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La poussée de l’hégémonie apocalyptique iranienne puise son carburant dans les estimations attentistes de l’Occident
Par Marc Brzustowski
Pour © 2010 lessakele et © 2010 aschkel.info
Dans un article du 25 août d’Il Foglio, l’éditorialiste Farian Sabahi décrit une facette méconnue de la lutte à mort pour la maîtrise des leviers du pouvoir en Iran, qui s’est instaurée entre la classe vieillissante des mollahs et la garde noire des nationalo-islamistes autour d’Ahmadinedjad. Nous nous sommes accoutumés à une vision bipolaire du combat du peuple iranien, derrière le « mouvement vert », contre les élections tronquées de juin 2009. Mais la « révolution » en cours n’est peut-être pas celle que, confortablement, nous attendons. En coulisse, en effet, fort de son élection et de ses réseaux d’influence, de renseignement et de répression, Ahmadinedjad aplatit nombre de ses adversaires directs qui l’éloignent encore d’une présidence dictatoriale phagocytant l’ensemble de la structure dogmatique iranienne. Au milieu de cette tempête, alimentée par de nouvelles avancées technologiques exhibées à grand renfort de propagande, le Guide suprême Ali Khamenei tente désespérément de restaurer la figure de l’autorité et d’arbitrer entre les clans :
derrière les sourires et réconciliations de façade, Ali Larijani, qui préside le corps parlementaire, se plaint du fait que Mahmoud Ahmadinedjad paralyse l’activité du Majliss et que ses alliés se moquent éperdument de la politique économique gouvernementale. Ahmadinedjad ne manque jamais une occasion de rabaisser l’ancienne classe dominante et les habitudes de vie jugées décadentes des vieilles familles cléricales, qu’il tance comme hypocrites et corrompues.
Ali Akbar Velayati, critique à l’égard d’Ahmadinedjad et l’un des proches conseillers de Khamenei, en visite à Damas, le 9 août, laisse entendre que l’Iran serait disposé à négocier avec l’Occident son programme nucléaire. La semaine suivante, un communiqué des Affaires étrangères corrige le tir et rétablit que Téhéran n’a nullement l’intention de participer à la moindre négociation. La journaliste Farian Sabahi d’Il Foglio y voit le reflet de la confusion régnant au sommet. Mais, le clan de la Présidence iranienne a, surtout, appris à manipuler ses adversaires du cénacle pour entretenir l’illusion que la politique d’ouverture d’Obama, couplée aux sanctions et au désordre au sein même du gouvernement iranien finiront par faire fléchir un pouvoir, finalement, « rationnel ». Ahmadinedjad n’a donc plus besoin de « souffler le chaud et le froid », pour se consacrer entièrement et ouvertement à son projet d’emprise sur les manettes de commande de l’appareil iranien. Il peut sereinement allumer la mèche, parachever Bushehr, vanter les capacités controversées du drone Karrar, sorte de bombardier sans pilote d’une portée de 900 kms, inaugurer de nouveaux prototypes d’embarcations rapides dotées des torpilles les plus véloces et indétectables du marché, annoncer la conquête prochaine de l’espace par l’Iran ou perfectionner ses missiles Fateh-110 à destination du Hezbollah. Rien ni personne ne s’y oppose, et surtout pas l’Occident, tant que subsistent des éléments conservateurs et autoritaires, mais réputés n’être pas complètement fous, qui font office de paravent.
Transformations technologique et politique avancent par pair et, sur les missiles des Pasdaran, deux mots sont peints en couleur sang : « révolution », sur une face, et « Mahdi » sur l’autre face. La fuite en avant lancée par le mouvement idolâtrant Ahmadinedjad se veut être celui de l’accomplissement messianique d’une révolution trop molle incarnée par le Guide Suprême, le Conseil de Discernement et toutes les autres familles politiques issues de l’ère Khomeiny. Ses séides, inspirés de la secte Ojjatieh, ne laissent place à aucune hésitation. Mais ils ne font pas que réprimer les faibles, ils cherchent à redorer l’image du Président, maculée du sang versé dans les rues, depuis l’été dernier. L’ésotérisme anticlérical et la stimulation constante de la fierté nationale, couplée à la lassitude face à l’impuissance des dirigeants des « Verts », comme celle des conservateurs à réfréner la percée des ultra-radicaux, tracent la voie vers l’accession à une forme de présidence populiste et totalitaire, sans espace de contestation possible. Zarah Rahnavard, la femme de Mir Hossein Mousawi peut, alors, bien répéter à l’envi le refrain préféré des Occidentaux : « Le gouvernement est sur le point de s’effondrer ». Les fidèles d’Ahmadinedjad, comme son richissime chef de cabinet, Esfandiar Rahim Mashaei sont en embuscade, envoyés en émissaires auprès des expatriés, organisant des banquets, pour diffuser la nouvelle image de leur leader. Mashaei se montre imprévisible, au point que certaines le prennent parfois pour un « modéré », lorsque d’autres pensent qu’il est le véritable idéologue derrière la stratégie de son maître. Il sait parfaitement faire sensation, aussi bien auprès de la diaspora que des déçus du « mouvement vert » à reconquérir, quand il se fait fort de diffuser l’Islam iranien à travers le monde, plutôt que promouvoir l’identité islamique en tant que telle.
Cette guerre interne pour le pouvoir suprême se joue plus dangereusement, lorsqu’on sait que chacune des factions dispose de cellules de renseignement rompues à l’accès aux secrets nucléaires les mieux gardés. D’après Debkafile, deux jours après l’inauguration de Bushehr, les hommes du Ministère du renseignement, aux ordres du guide suprême ont fait irruption dans un luxueux appartement du quartier très réservé des hauts dignitaires des Pasdaran, Shaïb Babaee, face aux bureaux des Gardiens de la Révolution. Dans un salon, le M.O.I.S a découvert tout un système sophistiqué d’écoutes et de micro-caméras surveillant les allées et venues depuis les bureaux d’en face. Quittant le lieu de leur collecte de ces moyens d’espionnage, des hommes en civil se sont jetés sur eux pour leur arracher les objets de leur quête. Ils ont alors dû se barricader dans les locaux et appeler du renfort.
Mais les véhicules arrivant à la rescousse ont été arrêtés par les barrages gérés par d’autres hommes en civil et en armes. Les deux factions d’espions se sont alors copieusement tiré dessus, autour des bâtiments et depuis les appartements, sans qu’on sache précisément le nombre de victimes qui en a résulté. Lorsque les hommes du Ministère se sont aperçus qu’ils avaient affaire aux agents de renseignement des Pasdaran, ils ont cherché à se débarrasser du matériel collecté dans les toilettes. Ce n’est que plus tard qu’ils ont découvert que ces technologies avaient été discrètement infiltrées par une troisième agence secrète appelée Shaid Fahmideh, qui ne répond directement que de Khamenei en personne et de l’administration nucléaire des gardiens de la révolution. Le directeur de la branche du renseignement des Pasdaran, Hossein Taeb et Mojtaba Khamenei, le fils du Guide Suprême en avaient supervisé personnellement l’installation.
Ces incidents révèlent la mutuelle suspicion et la défiance qui animent chaque faction des services clandestins, selon qu’ils réfèrent à Khamenei, aux Gardiens de la Révolution ou à la clique d’Ahmadinedjad. Chacune soupçonne l’autre de trafiquer les secrets nucléaires pour faire avancer ses propres intérêts, voire de les vendre à l’Occident, de façon à s’acheter de l’influence dans les dispositifs de pouvoir politique et militaire.
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