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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 20:09
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Les influences juives de Nietzsche
ou la dette (presque) oubliée.

Par Frédéric Sroussi

pour aschkel.info et lessakele




Il est temps de rappeler l'importance de la «pensée juive» dans l'histoire de la philosophie nietzschéenne. 


photophilofred.jpg 

Nous savons que Nietzsche a été profondément imprégné par «l’Ancien Testament» mais aussi très influencé - et cela est trop souvent passé sous silence- par la pensée de deux philosophes juifs.
Le premier, qu’il ne put connaître personnellement,fut Friedrich Heinrich Jacobi (1743-1819) et le second fut un ami très proche, je veux parler de Paul Rée. L’influence de la pensée de ces deux philosophes juifs (en particulier celle de Paul Rée) est honteusement sous-estimée dans l’histoire de la philosophie nietzschéenne et Nietzsche lui-même n' est pas étranger à la minimisation de l' apport intellectuel de ces deux penseurs.


On peut dire que Nietzsche a contracté une dette vis-à-vis de Jacobi et de Rée.


L’idée de 
dette est justement très importante dans la pensée de Nietzsche puisqu’elle est au cœur – comme le précise Patrick Wolting - grand spécialiste du philosophe allemand – de sa manière de «penser les relations inter-humaines au sein d’une communauté». L’auteur d’Aurore avait donc pris comme modèle –ainsi que le souligne encore Patrick Wolting– la relation contractuelle entre créancier et débiteur pour décrire les relations inter-humaines : «la faute est interprétable comme dette, idée que Nietzsche asseoit une nouvelle fois sur l’analyse linguistique». 

En effet, Nietzsche s’était basé sur la pluralité des sens du mot s
chuld qui veut dire à la fois faute, culpabilité mais aussi dette. Il est intéressant de noter que l’«astuce» linguistique que Nietzsche a utilisée pour prouver sa thèse ressemble à l’une des méthodes herméneutiques très souvent employées par les Talmudistes qui recourent depuis des siècles à la polysémie afin de créer de nouvelles exégèses à partir d’un mot qui recèle donc une pluralité de sens.

Revenons donc aux deux «créanciers» de Nietzsche pour comprendre en quoi Jacobi et Rée ont influencé, voire parfois totalement transformé la pensée de Nietzsche.

Commençons par Friedrich Heinrich Jacobi, l’auteur de la
 Lettre à Fichte a certainement marqué Nietzsche qui connaissait son oeuvre.Citons, pour se convaincre de l'influence de Jacobi sur Nietzsche, les propos du philosophe Ives Radrizzani – spécialiste de Fichte et Jacobi –
qui a écrit : «La 
Lettre à Fichte constitue un document capital pour l’histoire des idées, dont l’intérêt déborde largement le cadre de l’idéalisme allemand.
C’est en effet non seulement le texte où figure la première occurrence connue du terme «nihilisme», mais encore il est d’emblée associé à une thèse forte concernant l’essence de la philosophie occidentale, accusée d’être dès l’origine une vaste opération d’arraisonnement du réel. Nietzsche, qui dans toute son œuvre, ne cite Jacobi qu’une seule fois de façon tout à fait annexe et de seconde main, lui doit assurément beaucoup.»


Quant à Paul Rée, on peut dire que son amitié avec Nietzsche eut de grandes repercussions sur l' oeuvre future du philosophe. Paul Rée fut celui qui introduisit Nietzsche dans le «l' univers» de l’aphorisme. Ce dernier est la «marque de fabrique» de Nietzsche, à tel point que le regretté Jean-François Lyotard avait déclaré que:«l’essentiel du message de Nietzsche, c’est son style»

En fait, le philosophe Paul Rée a grandement contribué à la création du style aphoristique de Nietzsche et a aussi donné à ce dernier le goût de la psychologie (Nietzsche s’est même défini par la suite comme «psychologue».) On doit souligner l'immense différence de style entre 
La Naissance de la tragédie (1872) et Humain, trop humain (1878) dans lequel s' affirme pour la première fois le style aphoristique de Nietzsche. C’est son admiration pour son ami Paul Rée qui amena donc Nietzsche à se tourner vers cette forme littéraire.


Paul Rée était en effet un admirateur des maîtres français de l’aphorisme tels que Chamfort et surtout La Rochefoucauld dont les 
Maximes étaient le livre de chevet. Paul Rée s’était déjà essayé à l’écriture d’un livre d’aphorismes en publiant en 1875 son œuvre maîtresse, Observations psychologiques (on notera une nouvelle fois avec attention que le livre de Rée traite de psychologie, discipline qui sera par la suite au cœur de l’œuvre nietzschéenne). Nietzsche fut emballé par le livre de Paul Rée qu’il loua avec vigueur. Dirk R. Johnson expliqua que «Nietzsche fut introduit à une tradition culturelle autre que germanique, en particulier celle des moralistes français, grâce au cosmopolite Paul Rée qui vécut en France».


On peut même aller plus loin puisque certains aphorismes de Nietzsche dans
Humain, trop humain(1878) sont presque des répliques exactes des aphorismes écrits par Rée dans Observations psychologiques (1875). En effet, Rée a écrit qu’«Il est plus facile de s’abstenir des plaisirs sensuels plutôt que de les vivre avec modération», Nietzsche, quant à lui, écrira par la suite cet aphorisme : «Il est plus facile de renoncer au désir que de le vivre avec modération…».
On peut aussi trouver «troublante» la ressemblance entre le titre du livre de Paul Rée publié en 1877,
L' Origine des sentiments moraux et celui de Nietzsche publié en 1887 et qui
s' intitule  
La Généalogie de la morale...C’est donc Paul Rée qui introduisit l’idée qu’il pouvait y avoir une approche «historique» du sens moral. 

L’influence de Rée sur Nietzsche fut si grande qu’un vieil ami et admirateur de Nietzsche, Erwin Rohde, fut tellement déstabilisé (et il ne fut pas le seul) par le changement de cap stylistique et philosophique de l’auteur de
 La Naissance de la tragédie, qu’il écrivit à Nietzsche une lettre empreinte de tristesse après la lecture de Humain, trop humain : «Je vous le dis ,mon ami, que cette surprise fut douloureuse. Comment peut-on enlever une âme et la remplacer par une autre ? Comment Nietzsche a t-il pu soudainement devenir Rée ?» (lettre du 16 juin 1878).
D' autres proches de Nietzsche telle que Cosima Wagner (fille de Franz Liszt et seconde femme de Richard Wagner) attribua à « l'esprit juif » de Paul Rée le changement stylistique et philosophique de Nietzsche...
 
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet et je ne peux que vous renvoyer au passionnant livre de Robin Small, 
Nietzsche and Rée; a star friendship, qui décrit avec énormément de brio l’influence de Rée sur Nietzsche. Ce livre fut accueilli avec beaucoup d’intérêt par de nombreuses revues philosophiques y compris par Anthony K.Jensen du Journal des études nietzschéennes.
Le problème est que Nietzsche ne cita que très peu de fois et de façon très brève son ami Paul Rée, comme il le fit d' ailleurs pour Jacobi. Nous pensons que ces oublis sont une faute (schuld) et une dette (schuld) dont la pensée nietzschéenne reste encore coupable ("schuldig")...


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Par Aschkel - Publié dans : PORTRAITS DU MONDE JUIF
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Commentaires

Vous venez d'invoquer les deux raisons les moins importantes qui peuvent témoigner de la proximité de Nietzsche au Judaïsme et surtout de son opposition "violente" à l'antisémitisme défendu par sa soeur Elisabeth Forster-Nietzsche. Paul Rée, son ami, n'a eu strictement aucune influence sur sa pensée. Et Jacobi, à peine.
Cependant N. écrit cent fois son admiration des prophètes d'Israël et j'en passe.
Malheureusement votre référence au Talmud est mal venue, puisque pour le philosophe c'est précisément le Talmud qui va "endormir" l'esprit national du Judaïsme en tant qu'eschatologie.
....et il y a bien d'autres spécialistes de Nietzsche auxquels vous auriez pu faire appel.
Quoi qu'il en soit, c'est vrai, Nietzsche HAISSAIT les antisémites, et il n'y a aucune discussion possible sur ce point.
Commentaire n°1 posté par Jacques Dabbag le 18/03/2010 à 09h50
Merci Monsieur Dabbag ! Je m' attendais exactement à ce genre de réaction de la part de personnes n' ayant qu' une connaissance simpliste de Nietzsche. Vous dites que «Paul Rée, son ami, n'a eu strictement aucune influence sur sa pensée. Et Jacobi, à peine». Avez-vous vraiment lu (ou compris) mon article ? Je démontre justement le contraire grâce aux témoignages d'amis de Nietzsche lui-même ! Ce sont des faits Monsieur Dabbag ! Nietzsche est peut-être pour vous une vache sacrée mais cela ne doit pas pour autant vous aveugler. Je n' ai jamais dit que Nietzsche aimait ou même connaissait le Talmud. Je faisais juste référence à une étonnante coïncidence…De plus vous parlez tres abusivement d' une proximité entre '' Nietzsche et le Judaïsme'' . Mais ceci est un parfait contresens ! Le Judaïsme, il n' en avait que faire ! Le Judaïsme etant une religion, Nietzsche ne pouvait pas le supporter .Est-ce que le Judaïsme prône
l' égoïsme (lire Par-dela bien et mal, par exemple) comme Nietzsche le fit sous l' influence de Paul Rée ? Je ne parle absolument pas de Judaïsme dans mon texte et vous faîtes ici une grave confusion .Oui, Nietzsche aimait parfois beaucoup les Juifs mais ses sentiments pour les Juifs etaient nettement plus complexes que ce que vous croyez naïvement. Lisez donc
l' Aphorisme 46 de L' Antechrist dont je vous cite deux extraits «Nous fréquenterions des ''premiers chretiens'' tout aussi peu que des Juifs polonais...tous les deux sentent mauvais…Prendre au sérieux une querelle de Juifs, il ne pouvait s' y opposer. Un Juif de plus ou de moins - qu' importe ?...» Naïveté et simplisme Monsieur Dabbag ! Je pense être ,à bien des egards, bien plus nietzscheen que vous mais cela ne m' empêche pas de réfléchir et d'étudier sérieusement l'oeuvre d' un penseur aussi profond qui aime tant la contradiction. Je vous conseille vivement – entre autres – la lecture du livre de Charlotte Morawski, Der Einfluss Ree auf Nietzsches neue Moralideen. Vous comprendrez mieux vos erreurs…(desole pour les problemes d' accents et de caracteres mais j' ai un probleme sur cet ordinateur)
Commentaire n°2 posté par Frederic Sroussi le 19/03/2010 à 08h21
Je vous aurais bien répondu sur le fond si la forme de votre réponse n'était pas aussi, disons...satisfaite.
Alors permettez-moi seulement, Monsieur le Professeur, de vous dire que le temps que j'ai passé sur l'étude de la philosophie nietzschéenne et sur la biographie du personnage ne me met pas vraiment mal à l'aise sur le sujet.
J'ai parlé plusieurs fois avec Gilles Deleuze de cet aspect du problème (pas une mais vingt, trente fois !). Même avec Pierre Klossowski lui-même qu'Edmond Jabès m'avait présenté. Et enfin avec Emmanuel Levinas à l'époque où on ne le visitait que très rarement dans son petit cabinet de travail de la rue Michel-Ange. Tous ces maîtres (que vous allez certainement contestés) étaient d'accord sur un point : Nietzsche avait une réelle admiration pour le "judaïsme prophétique" qu'il considérait comme le pendant oriental des pré-socratiques grecs.
Je ne me dis pas, comme vous, "nietzschéen", puisque comprendre le sens de son "principe d'individuation" c'est précisément s'interdire l'étiquette, et je ne veux pas non plus vous donner un cours; mais à vos références j'opposerais celle d'African Spir. Un philosophe juif russe pour lequel N. avait une véritable vénération ( Tolstoi aussi) et dont la philosophie était essentiellement fondée sur l'ethique prophétique d'Israël.
Je vous remercie quand même pour le temps que vous avez pris à répondre à mon petit commentaire.
Commentaire n°3 posté par Jacques Dabbag le 19/03/2010 à 09h48
C'est par le biais du Pantheismusstreit des années 1785 que Nietzsche aura accès à la pensée de Jacobi, un des Aufklärer les plus actifs dans ce débat intellectuel avec Mendelssohn, ainsi qu'à celle de Spinoza, dont l'influence est indubitable dans l'élaboration conceptuelle de la pensée de Nietsche.
Jacobi et la "querelle du panthéisme" va servir de catalyseur à la formulation de la réfutation nietzschéenne des moralismes kantien et platonicien, au profit des penseurs du corps et de l'éthique, en particulier les stoïciens et spinoza.

Pour Nietzsche, la recherche par Spinoza de connaître "ce que peut un corps" devient l'instance critique de la critique, que l'écriture de l'aphorisme, inspirée effectivement de Paul Rée, et à travers lui, des moralistes français comme La Rochefoucault, va rendre applicable au champ de la morale, en remplaçant les "impératifs" par un mouvement de l'esprit remontant jusqu'aux véritables origines des motivations de l'action. De là l'idée d'une origine, d'une généalogie de la morale.
La difficulté consiste alors à savoir si cet apport des auteurs juifs doit être perçu comme reflétant une reconnaissance d'une idée du judaïsme de la part de Nietzsche.
Si bien sûr, le prisme éditorial de la soeur (et son mari) va faire de la pensée du philosophe une apologie de la force (le bête brute blonde aryenne), cette revanche de Calliclès contre Socrate n'est pas dirigée contre le judaïsme, et à plusieurs reprises Nietzsche (en tant que fisl de pasteur) clouera au pilori l'esprit bourgeois allemand, a fortiori parce qu'il émerge d'un protestantisme issu du christianisme faisant l'apologie de la faiblesse.
La question est également délicate à évaluer du point de vue historique, dans la mesure où il était, depuis Mendelssohn, presque impossible de s'affirmer en Allemagne comme penseur juif, par là, de reconnaître une dette spécifique -mais bien présente- envers ces auteurs juifs. Quant au kantisme juif d'un Maïmon ou d'un Bendavid, il tirait sa légimité publique précisément du fait qu'il se faisait l'introducteur d'une pensée (non-juive) moderne et éclairée au sein du monde juif, avec l'objectif revendiqué de mener plus loin encore la "réforme" contre l'orthodoxie. Le vécu de Rée ou Jacobi témoigne aussi de cette volonté d'assimilation intellectuelle, si bien qu'ils n'auraient sans doute pas souhaité être relégués dans la catégorie trop souvent infamante de "juif allemand".
L'interrogation soulevée par cette influence des deux philosophes juifs pose ainsi le question de la représentation de l'identité juive dans l'espace culturel allemand à l'époque de Nietzsche, ainsi que de l'exploitation d'une pensée philosophique à des fins politiques. La critique deleuzienne contribuera après-guerre à faire sortir Nietzsche de la politique, en le faisant dialoguer avec les plus grands philosophes. Toutefois, on peut (et doit) aussi partir à la recherche des rhizomes de la pensée nietzschéenne dans des textes moins reconnus par la critique, dont font parti Jacobi ou Rée parmi d'autres.
Commentaire n°4 posté par Sacha le 19/03/2010 à 13h40
Votre commentaire n'appelle aucune contradiction de ma part sauf que je ne dirais pas aussi vite de Deleuze qu'il a fait sortir Nietzsche du politique. Il l'a "purgé" de sa lecture heiddegerienne...certes, mais ce n'est pas la même chose. Ensuite, je maintiens que l'influence de Rée, ou même de Jacobi, mais dans une moindre mesure, présente un intérêt très relatif du fait, précisément, et vous avez raison de le souligner, qu'ils pensaient en "juifs allemands", c'est-à-dire dans une relation à l'histoire que Nietzsche réfutait.
Pour les lecteurs non-spécialistes, ni philosophes, disons, en faisant court, que N. s'opposait à la pensée "juive" assimilationniste car elle relevait, in fine, du ressentiment et d'un refus bourgeois d'affirmation de soi.
L'on peut effectivement parler d'une ambivalence : il reconnaissait l'essentialité de l'apport de ces philosophes à la philosophie occidentale, mais ne comprenait pas qu'ils se déterminent selon une "ontologie de la rétention" comme l'écrira Horkheimer (ou Bloch...je ne sais plus, désolé).
Enfin, puisque nous en sommes à ce point du débat, permettez-moi de reproduire ici, mot pour pour mot, une phrase de Klossowski que j'interrogeais voilà plus de 35 ans à propos de son "Nietzsche et le Cercle Vicieux" . Je l'ai sous les yeux:
" Vous savez, mon jeune ami, on a écrit n'importe quoi sur les rapports de Nietzsche aux Juifs et ça va continuer...parce qu'au fond on n'en sait rien...ce que moi je peux vous dire c'est qu'il tourne trop autour de la question pour que ce soit innocent...peut-être se reprochait-il de ne pas l'être ?"
mot pour mot.
Evidemment le "je suis mort en tant que mon père" de Ecce Homo s'est mis à sonner différemment dans mes oreilles depuis. Généalogie de l'en-soi....
Commentaire n°5 posté par Jacques Dabbag le 19/03/2010 à 14h29
Tout d’abord je désire vous remercier, messieurs, pour vos passionnants commentaires.
Mon intention, en écrivant ce petit article, était d’abord de rendre justice à l’apport intellectuel de ces deux philosophes juifs dans la «généalogie» de la pensée nietzschéenne. Jacobi et Rée sont trop souvent oubliés et n’apparaissent même pas dans plusieurs dictionnaires et encyclopédies philosophiques. Évidemment, Sacha, vous avez parfaitement raison de souligner que Jacobi et surtout Rée «n’auraient sans doute pas souhaité être relégués dans la catégorie trop souvent infamante de ‘‘juif allemand''.» Paul Rée, en effet, rejetait ses origines juives (ce fait fut reconnu par son amie, la merveilleuse Lou Salomé, ou encore Theodor Lessing). Je voudrais juste ajouter, cher Monsieur Dabbag, que vous dites que le commentaire de Sacha n’appelle «aucune contradiction» de votre part, or Sacha a bien confirmé la thèse suivante : l’écriture de l’aphorisme (chez Nietzsche) a effectivement été inspirée par Paul Rée. Ce n’est pas rien ! Cela paraît vraiment contredire votre phrase: «Paul Rée, son ami, n' a eu strictement aucune influence sur sa pensée.» Je rappellerais encore la phrase de Jean-François Lyotard: «L’essentiel du message de Nietzsche, c’est son style».
Lyotard ajoute même que ce que Nietzsche essaye d’égaler dans ses aphorismes et sa dissipation de la grande rhétorique, c’est un modèle qui se rapprocherait d’une forme d’écriture que le grand Auerbach nomme dans Mimésis , une écriture parataxique et qui est finalement le modèle des textes bibliques.
En tous cas, je vous remercie encore cher Sacha et cher Monsieur Dabbag pour vos lumineuses contributions à ce débat.
Commentaire n°6 posté par Frederic Sroussi le 20/03/2010 à 20h45
Que la forme aphoristique soit venue à Nietzsche de Rée ou des pré-socratiques (ce qui est en réalité le cas) importe peu. Je voudrais vous dire aussi cher Fréderic Sroussi (appelez-moi Jacques) que, pour nous, juifs, ce Nietzsche est une affaire bien trop sérieuse pour convoquer Jean-François Lyotard dont le moins que l'on puisse dire c'est qu'il a peu ménager ses efforts quand il s'agissait de se tromper. Sur Nietzsche, il a excellé dans l'erreur!
Si nous nous rencontrons un jour je vous parlerai de la position de Levinas. Elle était originale, exceptionnellement originale même, et absolument inattendue. Mais le maître ne voulait rien écrire là-dessus.
Pour avoir, dans une première vie, donner moi-même un cours sur Kant et Dostoïevskii (allez savoir pourquoi...), je sais maintenant que personne mieux que les penseurs russes du début du XXème siècle n'a véritablement saisi le fond, l'essential dirait Husserl, du penseur de l'Engadine.
Ce n'est pas le lieu pour en parler...mais ne perdons pas de vue l'influence de la morale juive sur des hommes comme Berdiaev, Soloviov, Belyi, et sur Piotr Uspensky sans parler de Chestov évidemment.
Finalement, et le relisant à tête plus reposée, c'est à propos de quelques autres petits détails que je dirais à Sacha que son commentaire ne me convient plus totalement. Mais c'est sans grande importance.
Commentaire n°7 posté par Jacques Dabbag le 21/03/2010 à 00h47

Qu'on pardonne à un profane mal initié à la philosophie de se fendre d'un tel commentaire, mais auriez vous pu dans ces échanges oublier un élément essentiel de Nietzsche?

http://www.laviedesidees.fr/Solitude-gratitude.html

Si la méthode Nietzschéenne est ancrée dès le début de son oeuvre alors vos débats sont troublés dès le départ par cette réalité.

Il n'y a pas de vérités Nietzschéennes. Le renversement des valeurs des valeurs rappelle à ceux qui en doutent ici, que Nietzsche n'était pas juif dans sa pensée, et que l'amitié n'est qu'un moyen, dont la vérité doit se débarasser.

Par ailleurs, pourquoi devoir remercier l'influence des uns sans penser directement à l'influence de ceux qui ont influencé ces derniers? Voilà bien un mystère que la philosophie Nietzschéenne éclaire pourtant. A moins de le vouloir.

Par ailleurs, ilsemble que La RocheFoucauld est cité ici et que les aphorismes sont antérieurs. Il semble que Nietzsche a quelque peu étudié (sic) les anciens grecs. Peut il ignorer les aphorismes?

Commentaire n°8 posté par palingénéalogie le 28/08/2010 à 16h52

En bref, je ne crois pas qu'il soit sain, d'un point de vue de la morale notamment, de s'approprier la dette et pire, l'identité de quelqu'un comme Nietzsche, sans le travestir.

 

Commentaire n°9 posté par palingénéalogie le 28/08/2010 à 16h58

"L’idée de dette est justement très importante dans la pensée de Nietzsche puisqu’elle est au cœur – comme le précise Patrick Wolting - grand spécialiste du philosophe allemand – de sa manière de «penser les relations inter-humaines au sein d’une communauté». L’auteur d’Aurore avait donc pris comme modèle –ainsi que le souligne encore Patrick Wolting– la relation contractuelle entre créancier et débiteur pour décrire les relations inter-humaines : «la faute est interprétable comme dette, idée que Nietzsche asseoit une nouvelle fois sur l’analyse linguistique».

En effet, Nietzsche s’était basé sur la pluralité des sens du mot schuld qui veut dire à la fois faute, culpabilité mais aussi dette. Il est intéressant de noter que l’«astuce» linguistique que Nietzsche a utilisée pour prouver sa thèse ressemble à l’une des méthodes herméneutiques très souvent employées par les Talmudistes qui recourent depuis des siècles à la polysémie afin de créer de nouvelles exégèses à partir d’un mot qui recèle donc une pluralité de sens.

Revenons donc aux deux «créanciers» de Nietzsche pour comprendre en quoi Jacobi et Rée ont influencé, voire parfois totalement transformé la pensée de Nietzsche.
"

Et quand on a lu la généalogie de la morale et son approche de la dette, justement, on a envie de gerber en lisant ceci.

Commentaire n°10 posté par palingénéalogie le 28/08/2010 à 20h49

Bonsoir, Shalom  Palingénéalogie

Merci pour vos commentaires

j'ai transmis ceux ci afin que l'auteur puisse vous répondre

 

Bien à vous - Aschkel

Commentaire n°11 posté par Aschkel le 28/08/2010 à 20h57

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