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Des groupes fondamentalistes trouvent un soutien parmi les militants du Hamas.
Un homme armé du Hamas participe à un rassemblement dans la ville de Gaza.
PHOTO: (© AP) , JPOST
Un processus politique inquiétant est en mouvement à Gaza : la montée des organisations "salafi-djihadistes" (*). Des factions qui ont pour mission de diffuser le message de l'islamisme sunnite lié à Al-Qaïda.
En août dernier, la tentative du Hamas de réprimer le groupe Jund Ansar Allah, dans le sud de Gaza, avait momentanément pointé les projecteurs sur les mouvements salafistes. Ils font en effet encore partie du paysage.
Et suite à la mini-répression du Hamas, ils ont même repris du poil de la bête. Entre eux et les islamistes plus "modérés" du Hamas : pas vraiment de ligne claire. Pour preuve, les croyances salafistes prolifèrent dans les rangs du Hamas, en particulier au sein de sa branche armée - les Brigades Izzedin el-Kassam.
Gaza abrite une myriade de groupuscules salafistes. La question clé : savoir s'ils parviendront à s'unifier, et ainsi constituer un défi plus sérieux pour les autorités du Hamas.
Parmi les groupes les plus importants : le Jund Ansar Allah, le Jaish al-Islam (l'Armée de l'islam) et le Jaish al-Oumma (armée de la Nation). Le Jaish al-Islam évolue autour du puissant clan
gazaoui des Doghmush. Le Jaish al-Oumma, quant à lui, est dirigé par le cheikh Hafez Abou al-Maqdissi, un imam salafiste illustre du sud de Gaza. Mais c'est le Jund Ansar Allah qui, selon de
nombreux analystes, semble être tout désigné pour servir de pôle unificateur à la pléthore de petites sectes salafistes de Gaza.
Suite à la tentative du Jund Ansar Allah de proclamer un émirat islamique dans la bande de Gaza en août, le Hamas avait entrepris une action répressive contre lui. Résultat : le leader
saalfiste, Abdoul Latif Abou Moussa (Abou al-Nour al-Maqdesi), avait été tué dans les combats. Son mouvement lui a survécu et tente à présent de réunir les petits groupuscules sous son
aile.
Parmi les plus importants, l'Al-Souyouf al-Haq Islamiyyah. Sans oublier le groupe du Fatah al-Islam, composé de 120 rescapés du groupe libanais du même nom, sauvagement supprimé par les
Forces armées libanaises dans le camp de réfugiés Nahr al-Bared.
Las de l'inaction du Hamas
Derrière ce tourbillon de noms brumeux, on peut observer un phénomène récurrent : les anciens hommes armés du Hamas, du Djihad islamique et du Hizb al-Tahrir sont de plus en plus attirés par les groupes salafistes. La raison est assez simple. Un nombre considérable de jeunes Palestiniens gazaouis veulent se lancer dans la "lutte armée" et les actions militaires contre Israël.
Depuis l'opération Plomb durci, et déjà lors des mois qui précédaient, le Hamas avait été soumis de facto à un cessez-le-feu. Les groupuscules périphériques salafistes ont ainsi joué le rôle de remplaçants temporaires, vers qui les populations avides de violence se sont tournées.
Il faut dire qu'ils ne souffrent pas d'une réelle concurrence. Les groupes nationalistes laïcs palestiniens sont pour le moins insignifiants. Le parti populaire Hizb al-Tahrir n'est pas engagé dans la lutte armée. Il sert plutôt de transition et d'"université" aux jeunes avant leur engagement dans des actions terroristes. Quant au Djihad islamique palestinien, qui aurait pu regrouper les membres déçus du Hamas, il est considéré comme cruellement pauvre et sur le point de fermer boutique.
Le Jund Ansar Allah et les groupes qui gravitent autour de lui ont prouvé l'an dernier que leur engagement envers l'activisme islamiste n'est pas seulement verbal. Sa plus grande tentative d'attaque contre Israël a eu lieu le 8 juin 2009. Un attentat déjoué (de justesse) mentionné avec un certain amusement en Israël, en raison de la participation de sept cavaliers djihadistes. L'attaque avait toutefois impliqué quelque 40 engins explosifs (IED) et aurait provoqué un lourd bilan en cas de réusite.
En plus des attaques de roquettes et des opérations transfrontalières, le Jund Ansar Allah et ses alliés sont également considérés comme responsables d'un grand nombre d'"exécutions d'honneur" à Gaza et à l'origine d'attaques contre la minoritéchrétienne.
L'organisation aurait aujourd'hui à son actif 700 combattants, et un réseau beaucoup plus large de sympathisants. L'inaction du Hamas favorise la propagation des idées salafistes au sein même du mouvement au pouvoir. Le "Djaljalat" - terme qui désigne la "salafisation" au sein du Hamas - est né au cours de la période de cessez-le-feu.
Le Hamas ne sait pas sur quel pied danser
Des personnages puissants au sein du Hamas sont liés à des éléments salafistes. Parmi eux : le cheikh Nizar Rayan, tué lors de l'opération Plomb durci. Egalement : Ahmed al-Jaabari, chef des
Brigades Izzedin el-Qassam.
Les regroupements Djaljalat entretiennent une relation mi-figue mi-raisin avec le Hamas. Certains de ses membres ont commencé à s'organiser militairement en dehors du cadre du mouvement, tout
en maintenant leur appartenance au Hamas. La direction du mouvement islamique garde un œil grand ouvert sur ce phénomène. Et rechigne à agir contre le Djaljalat, de crainte de provoquer une
scission au sein du mouvement. Parallèlement, elle opère une répression localisée, quand des militants du Djaljalat entreprennent des actions qui pourraient ébranler la position du Hamas
comme unique autorité au pouvoir à Gaza.
Les activités salafistes, tant au sein du Hamas que dans d'autres groupuscules, bénéficient, selon des sources diplomatiques, d'un soutien à grande échelle et d'un financement qui provient de
l'extérieur de Gaza. Leur croissance est le résultat de la conjonction d'un terrain militantiste islamique, d'une aide externe importante et sans condition, et d'une optique religieuse et
idéologique en pleine expansion.
Les salafistes sont désormais fermement établis sur la carte politique palestinienne - à deux pas de la scène principale des événements quotidiens. Certains les considèrent comme les futurs
caïds de la région.
Jonathan Spyer est chargé de recherche au Centre des Affaires internationales d'Herzliya.
(*) Le mot arabe salafi fait référence à la première génération de musulmans "pieux prédécesseurs" qui suivaient le Coran à la lettre. Les salafistes dénoncent toutes superstitions et toutes innovations dans les préceptes ou les pratiques religieuses.
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