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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 04:51



En Bulgarie, le communisme a fait de terribles ravages ! 
hamodia.


 No 114 10 mars 2010, 

Oubliée aux confins de l’Europe, la Bulgarie abrite une petite communauté juive. Hamodia a rencontré son grand rabbin, le rav Barou’h Kar'hlon.

Carte de la Bulgarie
- Qui sont en fait les Juifs de Bulgarie ?

- Grand rabbin Barou’h Kar'hlon : C’est une communauté très ancienne dont l’origine remonte en fait à l’expulsion des Juifs d’Espagne. Après la Seconde guerre mondiale, elle a vu ses effectifs se réduire d’un coup avec le départ de 90 % des Juifs bulgares pour Israël. Aujourd’hui, elle compte 6 000 membres répartis dans 19 communautés. Le cœur de la vie juive est à Sofia, la capitale bulgare, où vivent quelque 3 000 Juifs.

C’est une communauté orthodoxe séfarade. Ici, les gens ne sont pas pratiquants, mais l’identité juive reste très importante pour eux. Une anecdote : avant mon arrivée sur place voilà 15 ans, quelques personnes ont proposé de faire venir un rabbin réformé. « Après tout, à quoi nous servirait un rav trop rigoureux sur les mitsvot ? », se disaient-ils. Et bien, croyez moi, cela a provoqué une telle levée de boucliers que cette idée a été immédiatement abandonnée !

- La Bulgarie a été pendant 40 ans un véritable satellite de l’URSS communiste. Quelles en ont été les conséquences ?
- Effectivement jusqu’en 1989, la seule religion admise était celle du… Parti ! Et c'est un fait incontournable que toutes ces années de communisme ont été une catastrophe pour le judaïsme bulgare. Ce sont ainsi au moins deux générations qui ont grandi sans pratiquement aucun lien avec leurs racines juives !
- Qu’en est-il de la vie juive orthodoxe ? Est-il possible d’y mener une vie juive véritablement authentique ?
- Même si le public religieux est très restreint, nous déployons tous nos efforts pour lui offrir le minimum nécessaire. Justement, ma priorité - en prenant mes fonctions - a été de faire construire un mikvé. Ensuite, j’ai mis en place un système de che’hita [abattage rituel-Ndlr]. Un cho’het vient ainsi d’Israël une fois par mois. Nous produisons également du fromage casher. On trouve également un traiteur casher, et nous avons mis en place un service de livraison de repas à domicile pour les personnes âgées.
À Sofia, où la grande synagogue n’a jamais cessé de fonctionner même durant les longues années de communisme, il y a un minyane quotidien. Et puis outre le Consistoire, il y existe aussi un centre communautaire juif, le " Merkaz Chalom ".
- Le phénomène galopant de l’assimilation vous préoccupe-t-il vous aussi ?
- C’est un très grand problème, et même un immense problème… Là encore, quatre décennies de communisme ont provoqué énormément d’assimilation et de mariages mixtes. Heureusement que depuis quelques années, on assiste à un mouvement inverse. Ce n’est certes pas encore suffisant, mais les Juifs commencent à avoir conscience du danger que cela représente.
- Alors que faire pour le ralentir, à défaut de pouvoir complètement l'enrayer ?
- Nous déployons énormément d’efforts vis-à-vis de la jeunesse. À ce niveau-là, le soutien financier de l'American Joint est déterminant ! C’est grâce à son aide financière que tous les enfants juifs de Sofia et de ses environs étudient à l’école de la communauté. En réalité, il s'agit-là d'une école publique dont seulement une section est réservée aux Juifs. C’est une particularité du système bulgare. D'ailleurs, le niveau scolaire y est excellent, probablement le meilleur de tout le pays !
- Êtes vous aussi confrontés à l’antisémitisme ?
- C’est un phénomène qui nous est inconnu ! À ce niveau là, la Bulgarie est vraiment un cas à part en Europe. Durant la Seconde guerre mondiale, bien que membre de l’Axe et donc alliée au Reich allemand, la Bulgarie a refusé de déporter ses Juifs. À chaque tentative des nazis dans ce sens, la population locale – y compris les parlementaires et les hauts responsables de l’Église – a manifesté pour empêcher les rafles. En Israël, une forêt a d’ailleurs été plantée en l’honneur de l’attitude de la Bulgarie durant la Shoah.
- C’est une période que vous avez-vous même connue ?
- Absolument pas ! Je suis né pour ma part en Libye, et nous sommes arrivés en Israël lorsque j’avais 12 ans. J’ai étudié à la yéchiva Poniowitz, où j’ai personnellement connu le ‘Hazon Ich zatsal. Puis j’ai reçu ma smi’ha de rabbin en 1959. 
J’ai ensuite passé toute ma vie professionnelle dans l’éducation. En 1993, je dirigeais une école juive au Panama et je m’apprêtais à prendre ma retraite lorsque l’on m’a proposé de m’occuper des Juifs de Bulgarie. C’était vraiment passer d’un extrême à l’autre : entre une communauté très riche, et l’autre tellement pauvre… Mais je ne l’ai jamais regretté ! 
Par Aschkel - Publié dans : COMMUNAUTES JUIVES - Communauté : J.A.G - HISTOIRE et JUDAISME
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