Il n’est pas faux de dire que les résultats des élections en Suisse quant à l’interdiction des minarets, ont provoqué une onde de choc qui se répand bien au-delà des frontières de la « tranquille » Helvétie. Si les caricatures de Mahomet par quelques journalistes dans des journaux danois avaient soulevé le monde musulman de manière insensée en 2005, que dire de l’expression de toute une population, qui pour la première fois sur le continent européen était appelée à s’exprimer par les urnes sur un sujet aussi délicat que la présence dans le paysage de symboles aussi visibles que des minarets. Et qui a répondu « Stop » !!
Dès l’annonce des résultats, les opposants à cette initiative d’interdiction – politiques comme religieux – ont compris que le peuple avait fait un choix osé qui entraînerait une vague de réactions de la part d’une religion qui ne tolère aucune critique ni aucun frein dans sa marche vers la conquête de nouveaux espaces. Tels des minoritaires dans un pays d’accueil, qui fixent leur attitude en fonction du groupe majoritaire, les réflexions entendues étaient du style « Que vont dire les pays musulmans ?», « de quoi avons-nous l’air ? », ou « que va-t-il nous arriver maintenant ? », oubliant que dans une démocrate, le peuple est souverain et que les élections sont là pour permettre aux citoyens d’exprimer leur opinion, fut-elle à contre-courant du « politiquement correct ».
Il faut rappeler aussi, car c’est un élément qui a été minorisé durant la campagne, que l’enjeu du scrutin n’était absolument pas la liberté religieuse en tant que telle, même si cela a été brandi par les autorités politiques et religieuses du pays, et même si les tenants de l’initiative et leurs électeurs, en leur for intérieur, ne verraient pas d’un mauvais œil la disparition pure et simple des mosquées en Suisse. Dans son libellé, l’initiative ne portait pas sur la présence de lieux de culte musulmans, mais sur le point spécifique des minarets, qui, en dehors de l’aspect esthétique discutable dans le paysage suisse, sont perçus par beaucoup comme les symboles phalliques d’une prise progressive de pouvoir dans un espace donné. Historiquement d’ailleurs, le minaret n’est absolument pas une obligation religieuse de l’Islam. Les 57% de Suisses qui ont voté en faveur de l’interdiction n’avaient pas uniquement en tête l’exemple suisse, mais en déposant leur bulletin dans l’urne, ils ont amalgamé dans leur esprit une situation mondiale et plus spécifiquement européenne d’intrusion progressive d’une religion qui n’a pas encore accepté certaines règles de la démocratie et des droits de l’homme, et qui, il faut le dire, ne démontre pas à travers le monde sa propension à la paix, à la coexistence pacifique et au respect des civilisations majoritaires. L’affaire Kadhafi et des deux otages suisses toujours détenus en Libye a sûrement aussi joué un rôle dans le choix de nombreux citoyens, tout heureux de pouvoir manifester leur mécontentement et leurs craintes dans les isoloirs.
La réaction du monde musulman ne s’est évidemment pas fait attendre. « Attaque contre l’Islam » et « violation de la liberté religieuse », ont déjà fait apparition dans les slogans brandis par des responsables musulmans, et quantité d’organisations de Défense des Droits de l’Homme. Le Sheikh Ibrahim Mogra, secrétaire-général assistant du Conseil des Musulmans de Grande-Bretagne, et Imam à Leicester, n’y est pas allé de main morte : « Ce vote indique que le fascisme et l’extrême-droite sont en constante progression en Suisse. Tous les Européens qui aspirent à la diversité religieuse sur leur continent devraient commencer à s’inquiéter, s’ils veulent que la coexistence pacifique entre religions se poursuive. La présence au cœur de l’Europe d’un pays dont la majorité de la population se montre aussi hostile à l’Islam est indigne ». Selon Migra, ces élections pourraient « libérer les sentiments antimusulmans présents dans d’autres pays européens ».
Plus loin encore, en Egypte, le Mufti Ali Gomaa, a dénoncé ces résultats, les qualifiant « d’insulte au monde musulman et de provocation », tout en appelant les Musulmans « à garder la tête froide et ne pas sortir dans les rues ».
Un article dans le journal qatari A-Raya considère ce vote comme « la pire gifle infligée aux Musulmans, et de plus, à l’occasion de leur fête de l’Aïd Al-Adha ». « Ceci indique » selon le journal, « une progression du racisme en Europe alors que les rues arabes et musulmanes montrent de plus en plus de compréhension pour le respect de la liberté religieuse des populations minoritaires, et favorisent la tolérance et la connaissance de l’autre »…!!
Aux Etats-Unis, le Conseil des Relations Américo-musulmanes (C.A.I.R.), demande au Président Barack Obama de profiter de sa visite à l’Académie Militaire de West Point pour « dénoncer publiquement cette décision comme étant une violation de la liberté religieuse et du Droit international ».
Le journaliste belge Claude Moniquet, fondateur et directeur de l’ESISC (Europeean Strategy Intelligence and Security Council), estime que « la Suisse risque de subir des réactions hostiles à l’intérieur telles que des menaces terroristes de la part de petits groupes, mais aussi à l’étranger dans le domaine des intérêts suisses en Afrique du Nord, dans les pays du Golfe ou d’autres régions arabes et musulmanes ». « Une période de turbulence va probablement commencer pour la Suisse ! », prévient Moniquet, tout en estimant « qu’il n’est pas certain que les pays arabes et musulmans retirent leurs avoir des banques helvétiques ». « Ces pays peuvent exprimer leur colère ou leur déception, mais si leur intérêt financier exige que leurs fonds restent dans les banques suisses, leur protestation restera au stade verbal ».
Moniquet confirme « qu’il existe en Europe un réel problème avec l’Islam », mais reste sceptique sur les effets bénéfiques d’une interdiction des minarets.
L’initiative proposée par la droite dure suisse n’a peut-être pas été des plus judicieuses, et le vote de la population dénote d’un réel et récurrent problème des Suisses avec « ce qui est différent ». Mais il ne faudrait pas cependant sous estimer le message exprimé « en laboratoire » par ces quelques millions d’Européens de culture, face à des mouvements civilisationnels majeurs et inquiétants envers lesquels des populations entières du Vieux Continent semblent ne plus avoir de prise.














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