille royale commencent à se faire sentir : l’Arabie Saoudite refuse l’aide militaire et laisse les Américains libérer le Koweït.
« La goutte d’eau qui a fait déborder le vase c’est quand mon père a vu des troupes militaires américaines composées de
femmes sur le sol saoudien », écrit Omar.
À la maison, d’ailleurs, son attitude se radicalise davantage. Par exemple, interdiction est faite à ses enfants de "montrer
trop de dents" lorsqu'ils rient, écrit Omar Ben Laden.
Il les oblige à passer des nuits dans le désert avec le seul sable pour protection contre le froid. Et, histoire de leur
forger le caractère, il envoie ses fils en randonnée en montagne, sans gourde...
Entre temps, la pression monte, et Oussama Ben Laden, est sommé par le roi de s’exiler au Soudan. Après quelque temps au
Soudan et des tentatives d’assassinat, la famille Ben Laden en est renvoyée.
En 1996, Oussama trouve refuge auprès des talibans et établit un camp dans les montagnes de Tora Bora. Najwa doit alors
cuisiner pour ses dix enfants au seul moyen d’une gazinière portable. Ses enfants doivent dormir sur des matelas en coton à même le sol, témoigne-t-elle.
Ce petit séjour dans les montagnes est l’occasion pour Ben Laden d’apprendre à ses progénitures l’art de l’attaque suicide.
« Vous voyez les enfants, il y a un papier sur le mur de la mosquée. Ce papier est pour les hommes qui sont de bons musulmans, des hommes qui veulent être des kamikazes », se
souvient Omar.
Un des fils de d’Oussama Ben Laden court d’ailleurs marquer son nom sur ce fameux papier à la mosquée et son père ne l’en
empêche pas. Et quand Omar désapprouve avec colère ce que dit son père, ce dernier lui répond : « Tu n’as plus de place dans mon cœur tout comme n’importe quel homme ou
garçon dans le pays entier ».
Un jour Omar demande : « Papa, quand est-ce que la guerre (le Jihad) et cette tuerie vont se
terminer ? ». Et Oussama de lui répondre : « Demanderais-tu à un musulman quand il s’arrêtera de prier ? Je me battrai jusqu’au jour de ma mort ! Je me
battrai jusqu’à mon dernier souffle ! Je ne m’arrêterai jamais de me battre pour que justice soit faite ! je n’arrêterai jamais le Jihad ! »
À propos d’Israël et des Etats-unis, Omar se rappelle les propos de son père : « Rappelle-toi : les Etats-unis
et Israël forment une bicyclette avec deux roues. La roue en bois représente l’Amérique ; celle en acier c’est Israël. Omar, Israël est la plus grande puissance entre les deux. Est
ce qu’un général attaque en premier l’ennemi le plus fort ? Non, il se concentre sur l’ennemi le plus faible ».
Face à l’extrémisme de son mari qui tente d’embrigader ses fils, Najwa décide de fuir avec le « consentement »
d’Oussama ben Laden. Najwa n’a cependant jamais pu divorcer de Ben Laden bien que vivant séparée de lui. Elle se rend en Syrie avec trois de ses enfants et découvre l’horreur du
11-Septembre.
Depuis, Najwa n’a pas parlé à son mari. Omar a lui rejeté son père, il fait des demandes pour vivre en
Angleterre.
À travers son récit, Najwa refuse de critiquer ou de défendre Oussama Ben Laden. Elle se contente de raconter : le
terrorisme était le métier de son mari, son rôle à elle était de tenir la maison.
Néanmoins, au regard des attentats du 11 septembre et des 2991 vies perdues, elle ne peut s’empêcher de déclarer :
« Je peux juste penser et ressentir les choses avec un cœur de mère. Pour chaque enfant perdu, un cœur de mère souffre de la peine la plus profonde qui soit. D’aucuns ne pourront
voir leurs garçons devenir des hommes. D’aucuns ne pourront voir leurs filles devenir des femmes ».
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