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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 17:59

Léopold Zunz

(1794-1889)

un parcours de fidélité et de lutte érudite

en faveur du judaïsme

Par Sacha Bergheim
 

 

10. August/Moritz Daniel Oppenheim Portrait Leopold Zunz.jpeg
moritz_daniel_oppenheim_portrait_leopold_zunz

Issu d'un milieu modeste, petit-fils par sa mère d'un hazzan, Yomtob Lipman (germanisé en Leopold) Zunz incarne à lui seul les efforts des érudits juifs allemands du 19ème siècle pour obtenir une reconnaissance universitaire du judaïsme comme objet d'étude.

 

Formé initialement au Bet midrash qu'ouvre son père à Hamourg, Zunz se rend à 9 ans, à la mort de son père en 1803, à la Samson Freischule de Wolfenbüttel où il suit un enseignement traditionnel en compagnie notamment du futur historien Isaac Markus Jost.

 

Il se rend ensuite à Berlin où il entreprend des études de philologie classique, discipline auprès des professeurs Boeckh et Wolf. C'est dans ce contexte qu'il participe aux premiers travaux de la Wissenschaft des Judentums en publiant son premier essai : A propos de la littérature rabbinique.

Pour subvenir à ses besoins, il dirige une école juive, avant de soutenir sa thèse à l'université de Halle sur le Sefer haMa'alot de Shemtov ihn Falaqera.

 

Un an plus tard, en 1822, il publie un essai intitulé Salomon Ben Isaac, Rashi, dans lequel il relève le rôle de Gershom Ben Yehuda dans la formation du maître Rashi et le rôle de la première croisade et de l'exclusion culturelle par les Chrétiens dans certains passages. Une méthode critique historique qu'il développera tout au long de sa vie.

Leopold Zunz on his 90th birthday, 10 August 1884.

Critique de l'insubordination des membres des communautés juives, de l'exécution servile des lois cérémonielles, mais aussi de l'empressement de nombreux de ses frères à se fondre dans l'environnement chrétien, Zunz cherche une voie entre d'une part l'othopraxie incarnée par le judaïsme polonais dont il estime qu'il participe à l'exclusion des Juifs de la vie en société, et d'autre part l'assimilation prônée par Samuel Holdheim dont il désapprouve vigoureusement le projet d'abandon du Talmud.

 

Sa vie reflète non seulement les difficultés d'un savant juif à pouvoir enseigner dans l'Allemagne du 19ème siècle, mais aussi le dilemme suscité par l'ouverture des portes du ghetto.

 

À quelles conditions préserver le savoir juif en l'absence du cadre traditionnel de transmission devenu selon lui obsolète et dépassé ?

 

* * *

 

« Une jeunesse nouvelle doit être mieux préparée pour la Maison de D. et y poursuivre son éducation religieuse afin qu'un souffle nouveau vivifie et ranime ses structures vermoulues. »

 

La Science du Judaïsme se voulait un projet de restauration de la vie juive contre l'indifférence juive – suscitée selon lui notamment par la sclérose rituelle – et contre l'hostilité ambiante qui conduisait de nombreux Juifs à la conversion.

 

Il entame alors ave Eduard Gans, Immanuel Wohlwill et d'autres Juifs berlinois un projet érudit de fondation d'une Science du Judaïsme avec la finalité de révéler au monde des savants l'ancienneté et l'importance de la participation juive au progrès de la connaissance.

 

Son encyclopédie étudie sept sciences principales à partir desquelles s'établissent des projets de recherche diversifés, sous l'égide de l'histoire :

« Notre science doit s'émanciper de la tutelle des théologiens [d'une lecture religieuse de l'histoire, NDT] et s'élever au niveau de l'examen purement historique. »

 

On compte les sciences naturelles, la technologie, l'esthétique, les sciences politiques (avec notamment une étude comparée des terminologies juridiques entre le droit hébraïque, le droit romain et le droit grec), et les sciences historiques et linguistiques fondatices du coeur de l'identité juive.

Cela inclut des sciences d'appoint comme la lexicographie de l'araméen et de l'hébreu ou encore la paléographie.

 

La science religieuse repose sur l'étude de la liturgie, des rites tout autant que sur l'examen des dogmes et de la théologie.

 

Zunz relevait ainsi que

« Seuls le Shma, la Tefilla et quelques bénédictions, des louanges, des hymnes et des pétitions privées remontent à la période des Soferim, de la Mishna et du Talmud. Tout le reste, à savoir les piyytuim, les slihot, les qinot proviennent de l'époque des Geonim, des Paytanim et de la première génération des rabbins. »

 

* * *

 

En 1836, Zunz écrit Les Noms des Juifs, un opuscule destiné au roi de Prusse Friedrich-Wilhelm III, à une époque où il était interdit aux Juifs de porter des noms allemands sans être convertis.

 

L'objectif de Zunz était d'amener à une reconnaissance de l'égalité des droits et à l'abandon des discriminations par le biais d'une légitimation scientifique des matières juives.

 

« L'égalité des Juifs dans la vie et les moeurs sera le résultat de l'égalité de la science du judaïsme avec les autres sciences. »

 

Confronté au refus des autorités allemandes d'établir des chaires d'études juives, précisément parce que juives, Zunz verra également ses projets d'obtention d'une chaire de philologie classique refusée en raison de sa judéité.

C'est d'ailleurs en raison de ces discriminations qu'au cours du 19èmesiècle s'est développé en Allemagne un enseignement privé juif associant matières religieuses et matières profanes.

 

Zunz sera ainsi directeur du Lehrseminar de Berlin, après avoir tenté de devenir rabbin.

Après l'obtention d'une hattarat hora'a accordée par Aaron Chorin, Zunz était arrivé à Pragues en septembre 1935, mais l'ambiance orthodoxe et les contraintes du poste l'ont conduit à démissioner moins d'un an plus tard, en juillet 1836, avant de revenir à Berlin.

 

Or, s'il revendique dans un premier temps le « droit de choisir en abolissant l'ancien et en intégrant le nouveau », Zunz prend conscience dans les années 1840 que c'est précisément grâce à la pratique orthodoxe que le sentiment identitaire juif a résisté aux épreuves du temps et de l'histoire.

 

Contre les réformés, il rejette alors l'abandon de la circonsion, symbole de l'Alliance, il rejette le retour au seul Tana'h exigé par les libéraux, et insistera, non plus sur la réforme rituelle, mais sur l'exigence éthique propre au judaïsme, telle qu'elle était prônée par les orthodoxes.

 

« Avant de chercher à réformer la religion, réformons nous nous-mêmes », écrit-il à Abraham Geiger.

 

* * *

 

Le parcours de Leopold Zunz illustre ainsi le dilemme des Juifs allemands pour qui le prix de la fidélité à la tradition juive, qui formait leur coeur et leur identité, était l'exclusion sociale et politique.

 

Sa traduction de la Bible en allemand – publiée en caractères gothiques – , près de 50 ans après celle de Moshe Mendelssohn – publiée en caractères hébraïques – reflète cette volonté de dialogue avec le monde chrétien ainsi que l'acquisition de la langue allemande comme condition de possibilité d'une intégration par l'éducation.

 

De façon similaire mais plus dramatique qu'en France, les Juifs du 19ème, siècle vont chercher à prouver qu'ils pouvaient par le mérite, la loyauté et l'exemplarité devenir des citoyens à part entière, jusqu'à ce qu'une barrière culturelle ne vienne à nouveau les frapper. Ce sera l'affaire Dreyfus.

 

Comme le rappelle Gershom Scholem, les penseurs juifs du 19èmesiècle ont été rapidement confronté à un dialogue de sourds. On ne compte plus les écrivains, philosophes, érudits, scientifiques juifs qui vont donner à l'Allemagne du tournant du siècle ses lettres de noblesse : Cassirer, Kafka, Zweig, Hermann Cohen,...

 

Si individuellement, certains intellectuels ou savants juifs purent, finalement, accéder à l'enseignement et ainsi participer à la société dans laquelle il se sentait citoyen à part entière, 1933 marquera un cruel rappel à la réalité.

 

Le judaïsme comme objet d'étude, de savoir et de respect n'avait pu obtenir la reconnaissance à laquelle Zunz avait consacré sa vie.

 

Mais, en réponse à son dévouement, pourrait-on dire, l'essor des études juives et la connaissance scientifique de la tradition juive lui aura finalement survécu, notamment par les travaux de savants comme Scholem, Altmann,...

 File:Berlin - Jüdischer Friedhof Schönhauser.4075.jpg


Par Aschkel - Publié dans : TORAH, TALMUD et SCIENCE - Communauté : L'Equipe J.A.G - TOP NEWS -
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